Yvan, petit frère de Jésus nous a quitté

Vie de l'Eglise
Typography

Même si Yvan marche maintenant avec le Père, il est bon de connaître ses choix et son chemin parmi les hommes. Nous vous proposons des extraits de son parcours que PF Paul-François a tracé le jour de ses obsèques.

Le récit final des neuf ans passés dans la fraternité à Beni Abbès nous permet de comprendre ce qui se vit là, avec les trois petits frères qui sont toujours présents : Henri, Raymond et Bernard.

Yvan avait 72 ans. Il est né en Suisse romande. Après un essai au séminaire en 1968, il préfère s'orienter vers le journalisme. Il sera longtemps chargé du service de presse du diocèse de Lausanne. Il s’intéresse beaucoup au cinéma, et notamment au cinéma africain, il a été un des piliers des premières éditions du festival d’Ouagadougou au Burkina-Faso. Il s’engage aussi dans la politique locale, très actif au sein du conseil général de la ville de Fribourg dans les années 90. Donc une vie bien remplie jusqu’à sa décision d’entrer chez les petits frères à plus de 50 ans.

Ma formation théologique et ma lecture de l’Évangile ont été marqués par les remous de l’après 68, par une conception politisée de l’annonce de la foi et de l’Église, vues comme des moyens de transformation de la société.(...) Après une succession d’évènements étonnants, de rencontres dues au hasard le plus étrange, de questions que je n’attendais pas, je me suis rendu compte que ma lecture de l’Evangile n’était peut-être pas très juste… Ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui libère l’opprimé, donc qui me libère, qui renvoie les riches les mains vides. Et il commence, dans le Magnificat, à se pencher sur son humble servante… « Dieu nous a aimés le premier ». (...) Les questions deviennent des évidences, une certitude : ma vie devait devenir une action de grâce, un simple « merci » à Dieu pour ce qu’il est, pour cet amour qu’il témoigne à chaque homme en nous donnant tout. Ma réponse à cet amour impliquait un changement radical. »

Il entre comme postulant chez les petits frères et s’engage comme bénévole dans un atelier d’Emmaüs, un compagnonnage assez rude, mais qu’il a aimé. Ensuite le noviciat à Tazrouk, un village du Hoggar dans le désert algérien, puis Yvan part à Marrakech. Là il s’est intéressé à l’artisanat du petit frère Gaby, un atelier de ferronnerie dans une petite boutique ouverte sur la rue, et il est ainsi devenu l’apprenti de Gaby, qui y travaillait depuis plus de 35 ans. Cela a été une belle expérience pour Yvan, qui écrit vers cette époque : « de la part des artisans voisins, aucun rejet, aucune méfiance, mais au contraire de multiples signes d’amitié et d’encouragement… Cette boutique à été, grâce à Gaby, un formidable lieu de contacts, de liens, d’insertion. J’en ai profité quelques années. Je n’ai que 6 ans de présence, mais aujourd’hui il m’est impossible de traverser Marrakech, même dans les quartiers excentrés, sans que quelqu’un me salue par mon prénom ou par « eh le soudeur ! ». On le sentait très heureux que les gens le reconnaissent ainsi comme un artisan du quartier, même s’il était bien conscient de toutes ses lacunes dans le métier et que jamais il ne pourrait rivaliser avec l’habileté et la rapidité des jeunes. De ses lacunes aussi pour parler l’arabe, il n’a jamais été bien loin, ce n’était pas du tout son charisme, mais cela ne le paralysait pas du tout pour les relations. Après la fermeture de la fraternité de Marrakech début 2010 Yvan rejoint Beni-Abbes. Je crois qu’il a été très heureux dans cette fraternité, où il se retrouvait sans doute davantage dans son élément, il aimait la campagne et le travail de la terre, il a aimé faire son jardin et s’occuper des palmiers, il était en même temps tout disponible à accueillir et guider les visiteurs qui venaient voir l’ermitage de Charles de Foucauld, des gens de tous les horizons, dont de plus en plus d’Algériens heureux de découvrir des aspects nouveaux de leur pays. Yvan trouvait encore le temps de s’intéresser à des recherches historiques en lien avec la présence de Charles de Foucauld. Il était heureux surtout de participer à toutes les relations d’échange et d’amitié qui liaient les frères à leurs voisins et aux gens du village. Nous pouvons confier au Seigneur, et à Frère Charles, l’avenir de cette fraternité, petits frères et petites sœurs.

Pour une autre approche d'Yvan, vous pouvez consulter le lien suivant qui mène à un article de la presse helvétique :  https://www.cath.ch/newsf/deces-dyvan-stern-journaliste-cinephile-et-homme-de-foi/   cath.ch

Extrait de En Chemin N°6