Centre Pierre Claverie Oran

Vie de l'Eglise
Typography


De la rue, les ouvertures de couleur bleu méditerranée attirent le regard mais c’est surtout un va-et-vient de personnes qui entrent et sortent et nous orientent vers la grille, où une plaque discrète en français et en arabe indique Centre Pierre Claverie.

08122017 centre 10Après un coup de sonnette, la porte s’ouvre sur un petit sas, sécurité oblige, et l’on se trouve dans un salon : là, entre le téléphone qui sonne, les personnes en quête de renseignements, les ouvriers qui entretiennent le centre, les étudiants de passage, sœur Chantal , à l’accueil pour cette matinée, gère l’ambiance avec un grand sourire. On perçoit immédiatement une activité intense. C’est une ruche et nous cherchons la reine ! Nous voici donc au Centre Pierre Claverie d’Oran dans le quartier Saint-Eugène, lieu même où Mgr Pierre Claverie et son ami Mohamed sont morts en martyrs, une « présence » proche !
Après avoir passé l’accueil, on découvre une alternance de bâtiments dont certains font penser à une petite école, ce qui se justifie puis-qu’autrefois ce centre appartenait aux sœurs de Notre Dame des Apôtres. Une grande bâtisse construite pour être une église, avec en demi sous-sol un ancien cinéma de paroisse transformé en cathédrale, une bibliothèque au-dessus et bien d’autres choses… Pour en savoir plus nous avons demandé à sœur Maisy , ancienne institutrice et coordinatrice pédagogique dans un centre psychopédagogique pour enfants inadaptées mentaux, à Annaba où elle a passé 25 ans de sa vie ; c’est elle qui assure la coordination de cette ruche avec l’aide d’une petite équipe, dont le père Hubert, vicaire général et capucin de Tiaret, Sœur Julie, directrice adjointe, ainsi que Donatien, Charles et Muanga, trois étudiants subsahariens. « J’ai commencé le 1er octobre 2011 avec sœur Colette, directrice adjointe et deux étudiants sub-sahariens. Le Centre n’avait pas encore le rayonnement d’aujourd’hui ; il a été revivifié grâce à l’ambiance créée par cette nouvelle équipe, dont deux étudiants qui assurent la permanence le soir et les week-ends ; leur joie de vivre était contagieuse et les étudiants comme les hôtes ont commencé à fréquenter de plus en plus le centre. »

Aujourd’hui encore trois étudiants assurent la permanence, l’accueil le soir et la veille de nuit, c’est une équipe devenue indispensable qui contribue grandement à l’accueil. « Les migrantes venaient au Centre cherchant du travail et nous avions justement besoin d’elles : pourquoi pas à l’accueil ? Mais ce n’était pas toujours bien vu, alors nous avons trouvé une autre solution : en ce moment deux d’entre elles travaillent à la lingerie ».

08122017 centre 07Lors du dernier repas du personnel et des animateurs du Centre, 72 personnes étaient à table. D’une façon générale la cuisinière doit être très souple avec les personnes qui oublient de s’inscrire à l’heure, entre douze et quinze personnes déjeunent là chaque jour ! Tous mangent ensemble, la cuisinière, le personnel du Centre, le curé, l’évêque, les gens de passage : l’esprit de famille est bien là et tout le monde met « la main à l’eau » pour la vaisselle.
Mais quelles sont les principales activités ? Il y en a tant que Maisy doit mettre sa mémoire en pleine action !

ACTIVITES PRINCIPALES



  •  La formation féminine avec 10 ateliers, couture classique, couture traditionnelle, patchwork, macramé, broderie florale, peinture sur verre, mosaïque, crochet, tricot et pâtisserie. Ces ateliers fonctionnent chaque jour de 9h à 16h30 et alternent dans les 5 salles disponibles.
  • 246 femmes, toutes algériennes, sont inscrites cette année à ces formations.
  •  4 ateliers de peinture animés par un artiste- peintre
  •  Une ludothèque
  • La bibliothèque avec tous les cours de préscolaire, soutien, langues : français, italien, allemand. Les cours sont payants mais à un prix symbolique
  • La Caritas
  • La commission culturelle, qui organise une conférence par mois et deux soirées de ramadan
  • Un local pour les étudiants
  • Un espace-migrants et le GAM, Groupe d’Aide aux Migrants
  • Une petite hôtellerie
  • La paroisse, avec ses nombreuses activités cultuelles, caritatives et de formation

 

La salle Emir Abdelkader est aussi utilisée par de nombreuses associations comme Médecins du Monde, pour les formations et sensibilisations. Environ 100 personnes répondent à l’invitation mensuelle de chaque conférence culturelle organisée par nos soins en lien avec le CDES . Le théâtre d’improvisation des Drôles Madaires vient faire ses répétitions chaque jeudi après-midi, l’association Graine de Paix y a fait des formations, et deux autres associations d’étudiants algériens l’ont sollicitée pour leurs activités d’été, etc. Il y a même un marché de Noël où plus de 1 500 personnes sont passées cette année. En tout quelques milliers de personnes participent aux activités du Centre chaque année. Les possibilités de nuitées y restent limitées, puisque sept places sont disponibles
Mais quels sont les critères de choix pour accueillir ces associations ? « Nous choisissons les associations bénévoles et de jeunes, pensant qu’ils sont l’avenir de la société algérienne. »
Les enfants ne sont pas oubliés, grâce au centre aéré tous les mardis après-midi et aussi durant une partie de l’été. « Depuis deux ans, les jeunes d’une association d’une école de Lyon viennent pour rencontrer d’autres jeunes algériens afin de favoriser le vivre-ensemble, leur slogan est : la différence est notre plus grand trésor ; ils ont aussi beaucoup contribué au rayonnement à l’extérieur du Centre. »
L’accueil emploie 7 femmes au quotidien. « Selon moi c’est le poste le plus important- explique Maisy -c’est en quelque sorte la vitrine du Centre et du diocèse. »

On oublierait presque que c’est le centre diocésain, et la paroisse de la cathédrale d’Oran où chaque vendredi, plus de 300 personnes participent à la messe dominicale, animée par une excellente chorale d’étudiants, témoignant ainsi de la vivacité de la Foi. Chaque trimestre, un repas convivial est organisé pour la paroisse autour du père Modeste, curé de la cathédrale. Les permanents du diocèse ou de la paroisse et du Centre, 45 personnes en tout, se rencontrent régulièrement en invitant des personnes amies de l’extérieur, contribuant à faire grandir ce climat de famille entre les différentes réalités du Centre.

Finalement cette ruche produit du bon miel, puisque les échos sont très bons et la renommée du Centre grandit, attirant toujours plus de visiteurs. Les commentaires de ces visiteurs sont élogieux : « on se sent dans un autre monde », « on respire la sérénité », « on se sent en confiance », « ravis de notre séjour »…

Comment vois-tu l’avenir ? « Nous sommes une petite équipe, avec aussi Hubert, et comme le souligne notre évêque Jean-Paul, nous voulons rester ouverts à la société algérienne, travailler avec les associations, ne pas s’enfermer, tout en restant dans certaines limites. Il faut beaucoup d’énergie ; je fais cela avec beaucoup de joie, rien ne me pèse, mais j’ai le souci de ne pas m’épuiser et surtout de ne pas épuiser les autres...J’essaie de marquer les anniversaires des uns et des autres en guise de reconnaissance. ‘C’est la première fois dans ma vie que l’on me prend en considération’, disait une migrante au jour de son anniversaire. Le 8 mars, pour la Fête des femmes, les hommes se sont mis à la cuisine et les femmes les pieds sous la table. » Maisy et toute l’équipe ont toujours plein d’idées et d’initiatives permettant à tout ce petit monde : permanents de l’Église, Algériens, étudiants subsahariens, migrants, chercheurs et pieds-noirs de passage, de rester une famille.

Didier Lucas



Visualiser la galerie d'images du centre