C’est la première parole du Christ ressuscité à ses disciples. C’est la devise du voyage du pape Léon XIV en Algérie. Dans les deux cas, c’est beaucoup plus qu’une salutation conventionnelle routinière.
Nous fêtons Pâques à partir du 5 avril. C’est la plus grande fête chrétienne. Elle dure cinquante jours. On y célèbre la résurrection de Jésus, alors qu’il avait été mis à mort par les autorités romaines à l’instigation des autorités religieuses de son temps. Sa résurrection atteste de la vérité de tout ce qu’il avait dit et fait auparavant, et de son identité de Dieu parmi nous. Elle est véritablement « bonne nouvelle » (ev-angile), magnifique nouvelle. Pas seulement à cause du caractère stimulant, enthousiasmant de son message porteur de paix, de pardon, de justice, de dépassement de soi. Mais parce que l’identité de son auteur donne à son message une puissance incomparable, une puissance de salut, capable de transformer la vie de ceux qui l’accueillent dans leur cœur et dans les sacrements. C’est le cœur de la foi chrétienne, de ce qui nous anime. C’est de ce fait aussi le cœur de la proposition chrétienne.
Or la première parole de Jésus, lorsqu’il apparaît à ses disciples après sa résurrection, est celle-ci : « La paix soit avec vous ». On la trouve dans l’évangile de Luc (Lc 24, 36) et par trois fois dans l’évangile de Jean (Jn 20, 19.21.26).
Peut-être était-ce déjà une salutation traditionnelle à l’époque de Jésus. Mais sa répétition manifeste qu’il s’agit de beaucoup plus qu’un simple « Bonjour ». Jésus l’avait déjà dit de manière solennelle : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » (Jn 14, 27). Cette offre de sa paix a tant d’importance qu’elle sera reprise plusieurs fois dans la célébration de l’eucharistie, après la récitation du Notre Père, et comme salutation liturgique des évêques dans toute assemblée.
Dans le contexte précis du jour de la résurrection, elle a une forte dimension de miséricorde. Jésus apparaît à des disciples qui l’ont abandonné lors de son arrestation et de son procès. Il les assure immédiatement que son apparition n’est habitée par aucune velléité de reproche ou de vengeance. Bien plus que cela, elle a pour but de les fonder dans la paix, dans la paix telle qu’il l’a habitée tout au long de son existence terrestre : un souffle de paix plus fort que tous les vents de violence.
C’est à ce niveau que se situe la devise du voyage du pape Léon XIV en Algérie. Chrétiens et musulmans pourraient faire état de nombreuses dissensions et inimitiés (cf. Nostra Aetate n.3) ayant marqué leurs relations dans l’histoire. Nous tous, individus et peuples, sommes marqués par des blessures reçues d’autres peuples, personnes, religions, groupes sociaux, qui pourraient nourrir en nous rejet, agressivité, haine. La salutation « La paix soit avec vous » échangée entre Léon XIV et le peuple algérien est une invitation réciproque à nous laisser envahir par un état, une respiration, une grâce divine qui est celle de la paix, de la bienveillance, de la miséricorde, couvrant passé, présent et avenir ; sans exclure la recherche intransigeante de la vérité et de la justice, mais sans se laisser dominer par l’esprit de haine. Nous puisons cela de nos sources religieuses, mais l’impact social de cet élan peut être énorme, et le monde nous demande d’en rendre compte.
+ Michel Guillaud
évêque de Constantine et Hippone
