En ce 16 mai, date qui marque le premier anniversaire de son installation épiscopale dans le diocèse de Ghardaia, l’Evêque Diego adresse sa première lettre pastorale aux chrétiens du Sahara algérien. Ce document, il écrit, est né du désir de partager quelques réflexions, convictions et orientations pour cheminer ensemble en tant qu’Église diocésaine.
Au moment où je vous adresse cette première lettre pastorale, un an après mon installation comme évêque parmi vous, nous venons de vivre la visite du Saint-Père dans notre pays. Ce fut un moment de grâce pour nous tous. À travers ses paroles, ses gestes et ses rencontres, nous avons vécu bien plus qu’un événement : nous avons reçu une lumière pour notre chemin, une parole à accueillir, à méditer et à laisser porter du fruit en nous (cf. Lc 8,15). Parmi les nombreuses images qu’il nous a laissées, l’une m’a particulièrement touché et ne cesse de m’habiter. En parlant de la présence de l’Église en Algérie, le Pape l’a comparée à un grain d’encens : un petit élément, presque invisible, qui, en se consumant, diffuse un parfum qui élève les coeurs vers Dieu. Cette image, à la fois simple et profonde, éclaire avec justesse notre vocation ici, dans cette terre du sud algérien. Elle ne parle ni de force, ni d’éclat, ni de réussite au sens du monde. Elle parle d’une présence humble, offerte, donnée aux autres et qui s’élève vers Dieu — comme cette prière du psalmiste : « Que ma prière devant toi s’élève comme l’encens » (Ps 140,2). En la recevant, je me suis demandé : n’est-ce pas là, précisément, ce à quoi nous sommes appelés ? À être, au coeur même de notre petitesse et de notre discrétion, porteurs d’un parfum qui ne vient pas de nous, mais du Christ lui-même (cf.2 Co 2,15). Avant de réfléchir plus longuement à cette vocation, il nous faut d’abord accueillir avec reconnaissance le regard que le Saint-Père a porté sur ce pays et sur son peuple.
Une terre habitée par une richesse profonde C’est cette manière de voir que nous voulons maintenant accueillir et approfondir. Le Saint-Père n’a pas porté sur l’Algérie un regard d’observateur extérieur, mais celui d’un frère venu rencontrer un peuple. Et ce qu’il a reconnu en lui est précieux. Comme il l’a exprimé lors de sa rencontre avec le peuple algérien au Monument des Martyrs à Alger : « dans le coeur algérien, l’amitié, la confiance, la solidarité ne sont pas simplement des mots, mais des valeurs qui comptent et qui donnent chaleur et solidité à la vie commune ». Il a vu un peuple marqué par une longue histoire, parfois douloureuse, mais traversée avec courage et dignité. Une histoire qui n’a pas éteint la capacité de se relever, de reconstruire et de continuer à espérer. Dans un monde souvent blessé par la mémoire des conflits, cette capacité à avancer sans se laisser enfermer dans le ressentiment et à rouvrir des chemins de confiance et de rencontre apparaît comme une voie essentielle pour construire un avenir meilleur. Il a vu aussi un peuple profondément marqué par le sens de la fraternité. L’accueil, la solidarité, l’attention aux autres ne sont pas ici de simples idées, mais des réalités vécues au quotidien. Combien de fois avons-nous fait l’expérience de cette hospitalité simple et généreuse, offerte même lorsque les moyens sont limités ! Ce sens du partage, enraciné dans la vie des familles et des communautés, est une richesse inestimable. Le Saint-Père a également souligné la place centrale de la foi en Dieu dans la société algérienne. Une foi qui soutient les coeurs, qui inspire les relations, qui donne sens à la vie. Dans un monde où le sens de Dieu est parfois obscurci ou oublié, cette présence de la foi est un don pour tous. Elle rappelle que l’homme ne se suffit pas à lui-même, mais qu’il trouve sa vérité en se tournant vers Celui qui est plus grand que lui. Enfin, il a reconnu dans cette terre un lieu de rencontre : un carrefour de cultures, de traditions et de religions, appelé à être un pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident, où le respect mutuel et le dialogue ne sont pas seulement possibles, mais nécessaires. Cette vocation à la rencontre est à la fois une responsabilité et une espérance pour le monde. Ce regard plein d’estime et de reconnaissance ouvre aussi des chemins pour l’avenir. Le Saint-Père nous a rappelé que toute société est appelée à grandir, à se renouveler et à chercher toujours davantage de justice, dans le respect de la dignité de chacun. Il a notamment encouragé à promouvoir une vie sociale où chacun puisse trouver sa place, où les plus fragiles soient réellement soutenus et où les jeunes puissent contribuer activement à la construction du bien commun. Ces appels ne viennent pas comme un jugement de l’extérieur, mais comme une invitation à faire fructifier les richesses déjà présentes dans cette société. Ils nous rappellent que la fraternité, la solidarité et la foi, si profondément enracinées dans cette terre, peuvent encore porter davantage de fruits pour une société toujours plus juste et fraternelle. Frères et soeurs, en accueillant ce regard, nous sommes invités à une attitude simple et fondamentale : rendre grâce. Rendre grâce pour ce que Dieu accomplit déjà dans ce pays. Rendre grâce pour les femmes et les hommes avec lesquels nous partageons une part de notre existence. Car nous ne sommes pas envoyés dans un désert vide, mais au coeur d’une terre déjà habitée par Dieu. Nous vivons au milieu d’un peuple riche d’humanité, de foi et de relations. C’est au sein de cette réalité que nous sommes appelés à discerner notre vocation….
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20260516 Diego Sarrió Cucarella_Comme un grain d’encens
