La réunion des Focolari d’Alger, le lendemain de la visite de Léon XIV
Comme tous les mois, les Focolari d’Alger se retrouvent pour partager, échanger, prier. Mais cette fois, c’était le lendemain de la visite du pape. Une actualité toute chaude encore dans les coeurs Voici ce qu’on a entendu, ce qu’on a ressenti.
Mohamed :« Quand un chef d’État débarque, on se dit : Bon, c’est pour les photos officielles, pas pour nous. Mais là, c’était le pape. Un pape qui vient en Algérie, un pays à majorité musulmane, et qui s’adresse directement aux musulmans… Ça, c’est pas de la diplomatie, cà ne nous regarde pas.
Au début, j’avais un peu la trouille. Je me disais : Est-ce qu’il va dire des trucs qui vont braquer ? Mais non. Rien que du positif, une ambiance incroyable. Cette visite, elle était exceptionnelle, et en plus, tout s’est passé naturellement, comme s’il était chez lui. Ce qui m’a touché, c’est sa simplicité. Pas de blabla, pas de pose. Juste un homme qui parle avec le cœur. Une image qui résume tout, Quand il embrasse le recteur de la mosquée. Un bisou, et hop : tout est dit sur la fra-ter-ni-té.
Je crois que ça a fait tilt dans les têtes. Comme si quelque chose s’était réveillé en nous. On connaissait déjà l’idée de fraternité, mais là, c’était un re-bonjour qui claque. Et maintenant, j’attends la suite. Parce que je sens que ça ne va pas s’arrêter là. »
Chahida :« Moi, je vois deux déclics. D’abord, les Algériens ont découvert l’Église. Pas une Église lointaine, mais une Église vivante, simple, en contact avec les musulmans. 8 000 chrétiens ? Une goutte d’eau. Oui, mais une goutte qui compte. Et puis, il y a Saint-Augustin un des nôtres qu’on ne connaît pas. J’ai fait mes études pendant et après la guerre, et jamais, dans aucun livre, on nous a parlé de lui et là, on réalise qu’il est né ici, connu dans le monde entier… sauf chez lui. Les librairies vont devoir se bouger, parce que ça a éveillé une grande curiosité.
Et puis, cette visite, c’était du jamais vu. Un chef d’État étranger qui va à la rencontre de la population comme ça, sans protocole, sans barrières… Les gens étaient scotchés. »
Nadjia :« Je n’ai plus de voix, tellement les journalistes m’ont appelée. Mais pour vous, j’ai encore de l’énergie, parce que mon cœur bat depuis que je suis arrivée. D’abord, je dois remercier les Focolare : c’est grâce à vous que j’ai pu vivre cet événement à Notre-Dame d’Afrique. Je suis venue de Rome, j’ai tout laissé – mes cours, mon travail – juste pour vivre ça. Un pape augustinien en Algérie, sur la terre de Saint-Augustin… Vous imaginez l’émotion ?
Ce qui m’a comblée, c’est de voir mon peuple sourire. Moi qui avais quitté l’Algérie en colère en 2004, après avoir vécu le terrorisme, je me demandais : Quel Dieu permet le mal ? Puis j’ai rencontré Augustin. Et là, j’ai compris : Dieu n’est pas l’auteur du mal, c’est le libre arbitre de l’homme. Entendre un pape augustinien parler à mon peuple, c’était comme entendre Augustin lui-même. Il a parlé de justice, d’unité. Une phrase m’a marquée : « La paix n’est pas seulement l’absence de conflit. » Ça, c’est 100% Augustin ! La paix, c’est le pardon, la réconciliation. Et le pape a insisté : « L’avenir appartient aux hommes et femmes de paix. » Ce n’est pas qu’aux politiques de faire la paix. C’est à nous tous. »
Samir :« Et puis, il y a eu cette image : le recteur de la Grande Mosquée, un soufi avec des millions de disciples, qui embrasse le pape. Deux hommes qui prient le même Dieu.
Karima :« J’étais là, sous la pluie, transie de froid. Mais quand sa voiture est passée devant moi, j’ai croisé son regard. Trois, quatre secondes – un regard droit dans les yeux, un signe de tête. À côté de lui, Jean-Paul Vesco m’a fait signe, comme s’il disait « Karima »… Et là, j’étais trempée, mais je m’en fichais. Cette pluie, c’était comme une bénédiction. Comme si Dieu nous baptisait tous ensemble. »
Fatima :« J’ai vu l’amour vivre. » On était dehors, dans le froid, sous la pluie. Et puis, on a oublié tout ça. Il n’y avait plus que l’émotion. Ce qui m’a marquée ? La bienveillance. Une dame avait froid, je lui ai donné ma veste. Une autre s’était blessée, on l’a aidée. On s’est serré les coudes. Après son passage, on a couru, on a ri, on a pris des photos. Une ambiance folle. Même ceux qui n’avaient pas pu le voir de près sont rentrés le cœur léger. »
Et maintenant ?
« On a l’impression qu’il y a un avant et un après cette visite. L’Algérie a fait un pas. Elle a ouvert une porte. Si les Algériens réalisent l’importance de cet événement, alors oui, l’Algérie commence à s’ouvrir. Elle redécouvre Saint-Augustin, elle comprend que c’est un des siens. »
« Et puis, il y a cette peur qui a disparu : la légende du chrétien qui vient pour évangéliser. Les gens ont vu la réalité. Maintenant, on peut avancer. »
« Moi, ce qui me reste, c’est une fierté. Voir mon pays s’ouvrir comme ça, avec cette image de tolérance et de fraternité… C’est fort. »
« Et puis, il faut remercier Jean-Paul Vesco : c’est lui qui a invité le pape, juste après son élection. Un point d’ancrage dans l’histoire dont on peut être fiers. »
« La suite ? On espère que ce ne sera pas juste un symbole. Qu’on en fera quelque chose. Que ça continuera. Parce que le pape, il nous a parlé d’un idéal réalisable : la paix par la justice sociale, par le dialogue. « La spiritualité sauvera peut-être le monde, si la politique échoue. » Et nous, on a envie d’y croire. »
Didier Lucas
