Dimanche 18 janvier commence la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Son histoire récente remonte à 1966 quand la Commission « Foi et Constitution » et le Secrétariat pour l’unité des chrétiens (aujourd’hui Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens) de l’Église catholique décident de préparer ensemble le texte pour la Semaine de Prière de chaque année. Deux ans après, en 1968 pour la première fois, la Semaine de prière est célébrée sur la base des textes élaborés en collaboration par « Foi et Constitution » et le Secrétariat pour l’unité des chrétiens (aujourd’hui Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens). Depuis ce temps là, chaque année elle est proposée à l’ensemble des chrétiens. Mais l’oeucumenisme n’est pas l’affaire d’une semaine par ans, mais un regrd quotidien entre les chrétiens. C’est pour cela que nous avons demandé à Marie France Gringaud, qui fait partie de notre rédaction, de nous livrer son témoignage et sa réflexion à ce sujet. Violà ses propos.
Protestante, je participe pleinement depuis plus de 50 ans à la communauté catholique.
Mon mari et moi sommes nés protestants, de parents très engagés dans la vie de l’Eglise Réformée (de tradition calviniste). Nés en Algérie et restés après l’indépendance, nous avons continué pendant plusieurs années à participer à la vie de l’église réformée. La paroisse protestante comptait surtout des gens de passage, des coopérants venus pour une période limitée travailler en Algérie. Les accueillir, les initier au pays a été notre préoccupation pendant quelques années, mais au bout d’un moment nous avons renoncé : de plus en plus insérés dans la vie du pays, dans notre travail et pris dans les enjeux complexes du quotidien, il nous devenait difficile de continuer à assurer ce service. Nous avons pris quelques distances.
Comment avons-nous rejoint la communauté catholique ?
C’était le début des années 70, nous avions scolarisé nos enfants à l’école algérienne pour qu’ils apprennent l’arabe et baignent dans la culture du pays. A un certain moment, le gouvernement algérien a modifié le rythme scolaire dans ses écoles si bien que, pour la minorité des enfants chrétiens qui les fréquentait, le catéchisme était placé à un moment où ils avaient cours. Face à cette situation, Pierre Frantz, le curé de la paroisse d’El Biar, a eu l’idée d’organiser pour eux un catéchisme où ils pourraient prier et lire la bible en arabe. Des enfants algériens, d’origine ou naturalisés, dont notre fils, et aussi les enfants du pasteur Blanc y ont participé. Ce groupe d’enfant a créé entre eux des liens très fort, si bien que quand notre fils a demandé le baptême, il était sa communauté. Pierre Frantz auquel nous avons soumis le problème, bien embarrassé, car son idée n’était pas d’attirer vers le catholicisme des enfants protestants, a trouvé la solution : le baptême a été concélébré par lui et le pasteur Blanc ; un baptême chrétien tout simplement.
Pourquoi sommes-nous restés dans cette paroisse ?
Tout d’abord, la paroisse organisait chaque mois une célébration avec les enfants. Ceux-ci rassemblés sur un tapis devant l’autel y participaient pleinement. Nous y assistions aussi. Nous nous sommes sentis bien dans cette communauté composée de chrétiens vivant depuis longtemps en Algérie, soucieux du pays et de ses habitants et avec qui nous pouvions partager aussi bien nos espoirs que nos inquiétudes.
Et puis, mais cela je ne l’ai vraiment découvert qu’après coup, cette paroisse et à sa tête Pierre Frantz et son vicaire Bernard Tramier nous ont réellement accueilli. Pas en mots mais en s’interrogeant sur ce qui était essentiel ; en remettant tout sur le tapis y compris dans les célébrations. Sans le dire de manière formelle, nous avons cheminé les uns et les autres, les uns avec les autres vers ce qui nous faisait vivre. Dépassant l’inconfort des formulations différentes, nous avons approfondi notre compréhension fraternelle. Nous avons vécu l’unité.
De quoi suis-je redevable à la communauté catholique ?
Outre les liens nombreux et précieux qui me relie aujourd’hui à beaucoup de membres de l’église catholique d’Algérie, ce que j’aime dans la vie de foi de cette église, c’est qu’elle ne s’appesantit pas constamment, comme le fait l’église réformée, sur notre péché, notre incapacité à obéir au désir de Dieu. Le sentiment de culpabilité que cette insistance sur le péché faisait naitre en moi, me privait d’une certaine manière de la joie d’être aimée et pardonnée par Dieu malgré mes insuffisances, mes manquements grands et petits à l’amour. Mon regard davantage rivé sur mes défauts que sur l’amour de Dieu, ne laissait finalement à Dieu que peu de place.
Autre chose que j’ai appris à apprécier, c’est le fait que l’église catholique donne sa place au corps dans l’expression de la foi, ce qui se situe en droite ligne de l’évangile et de la bible.
En quoi je reste protestante ?
Ma sensibilité protestante reste en éveil face à des aspects de l’Eglise catholique que je trouve problématiques :
Ainsi la place exagérée faite aux prêtres par eux-mêmes et/ou par les paroissiens me parait conduire à un cléricalisme nocif pour les uns et les autres.
Je me méfie de la morale de l’Eglise, dans la mesure où pour moi, elle ne saurait remplacer la responsabilité de chacun dans la recherche, seul ou avec d’autres, de la solution des problèmes que pose la vie familiale, conjugale ou en société.
Enfin, je trouve que l’admirable figure de Marie, celle qui a dit « oui » et qui préfigure l’Eglise, devient parfois une image de perfection qui n’est pas la sienne, qui l’éloigne de nous, et plus grave lui confère, en tout cas dans certains cantiques et prières, une place à côté de Dieu.
En guise de conclusion : qu’est-ce que l’unité des chrétiens ?
Jésus à la veille de son arrestation prie Dieu « afin que tous soient un, comme toi Père tu es en moi et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un, en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé ». Notre unité est donc essentielle à notre témoignage. Et le livre des Actes souligne que l’Eglise, dès le début vit dans l’unité : ceux qui avaient cru n’étaient qu’un cœur et qu’une âme.
Mon expérience montre qu’une des façons d’avancer dans l’unité entre nos églises de différentes confessions c’est de la vivre concrètement au quotidien. Cela permet de découvrir que nos différences sont souvent liées à des habitudes et nous aide tous à cheminer vers l’essentiel de ce qui construit notre foi.
Marie france Gringaud
