Un Tlemcénien à l’Économie de Francesco

Le Pape François a invité à Assise des jeunes économistes et entrepreneurs venant du monde entier en Italie pour changer l’économie actuelle et donner une âme à celle du futur. Cet évènement appelé l’Economy of Francesco a bien eu lieu en visioconférence, en ce mois de novembre .https://francescoeconomy.org/

Parmi les présentateurs Amine, un jeune de Tlemcen, témoignage.

1 Comment se fait-il qu’un Tlemcenien se retrouve à présenter cet évènement mondial intitulé fransescoeconomy ?

J’étudie en Italie près de Florence à l’Institut Universitaire Sophia et un de mes professeurs m’a proposé dy participer.

Lorsque Luigino Bruni, professeur d’économie et coordinateur de l’évènement m’a proposé de faire partie de l’équipe des présentateurs j’étais trop content. Nous étions très privilégiés car en raison de la pandémie peu de personnes ont pu se rendre à Assise, une vingtaine seulement. J’adore les défis et l’aventure et donc je n’ai pas hésité à répondre oui à ce nouveau challenge.

Avec 2000 jeunes du monde entier nous avons travaillé durant une année pour préparer, répartis en 12 villages avec des thèmes très différents, mon village avait pour thème lifestyle

Des intervenants de renommée internationale, dont le prix Nobel Muhammad Yunus (prix Nobel de la paix en 2006) et, entre autres, des économistes et des experts tels que Kate Raworth, Jeffrey Sachs, Vandana Shiva, Susy Sneider (prix nobel de la paix 2017) Stefano Zamagni, Mauro Magatti, Juan Camilo Cardenas, Jennifer Nedelsky, Sr Cécile Renouard ainsi que de nombreux entrepreneurs ayant une expérience et des compétences consolidées.

2 Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur cet évènement pas très connu en Algérie ?

Cet évènement n’est pas très connu en Algérie, probablement aussi à cause de la Covid. Ce sont plus de 2000 participants en provenance de 130 pays différents, des économistes, des entrepreneurs, des citoyens, des jeunes, des change-makers . C’est une idée du pape qui en 2019 a dit : » Je vous écris pour vous inviter à une initiative que j’ai tant désirée : un évènement qui me permette de rencontrer ceux qui aujourd’hui se forment et commencent à étudier et pratiquer une économie différente, qui fasse vivre et non pas mourir, qui inclut et n’exclut pas, qui humanise et ne déshumanise pas, qui prenne soin de la Création sans la piller(…) » François propose un capital spirituel global dont l’économie à un besoin extrême aujourd’hui . Nous les jeunes on voudrait construire une économie qui prenne en compte la relation qui donne plus d’espace à tous les acteurs de la société.1

Je citerai volontiers mon professeur qui a dit à propos de cet évènement : “La culture de l’intériorité est au cœur de cette nouvelle économie. L’économie d’hier était toute extérieure, entièrement centrée sur les biens extérieurs, et ainsi, elle a négligé trop de biens invisibles, tels que les biens relationnels et les biens moraux. Le capital spirituel, c’est le premier atout qui manque aux entreprises”,

3 Quel a été votre impression générale de cette préparation et de l’évènement en lui-même, les rencontres que vous avez-faites ?

  • Nous demandons: que les grandes puissances mondiales et les grandes institutions économiques et financières ralentissent leur course pour laisser respirer la Terre. qu’un partage mondial des technologies les plus avancées soit activé que le sujet de l’intendance des biens communs soit placé au centre des agendas des gouvernements que les idéologies économiques ne soient plus jamais être utilisées pour offenser et rejeter les pauvres, le droit au travail décent pour tous, que les paradis fiscaux du monde entier soient abolis immédiatement, que de nouvelles institutions financières soient créées que les banques, en particulier les grandes et mondialisées, introduisent un comité d’éthique indépendant dans leur gouvernance l’accès à une éducation de qualité pour chaque fille et chaque garçon dans le monde, que les travailleuses aient les mêmes chances que les travailleurs masculins

J’ai été très touché par les 2000 jeunes qui ont fait preuve d’un travail remarquable durant une année entière. Cet évènement prévu pour le mois de mars a du être déplacé en visioconférence à cause de la COVID. Travailler de la sorte n’a pas facilité les choses, mais avec beaucoup de détermination et de courage nous avons relevé le défi pour changer l’économie et redonner espoir en un monde meilleur. C’était vraiment exceptionnel malgré les conditions particulières dues à la COVID, mais Dieu était avec nous et nous a guidés c’était très fort et grâce à Lui nous avons pu faire passer notre message au monde entier. Cet évènement était la première étape mais on continue avec des actions concrètes avec détermination, lucidité, responsabilité, la COVID a tout changé nous devons faire appel à notre créativité. 2

4 Le fait que ce soit le pape François, un catholique qui soutient cet évènement ne vous a pas gêné en tant que musulman ? Pourquoi ?

En fait j’ai jamais senti la différence comme musulman au contraire le pape François a invité tout le monde, c’est un appel à toute l’humanité pour donner l’espoir, chercher des solutions pour travailler ensemble, réunir nos efforts pour changer l’économie d’aujourd’hui en respectant les différences. Le pape François parle souvent du respect des diversités et des identités, les religions ne sont pas un obstacle en cela. Cet esprit d’unité entre nous a créé des liens très forts, c’était super cool !

5 Que gardez-vous dans votre coeur de cette expérience vécue , l’économie n’étant pas votre domaine?

En tant que sociologue je constate toujours plus que l’économie, la sociologie, la politique , l’environnement, que tout est en relation. L’expérience faite durant une année avec mon village m’a montré que tous ces jeunes ont une grande vision de l’avenir et ils se battent pour cet Idéal d’un monde uni. Toutes les expériences que nous avons entendues étaient très fortes, c’était comme la construction d’un nouveau chemin, ouah !!! des jeunes changemakers qui font des choses incroyables partout dans le monde , en Afrique, Asie, Amériques, l’écologie, l’aide aux enfants , la musique, l’éducation etc…c’était vraiment trop, trop fort ! J’en ai tiré beaucoup de forces et c’est l’image du colibri qui me vient à l’esprit : quand il essaie d’éteindre l’incendie de la forêt qui détruit notre monde.

Notre défi est lancé nous devons utiliser notre tête, notre coeur et nos mains concrètement sur le terrain. Je dirai qu’une seule personne peut changer le monde si elle cultive l’espoir autour d’elle.

Propos recueillis par Didier Lucas

1https://www.youtube.com/channel/UCVKz5pM4geof3NvZO7GOylw

22 Déc 2020 | A la une, Vivre ensemble

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