Une maison d'accueil à Ghardaia… Quel accueil

Vie de l'Eglise
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C'est une maison rouge… Elle s'appelle Dar Keltoum, en l'honneur de Claude Giraud, une petite dame qui vécut là longtemps, et que dans le quartier on appelait Keltoum.
actuDepuis 2006, reconstruite à neuf dans le style du Mzab, elle est alors devenue maison d'accueil diocésaine.
Proche d'une école primaire et de la maison des Sœurs Blanches, elle s'intègre dans un quartier traditionnel, sis à l'intérieur des remparts de la ville : ici voisinent deux cultures locales bien différenciées, d'un côté la culture mozabite, berbère, qui pratique un islam particulier, l'ibadisme, et a fondé les villes de la vallée du Mzab à partir du XIème siècle ; de l'autre la culture chaamba, parlant l'arabe, de rite malékite (comme dans le reste de l'Algérie), vécue par des nomades sédentarisés là depuis la première moitié du XXème siècle.
23012018 dar keltoum 02Nous voici donc un couple de volontaires envoyés ici par la DCC (Délégation Catholique à la Coopération), étrangers de nation et de religion, posés entre ces deux mondes qui cohabitent avec plus ou moins de bonheur… acceptés des deux côtés, adoptés comme voisins ! Car l'accueil de l'étranger est une des grandes vertus des sociétés du Maghreb.

Et quel est le but de notre activité à Dar Keltoum ? Accueillir…
Et c'est sous l'œil complice, étonné, parfois un peu réprobateur des habitants d'El Hofra que nous disons "Bienvenue !" à des personnes très différentes :
  • • tous les midis, c'est la cantine pour le personnel de l'évêché (trois personnes maximum plus nous deux !) : dix minutes de marche dans la ville nous permettent de sortir de l'enclos "des Pères" et de prendre un repas familial ;
  • • la communauté paroissiale d'une quinzaine de personnes se réunit pour une soirée d'Avent ou de Carême, la veillée de Noël, une soirée cinéma ;
  • • les diocésains, passant pour quelques jours à Ghardaia, racontent ce qu'ils vivent dans tous les coins du Sahara, bonheurs et difficultés ;
  • • des chrétiens, d'Algérie ou de l'étranger, désirent rencontrer la petite Église du sud ; ils expriment leurs questions et leurs surprises ;
  • • des amis algériens, de longue date ou tout récents, viennent à Ghardaia pour de multiples raisons : découvrir le Mzab et sa culture, en passant par le centre culturel des Pères Blancs (CCDS), faire des recherches dans la bibliothèque ou la photothèque du centre, prendre un temps de repos et de réflexion personnelle… Il y a quelques jours, un jeune apiculteur est venu de l'Oranie pour chercher des plantes bienfaisantes pour ses abeilles !
  • • de petits groupes d'Europe veulent visiter la vallée du Mzab, bien sûr ; certains sont d'anciens coopérants, heureux de revenir au milieu d'un peuple qu'ils ont beaucoup aimé ;
  • • les anciens volontaires, nos prédécesseurs, venus revoir leurs amis d'ici, à qui ils manquent ;
  • • mais il y a aussi, bien sûr, les sœurs blanches, nos proches voisines, venant pour des échanges de services ;
  • • l'une ou l'autre voisine venant se poser quelques minutes pour bavarder, un pain maison tout chaud dans les mains ;
  • • les gamines et gamins du quartier, effrontés, volubiles – en arabe, que nous ne comprenons pas ! – demandant un verre d'eau, des bonbons… et bien difficiles à renvoyer chez eux.
  • • Une fois par an, l'assemblée diocésaine réunit presque tous les permanents de l'Église du Sahara. Les 4 maisons du diocèse réussissent à les loger : pendant quatre jours, Dar Keltoum est pleine, du bas en haut. Et certaines sœurs de toutes les nations, royalement logées au sous-sol de la maison, gardent un grand souvenir de soirées informelles : rires et complicité garantis ! Cette année, nous avons eu le privilège de remplir la maison une deuxième fois, lors de l'installation de notre nouvel évêque.


23012018 dar keltoum 03Alors que pensent donc nos voisins de tout ce monde ? Ils considèrent les étrangers avec bienveillance, mais une certaine distance. A nous de légitimer le comportement de nos hôtes, parfois surprenant…

Marie Feillée