Réflexions sur la laïcité arabe (Compte-rendu)

Recension de livres
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Moulay-Bachir Belqaïd : Réflexions sur la laïcité arabe. Erikbonnier – 2017 – 188 pages – 20€ — EAN 978-236-760-0864

L’auteur de ce livre ne nous est pas très connu. Il est islamologue et essayiste. Par ce livre, il veut alimenter le débat, proposer des pistes de réflexion sans élaborer de thèses précises. Il dénonce les impostures intellectuelles selon lesquelles l’Islam et la laïcité sont incompatibles. Dans une première étape, l’auteur nous montre que le sécularisme était présent avant même la naissance de l’Islam car il est dans « la matrice » du religieux. Pour lui, le rationalisme n’est pas l’apanage de l’Occident (p.21). La laïcité a été présente dans la société arabe mais malheureusement toujours comme l’antithèse du religieux et jamais comme projet de société (p.23). Comment en est-on arrivé là ? Les raisons sont multiples et complexes.

Il y a eu, tout au début, la démarche des Mutazilites qui s’est conclue par la fermeture de l’Ijtihad. Beaucoup plus tard, après des années de statu-quo, l’auteur nous signale l’échec de la rationalité occidentale « qui n’est pas arrivée à implanter hors de son contexte les valeurs qu’elle estime universelle. » (p.29) Les penseurs arabes étaient là mais ils n’ont pas réussi à aménager un espace laïque au sein de la société arabe si bien qu’on ne pourrait parler que d’une « potentialité laïque en Islam » (p.34) ; potentialité qui est restée lettre morte au moment des indépendances. Les nouveaux gouvernants se sont sentis concernés par la gestion du présent et ont abandonné la gestion de l’avenir entre les mains des Oulémas ; d’où le retour en force du religieux. (p.41)

Les sociétés arabo-musulmanes ne sont cependant pas en besoin de textes fondateurs. Un des premiers est « Le Miroir des Princes » qui porte sur l’art de gouverner (p.84). D’autres documents sont là pour nous montrer combien certains penseurs ont essayé de mettre en valeur la séparation du politique et du religieux. Pour cela, ils plaident pour un usage judicieux de la raison pourvu qu’elle reste au sein de la pensée religieuse et non pas en dehors ni contre elle. (p.101) C’est déjà un progrès mais c’est aussi comme barrer la route à l’autonomie de la rationalité arabo-musulmane. Le monde arabo-musulman a donc su aborder de front bien des domaines scientifiques, « mais les sciences politiques ont été négligées » – « Ce n’est donc pas l’islam (en tant que tel) qui s’opposerait à la laïcité, mais plutôt la lecture qui en a été faite. » (p.104)

Tout au long de son livre, notre auteur n’est pas toujours très tendre envers les pouvoirs coloniaux. S’ils ont amélioré le développement économique, il n’en a pas été de même concernant le développement intellectuel : « ils ont offert une modernisation sectorielle et minimale qui n’a pas conquis le fond du champ intellectuel arabo-musulman » (p.125) L’Europe a surtout contribué à l’émergence d’une nouvelle classe commerciale ; elle n’a pas innové au plan des rapports entre les civilisations autour de la Méditerranée. (p.124 & 126)

Ce livre nous propose donc des réflexions pour avancer vers une meilleure appréhension, une vision plus juste et équilibrée de la laïcité. Une des conditions fondamentales pour avance en ce domaine, ne sera pas tellement une meilleure interprétation du Coran ou de la Sunna, mais surtout une grosse amélioration des conditions d’éducation. (p.172)

Un livre relativement facile à lire et qui nous fait toucher du doigt toute la richesse de la pensée arabo-musulmane si l’on considère les 44 ouvrages d’auteurs musulmans, d’hier et d’aujourd’hui, cités en bibliographie.