Voeux de Paul Desfarges, Archevêque d'Alger

Vie de l'Eglise
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Chers parents et amis,
Je suis encore habité par l’émotion ressentie devant les larmes cachées du Saint Père lors de sa rencontre avec les Rohingyas au Bengladesh. Cette année 2017 n’aura-t-elle pas été l’année des migrants ? Durant toute cette année 2017, le pape François nous a communiqué sa compassion, partagé sa prière et fait entendre ses appels en faveur de « plus de 250 millions de migrants dans le monde, dont 22 millions et demi sont des réfugiés ».

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Ils fuient la faim, la guerre, la violence. Mais ajoute le Pape : « les personnes migrent aussi pour d’autres raisons, avant tout par « désir d’une vie meilleure, en essayant très souvent de laisser derrière eux le “désespoir” d’un futur impossible à construire ». Cela concerne ceux qui passent par notre Algérie, mais cela concerne aussi ceux de notre pays qui cherchent à le quitter. Dans notre pays, l’émigration des jeunes est repartie à la hausse. Notre pays souffre de manque d’horizon pour une partie de la jeunesse. Une autre partie cependant lutte pour être créative. J’entendais récemment le témoignage de jeunes entrepreneurs, de lanceurs de start-up, d’initiatives dans des associations qui réussissent. Ils souhaiteraient que leur dynamisme soit plus contagieux. Humblement, notre petite Eglise par sa présence et ses services contribue à entretenir l’espoir.

Une de mes joies de pasteur est de rejoindre notre belle paroisse de Bordj el Kiffan, paroisse composée essentiellement d’étudiants et de migrants sub-sahariens. J’aime partager leur ferveur dans la prière et les chants. La veillée de Noël, je serai avec eux à la Crèche pour s’approcher de Celui dont le regard redonne à chacun sa dignité. Devant la Crèche chacun est et redevient quelqu’un. Il est accueilli et aimé inconditionnellement.
Nous souhaitons pouvoir aider, selon nos moyens, les migrants les plus vulnérables, les femmes enceintes ou avec un petit enfant. Dans nos services Caritas, nous essayons de vivre l’attitude du Bon Samaritain de l’Evangile, s’approcher de la personne blessée, en prendre soin. Dans nos activités humanitaires ou culturelles nous pouvons compter sur de nombreux collaborateurs algériens, musulmans qui souvent m’édifient par le don d’eux-mêmes et leur générosité dans le service.

Mon souci de pasteur, depuis un an maintenant, dans le diocèse d’Alger est d’aider à faire Eglise. Notre diversité est un beau défi d’unité à relever et surtout une grâce de témoignage à recevoir. J’écrivais en début d’année aux fidèles du diocèse que je souhaitais que tous et chacun, chrétiens enfants du pays, étudiants venus pour une formation, migrants demeurant ou faisant étape ici, travailleurs des chantiers internationaux, frères et sœurs dans les prisons, cadres et employés de sociétés nationales et internationales avec leur famille, diplomates et autres, et quelles que soient les raisons et la durée de sa présence dans notre peuple d’Algérie puisse dire : mon Eglise, notre Eglise, dans la diversité des nationalités, des langues, des cultures, des sensibilités ecclésiales, des mentalités. Qu’est-ce qui fait la communion, l’unité de ce petit échantillon d’Eglise universelle, d’environ cinquante nationalités ? Chacun est disciple de Jésus, membre de notre Eglise et donc appelé à rendre témoignage à la charité du Christ et à la joie de l’Evangile, ici dans notre peuple d’Algérie. Je dois ajouter que ce témoignage nous le vivons en lien de voisinage, de convivialité, de service avec des frères et sœurs musulmans qui souvent nous édifient eux aussi par leur charité. La charité, humblement, abolit les frontières et crée des ponts. Elle fait avancer la citoyenneté dans notre pays qui cherche à apprivoiser une identité qui se découvre de plus en plus plurielle. La liberté de presse malgré les difficultés continue avec par exemple de nouveaux journaux en ligne. Dans la discrétion, dans la souffrance parfois, la liberté de conscience pour les chrétiens algériens avance peu à peu.

Nous attendons dans la confiance pour l’année qui vient l’annonce par le Saint Père de la béatification de nos dix-neuf frères et sœurs qui seront alors reconnus martyrs, c’est-à-dire témoins du plus grand amour. Ils ont été assassinés durant la décennie de violence qu’a connue l’Algérie, il y a déjà plus de vingt ans. Ce sera pour notre Eglise mais aussi bien au-delà, un beau signe du vouloir vivre ensemble chrétiens, musulmans, chercheurs de sens, entre frères et sœurs en humanité. Nos frères et sœurs avaient donné leur vie à Dieu et à leurs frères et sœurs algériens auxquels ils étaient liés d’amour et d’amitié. Nous espérons pouvoir célébrer, dans l’humilité, ces béatifications en Algérie. Nous voulons surtout que cela soit un acte de confiance tourné vers l’avenir et contribue à la paix. Notre pays demeure encore meurtri par ces dix années de violence et les plaies ne sont pas encore cicatrisées. Nous souhaitons rejoindre la mémoire de milliers d’Algériens, d’Algériennes qui, eux aussi, ont perdu la vie parce qu’ils sont restés fidèles à leur foi en Dieu et à leur conscience. Parmi eux, j’aime rappeler les 99 imams qui ont été assassinés pour avoir refusé de signer des actes juridiques justifiant la violence. Si nous célébrons durant l’année qui vient la béatification de nos frères et sœurs, ce sera une célébration de ces liens de fraternité, d’amour et de pardon afin de recevoir pour tous une grâce de guérison de toutes les blessures de la violence.

Merci d’apporter avec moi cette intention à la Crèche. C’est auprès du Tout –petit Enfant de Bethléem que j’aime régulièrement venir puiser l’Espérance pour mon Eglise, pour l’Algérie, pour notre monde. Le contrepoids à la violence sera toujours la force de la douceur.
C’est à la Crèche que je déposerai les vœux de paix intérieure et extérieure que j’adresse à chacune et chacun pour l’année 2018.
Avec toute mon affection. + Père Paul


+ Paul Desfarges
Archevêque d’Alger

Alger le 8 décembre 2017