Rencontre de formation interdiocésaine des aumôniers d’étudiants

La rencontre interdiocésaine de formation des aumôniers d’étudiants s’est tenue à la Maison du Bon Pasteur de Constantine, du 10 au 14 mai, dans une ambiance toute fraternelle. Les thèmes retenus étaient : « Prévention et soutien face aux addictions, dépressions, isolements », d’une part ; « Culture numérique et réseaux sociaux, comment rejoindre les étudiants dans leur langage sans les juger ni les effrayer », d’autre part.

Après le premier soir, qui nous permit de nous retrouver et de nous reconnaître, venant de Tlemcen, Alger centre et périphérie, Tizi-Ouzou et Boumerdès, Bejaïa, Sétif, Annaba, Constantine et Batna, nous avons entrepris de réfléchir sur le premier thème, guidés par le p. Fred WEKESA, O.S.A., docteur en Psychologie, qui nous exposa le fonctionnement cérébral de l’addiction, d’abord vue positivement pour les besoins naturels que sont, notamment, la nourriture et le sommeil. Puis il indiqua comment l’addiction devient négative, par la perte de contrôle du sujet et la dépendance d’une substance nocive. L’addiction s’installe à cause d’un dysfonctionnement du « circuit de la récompense » : la dopamine libérée rend le cerveau dépendant à cette stimulation chimique ou comportementale (impulsivité).

La plupart du temps, l’addiction, installée par la stimulation de la « récompense » -au niveau cérébral-, se caractérise aussi par l’isolement et la rupture du lien social et, dans bien des cas, par l’influence de l’environnement social. C’est ainsi, en effet, qu’on reconnaît la présence de l’addiction : retrait social, changement d’habitudes, absences répétées (en cours, ou en assemblée de prière), engagement numérique. Elle peut mener au cycle de la dépression, révélé par la perte de motivation et des pensées négatives récurrentes.

Quelles stratégies de prévention peut-on envisager ? En premier lieu, un travail sur soi conduisant à « tolérer l’inconfort émotionnel sans béquille artificielle ». L’échange avec les personnes qui éprouvent un « mal-être », avec empathie, permet d’avancer vers une amélioration du comportement et un processus de changement, au cours d’une certaine durée, et non du jour au lendemain.

La matinée s’est poursuivie avec le témoignage de deux étudiants : Flory, d’Annaba, a retracé son cheminement propre depuis le début de ses études à Kinshasa jusqu’à ses années algériennes, faisant face à ses addictions du moment : alcool, jeux vidéo, etc. en raison du stress venant des attentes familiales et des contraintes universitaires. Il a trouvé dans la prière, très précisément, le chemin de l’apaisement et de la liberté. Cheikh, de Batna, en 6ème année de Pharmacie, quant à lui, a décrit brièvement l’environnement familial défavorisé qui a entraîné Moussa, Malien comme lui, dans la fréquentation de mauvaises personnes et la consommation de substances chimiques, jusqu’à son incarcération. Il a souligné que, malheureusement, l’accès à ces substances est devenu de plus en plus facile en beaucoup de pays. Pour les étudiants d’ici, cela se pratique en circuits assez fermés.

Au cours de l’après-midi, deux groupes échangent sur les questions relatives à l’exposé du matin. Pour favoriser la prévention et le repérage des signaux d’addiction, voire de dépression, il importe de valoriser l’attention mutuelle des étudiants, dans la mesure où ils sont plus en contact les uns avec les autres, qu’avec les aumôniers. Une étudiante, par exemple, ne sort pas de sa chambre, ne parle à personne, son entourage s’inquiète. Il est important que nous soyons proches des jeunes et les connaissions individuellement.

A la question d’améliorer « notre hygiène numérique », relevons une idée déjà pratiquée pour un temps de récollection, qui mérite d’être adoptée dans chaque aumônerie, avec le consentement, bien sûr, des délégués des étudiants : il s’agit d’organiser des journées sans téléphone, tout en organisant un débat sur un sujet bien choisi. Cela peut même figurer dans le « plan pastoral » établi au niveau diocésain, ou simplement local.

Le lendemain, nous abordons le deuxième thème, un peu effleuré la veille. Jackson DOS SANTOS, de la Communauté SALAM, nous présente, de manière didactique, l’évolution des technologies de communication, au fil des générations, depuis les baby-boomers de l’après-guerre 39-45 jusqu’aux jeunes de la génération Z, puis A (1997 et plus). L’attention à chaque période révèle des différences d’habitudes ou réflexes de communication et la mentalité qu’elle façonne. « La cyberculture redéfinit notre univers informationnel partagé : connectivité, interactivité, accessibilité. Les algorithmes ont remplacé les cadres narratifs traditionnels. » Cela change quelque peu le sens de la « vérité ». Sans décrire ce phénomène comme un « conflit de générations », cela oblige les anciens et les jeunes à trouver un juste équilibre, en cultivant une curiosité réciproque, le désir d’apprendre les uns des autres.

Après cette riche et vivante présentation du thème, nous avons rejoint nos groupes respectifs pour apporter quelques réponses à sept questions. Elles concernaient les « ponts de dialogue et de relation », l’adaptation du langage à la culture numérique, l’interaction avec les étudiants, et l’utilisation des réseaux sociaux pour l’évangélisation. Plusieurs d’entre nous ont retenu la nécessité de « descendre » avec humilité, pour comprendre les jeunes, tout en leur proposant de développer leur « sens critique » -notamment quant à l’usage de l’IA, qui doit rester un outil, et ne pas se substituer à la recherche personnelle et à la structuration de la réflexion-. Sur le plan spirituel, il importe de souligner que l’acte de foi n’est pas le produit de l’intelligence artificielle, de même qu’il n’est pas une simple opinion émise par la pensée du sujet, mais la libre confiance accordée à Celui qui a « les paroles de la vie éternelle ». Là encore, nous rappelons le défi de « l’équilibre ». Une formation complémentaire pour utiliser les réseaux sociaux peut s’avérer bénéfique.

Deux expressions peuvent résumer ces échanges : « gardiens de la vérité » dans notre rôle d’animateurs, nous sommes appelés à « marcher avec » les étudiants, comme le Christ avec les disciples d’Emmaüs.

Michel HENRIE

Église Catholique d'Algérie