Témoignages: En attendant de venir en Algérie….

Deux témoignages de religieux italiens (PIME) en attente de l’ouverture des frontières pour venir en Algérie

Cette situation très particulière, personne ne pouvait l’imaginer si lourde de conséquences. J’étais arrivé à Venise en Italie, après avoir quitté le Cameroun le 20 février 2020.

Début mars le Covid m’a trouvé en Lombardie tout près de Milan où je commençais les démarches nécessaires en vue d’obtenir mon visa pour l’Algérie. Il était strictement interdit de se promener, de voyager entre les régions et j’ai passé plusieurs mois dans notre communauté des frères PIME. Toutes les démarches auprès des administrations étaient au ralenti ou se faisaient par mails.

Ottorino Zanetta au Cameroun

Durant ces longues périodes d’inactivité forcée, j’ai essayé de vivre de façon positive en considérant comme une Grâce ce temps disponible pour lire, prier etc..Le bienfait de cette longue période de paix, pas de soucis pour l’aujourd’hui , bien dorloté, à la longue   ressemblait à une cage dorée qui garde les distances du quotidien comme en dehors. Je savais qu’en dehors beaucoup de gens mourraient et n’arrivaient plus à assurer le minimum à leurs familles et cela pas seulement dans les pays du Sud du monde mais aussi dans nos pays « civilisés, riches ». Mais tu ne sais pas quoi faire et tu ne peux pas sortir, ni rendre visite aux gens, ni les soutenir

Bref, ce serait trop long de tout expliquer mais l’impact de ce misérable petit virus a touché les consciences ( pour certains positivement, pour d’autres très négativement). Ou bien l’humanité cherche à changer tout en restant dans la même barque, ou bien…

Les mois s’écoulaient, les premiers étaient paisibles, la nouveauté du changement pour un pays musulman, l’intérêt de beaucoup d’amis avec bien sûr un peu d’étonnement quant à ce changement de pays, la fièvre de l’attente, mon impatience a été calmée plusieurs fois parle P. Davide, Marco et même John l’évêque. Mais petit à petit l’enthousiasme a commencé a diminué . L’incertitude du futur, puisque cette nouvelle vague de retour du Covid est en train de frapper partout et pour combien de temps encore?

Mais ce qui me fait de la peine c’est que de plus en plus des personnes sont un peu déçues du fait qu’après mes activités menées en Afrique sub-saharienne, je passe maintenant à l’inactivité en pays musulman. Voilà un peu ce qu’on me dit : « Mais comment, au Cameroun vous aviez des projets de développement, un pouvoir d’action. Tu enseignais aux paysans, dans les champs arides du Sahel qui devenaient fertiles grâce à des méthodes modernes, tu as aidé beaucoup de personnes etc..et maintenant tu va dans un pays musulman ou vous êtes mal acceptés, voir en danger et tu ne pourras rien faire. Tu ne va pas passer ton temps assis sur une natte en bavardant de tout et de rien avec les Arabes au marché…quand même ! »

Voilà en bref un peu l’image que beaucoup de chrétiens occidentaux se font de l’Église missionnaire. Une Église riche, puissante qui organise tout d’en haut, qui travaille pour convertir les  » non chrétiens ». Quand j’essaie de faire comprendre que je ne suis pas si sûr d’avoir enseigné ni fait telle ou telle chose pour le mieux-être, mais qu’au contraire, c’est moi qui ai reçu et appris à vivre en Afrique, alors la c’est la catastrophe…

La plupart ne connaissent pas le frère Charles de Foucauld et encore moins sa vie, l’approche du Frère universel, la proximité avec nos frères d’Islam.En général ici musulman fait penser à terroriste, fanatique etc…. Et même dans l’Église certains ne partagent pas cette présence discrète, silencieuse, de proximité, voir même d’impuissance.

En attendant des temps meilleurs, je me trouve à Rome et je profite de quelques cours au PISAI comme auditeur libre. i

Ottorino Zanetta

ihttps://fr.pisai.it/

Tout d’abord je me dis heureux de faire partie de l’Église Catholique d’Algérie.

Il me semble de plus en plus évident qu’il n’est pas facile de définir en quelque mot le temps que nous vivons. Une certaine confusion mêlée à la peur, à l’incertitude et au manque d’espérance règne en peu partout .

Père Maurizio Bezzi

Personnellement je dois dire qu’en toute cette période j’ai bénéficié de conditions assez bonnes pour affronter la situation. Je vies cette période comme un attente ( aussi du visa bien sur…) mais sans rêver. Ce qui m’aide à ne pas rêver c’est le fait de rencontrer les gens qui viennent en pèlerinage à la maison natale du Saint Pape Jean XXIII. Presque chaque jour j’ai des moments réservés pour les confessions des pèlerins. C’est une expérience très enrichissante. C’est souvent la rencontre avec des situations humaines de souffrance, des drames liés à la perte du travail, de marginalisation, drames familiaux…

Je suis provoqué dans ma recherche personnelle pour éviter de vivre ce temps en restant assis dans l’attente que  » tout finisse et qu’on revienne à la normale ». Ce temps ( comme tout le temps…) je veux le vivre comme un temps de grâce, avec son lot de difficultés, en cherchant la compagnie de ceux qui vivent intensément la réalité de la vie. De cette façon je peux me forger une attitude intérieure assoiffé d’une Présence qui te prend progressivement même pendant le confinement, en faisant l’expérience que la tristesse qui envahit ta personne n’est pas condamné à finir dans le néant, comme écrivait une jeune universitaire.  C’est ce que je souhaite pour moi et pour tous.

Père Maurizio Bezzi

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