Rencontres.

Accueillir le miracle de la présence de Dieu dans le quotidien. Une lettre depuis Tamanrasset.

A Tam, le corona n’est arrivé qu’en Mai Juin, quelques hommes parmi nos connaissances en sont morts, aujourd’hui la deuxième vague n’est pas venue, néanmoins toute la vie du pays a été marquée par le couvre-feu, le confinement, léger au Sud. Nous sommes restés très isolés, depuis Mars plus de transports, Air Algérie vient seulement de reprendre timidement ses vols intérieurs. L’école a rouvert ses portes en Novembre, tandis que les visites dans les prisons ne sont pas encore autorisées.

Ici comme partout, l’incertitude du lendemain colore le présent, beaucoup de projets ont dû être différés, cela nous invite à être créatifs, à puiser dans nos ressources intérieures, il y a de l’eau vive au fond de notre puits. Le présent de nos vies a un avenir, si nous ne nous résignons pas face à ce qui fait mal, passer du « c’est foutu » au consentement de nos fragilités, du non savoir. Rester des Vivants n’a d’autre mot que l’Espérance, si bien mis en exergue dans la dernière encyclique « Tous frères  » du Pape François.

« 55. J’invite à l’espérance qui « nous parle d’une réalité qui est enracinée au plus profond de l’être humain, indépendamment des circonstances concrètes et des conditionnements historiques dans lesquels il vit. Elle nous parle d’une soif, d’une aspiration, d’un désir de plénitude, de vie réussie, d’une volonté de toucher ce qui est grand, ce qui remplit le cœur et élève l’esprit vers les grandes choses, comme la vérité, la bonté et la beauté, la justice et l’amour. […]L’espérance est audace, elle sait regarder au-delà du confort personnel, des petites sécurités et des compensations qui rétrécissent l’horizon, pour s’ouvrir à de grands idéaux qui rendent la vie plus belle et plus digne ».

Cette posture d’espérance, elle est à décider, c’est la noblesse, la beauté de notre devenir d humains. Cette porte de sortie face aux crises de notre monde gémissant ne peut s’ouvrir que par des gestes de fraternité, de dialogue, rejoindre les plus vulnérables, chercher ensemble un mieux vivre dans ces situations apparemment sans issue.

Notre être – là est primordial, appelés à répondre par de l’inédit (fabrication de sacs écologiques avec quelques femmes pour vendre sur place) et à intensifier ma proximité avec quelques familles en souffrance. Mais au cœur des difficultés, j’ai vu la solidarité, le partage dans l’ordinaire de nos aujourd’hui.

Une amie, depuis 4 ans à Tam me raconte cette anecdote. Elle s’est arrêtée près de la fontaine pour prendre un verre de thé à un petit vendeur sur le trottoir, quand elle voulut payer, il lui a dit «Rien, tu es une femme » une réaction qu’on aimerait rencontrer plus souvent !! Elle travaille à l’hôpital dans des conditions vraiment difficiles, un nouveau-né a dû être opéré avec beaucoup de risques, mais il a survécu, elle me fait cette confidence, « quand les moyens humains sont défectueux, Dieu prends le relai. » Oui, dans des situations périlleuses, la confiance Le fait naître …

Tous ces liens, ces rencontres font la vie, j’essaye d’être une vraie sœur, mais beaucoup m’appellent maman, surtout les Africains !

Être mère, c’est se laisser remuer jusqu’au fond des entrailles, j’espère accompagner la vie aussi comme une présence maternelle, être célibataire n’empêche pas d’avoir beaucoup d enfants ! Il y a quelque temps, j ai été très touchée, lorsque Omar, rivé à sa couche entre deux passes de ballon m’a regardé tendrement et m’a dit »uma »(maman) et lorsque Bachir me dit sa nostalgie après mon retour de l’Assekrem « tu es notre deuxième Maman », ces mots sont comme un pain de tendresse qui t’arrive au cœur ! Goûter ce nom, en goûter la douceur pour devenir davantage douceur …

Martine

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