L’islam contre le radicalisme

Recension de livres
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L’auteur de cet ouvrage est un des rares théologiens maghrébins à avoir étudié au Proche-Orient. Il a en effet étudié quatre ans (1983 à 1987) à Alep à l’Institut de la Renaissance des Sciences islamiques et a été affilié à la Confrérie d’origine centrasiatique des Naqchbandis.

L’islam contre le radicalisme - Abdelali Mamoun
Cerf, 2017 - 223 p


A Damas, il a découvert la version syrienne des Frères Musulmans.

A Paris, il adhère à l’Union des Organisations Islamiques de France, proche des milieux Frères Musulmans d’Europe, mais il trouve l’UOIF « saturée à l’excès des blédards plus soucieux de leur point de départ que de leur point d’arrivée » (p.11). En 1994, il déclare « la guerre aux takfiristes (salafistes radicaux), au moment où « une vague wahhabite fait une arrivée massive en France » (p.12). Il devient imam de neuf mosquées successives de la région parisienne.

Cette riche expérience l’amène à parler sans tabou des principes et des réalités de l’islam. Pour lui, les références prophétiques sont interprétables conjoncturellement avec une marge de flexibilité qui tienne compte des réalités culturelles. Le verset « Combattez les injustes » ne veut pas dire « combattre les autres croyants » car le combat n’est légitime que s’il est mené contre les injustes. L’islam n’est pas un messianisme apocalyptique (p.95) et les versets qui évoqueraient « la haine » ne correspondent pas à des injonctions « mais relèvent du constat d’un état de fait » (p.59). Il met en valeur le travail des réformistes qui analysent les sources scripturaires, particulièrement celui des moutazilites dont il souligne l’intérêt de l’étude et de la réflexion (p.46).

Il critique au contraire le salafisme réductionniste, l’activisme, le prosélytisme imposant une ségrégation au musulman d’Europe, qui le fait se démarquer le plus possible des règles, lois, coutumes, valeurs, institutions « fondées sur autre chose que ce qui est considéré comme émanant de la Révélation » (p.49). D’ailleurs, il juge que « la doctrine salafiste est construite sur les traditions bédouines de la péninsule arabique ». Cette attitude conduit aux mouvements radicaux, qui ont débuté en Egypte avec le Takfir ou Higra qui essaimera en Algérie avec le GIA puis le GSPC , la Qaïda avec l’AQMI maghrébin, l’AQPA yéménite, les Chebab somaliens, le Boko Haram , milices anarchiques sans légitimité ; « en France, ces prédateurs terroristes qui endoctrinent nos jeunes leur font croire que le djihad armé doit avoir pour visée d’imposer la foi musulmane aux autres» (p.102). Il faut également sensibiliser les parents à la menace terroriste afin qu’ils puissent alerter les Services publics lorsqu’ils décèlent l’endoctrinement de leurs enfants (p.209).

L’auteur suggère aussi de réformer la composition du Conseil Français du Culte Musulman, dont les membres sont actuellement choisis sur une base « ethnico-nationale et liée aux pays d’origine » (p.191), et de mettre en place un Conseil Théologique musulman qui veille à la formation des imams chargés de l’organisation du culte, et des cadis qui auraient une fonction de médiateurs. « Il ne s’agit pas d’islamiser la France mais de franciser l’islam » (p.222). Pour compléter ces mesures, l’Education nationale, doit aussi établir l’enseignement du Fait religieux qui soulignerait l’apport anthropologique et civilisationnel des religions. Ce Fait religieux comparé permettra d’évaluer les croyances au regard des enjeux sociopolitiques contemporains.

L’expérience tricontinentale (Algérie, Syrie, France) acquise par l’imam Abdelali est exceptionnelle ; les mesures qu’il préconise sont de bon sens et reposent sur une connaissance de l’homme dans sa diversité et dans son uniformité.