L’évangélisation au temps du Covid 19

par Fr. Donald Zagore, sma, paru dans Omnis Terra (Agenzia Fides)

Si le continent africain est l’un des continents les moins infecté par la Covid 19, il reste tout de même l’un des continents les plus affectés par cette crise sanitaire mondiale. Aujourd’hui, comme plusieurs institutions africaines, les églises d’Afrique, aussi fortement touchées par cette crise sanitaire mondiale, auront à relever le défi de se réinventer dans la continuité. En demeurant fortement attaché à la dynamique fondamentale de la mission qui est d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, les églises d’Afrique devront à la lumière de la crise de la Covid-19, repenser quelques grandes perspectives de leur activité missionnaire. Le Mois missionnaire d’octobre est donc une occasion pour ouvrir la réflexion sur les grands chantiers à reconstruire pour un plein épanouissement des églises africaines dans leur activité missionnaire.

Raviver la flamme de la foi et d’un retour à l’église

La crise de la covid-19 a porté un coup à l’engouement des uns et des autres à participer de manière active et physique à la messe à l’église. Beaucoup ne viennent plus à l’église. Si les raisons de cette triste situation peuvent être multiples, deux pistes peuvent être exploitées pour comprendre ce phénomène.
D’une part la montée en puissance du paganisme. En Afrique, les églises sont certes remplies, mais l’enracinement dans la foi est loin d’être une réalité tangible. Le paganisme prend de l’ampleur et s’enracine véritablement sur le continent africain. Avec la crise de la Covid-19, qui a obligé les églises à fermer leurs portes, beaucoup de fidèles se sont définitivement éloignés de l’église et de la foi. Il faudra en ce sens un réel travail d’évangélisation et de ré-évangélisation pour raviver la flamme de la foi dans les cœurs des uns et des autres.
D’autre part, beaucoup préfèrent désormais les messes virtuelles, fortement encouragées pendant la période de crise, qu’à un retour aux églises qui sont restées fermées pendant des mois. Le fait est que l’église en Afrique est une église de jeunes. Une jeunesse beaucoup orientée vers le digitale. Aujourd’hui, nous avons une jeunesse qui désormais se sent plus à l’aise avec le virtuelle et le digitale. Le défi pastoral d’après la période covid-19 est, tout en affirmant la primauté et la nécessité de la participation physique à la messe, de travailler à créer un équilibre entre virtualité et tangibilité au sein de la jeunesse. Ce qu’il faut éviter, c’est l’utilisation de la force pour bloquer les activités pastorales virtuelles pour obliger les uns et les autres à un retour forcé à l’Eglise. Forcer le retour à la messe serait une grave erreur. Il faut plutôt travailler à raviver la flamme d’un retour à l’église.

De l’Eglise famille à l’église en famille

L’un des grands projets missionnaires de l’Eglise d’Afrique a été de construire son modèle ecclésiologique sur le modèle de la famille. En des termes simples, penser l’Eglise comme une famille. Dans cette dynamique ecclésiologique, l’activité missionnaire pastorale été fortement axée sur les grands rassemblements. En effet, la pastorale d’ensemble a été beaucoup privilégiée. Mais elle a été mise à rude épreuve pendant la crise de la covid-19 où les grands rassemblements n’étaient plus possible. Aujourd’hui, tout en travaillant à consolider cet acquis, il faut promouvoir l’église en famille, l’église domestique. Donner une place de proue à la pastorale de la famille est plus que jamais nécessaire. Il faut même encourager la célébration eucharistique dans les familles et travailler à ce que les parents continuent la formation catéchétique des enfants en famille. La catéchèse ne doit plus seulement s’arrêter à l’église, mais doit pouvoir se poursuivre jusque dans l’église en famille, dans l’église domestique.

Redynamiser la catéchèse

La catéchèse dans nos églises en Afrique est fondamentalement sacramentelle. Elle donne l’impression d’être faite en vue de l’unique obtention du sacrement. Il faut redynamiser la catéchèse pour qu’elle devienne non seulement une véritable école de la foi, mais un lieu privilégié de rencontre avec Jésus Christ. Pour cela il faudra aujourd’hui développer au cœur de la catéchèse la pastorale de la bible, pour permettre aux catéchumènes de devenir des familiers de la Parole de Dieu. Il faudrait aussi initier les catéchumènes déjà à développer des formes de spiritualités adéquats afin qu’ils ne se content pas seulement de recevoir les sacrements. Cela leur permettra d’être plus aguerris à faire face à toutes situations difficiles comme celles de la crise de la Covid-19 où il était devenu impossible d’administrer et de recevoir les sacrements.

Redoubler d’efforts dans le service de la charité

La crise de la Covid-19 a rendu les populations africaines beaucoup pauvres, ce qui a empiré la souffrance des populations. Aujourd’hui, l’Eglise d’Afrique se doit d’être une réponse effective à la souffrance des populations. Elle ne doit pas trahi cette espérance. Pour cela, elle doit redoubler d’effort dans son service de la charité. Elle doit être à la première ligne dans l’appui et l’aide aux pauvres, dont le nombre continu de croitre véritablement. Un combat que l’Eglise d’Afrique ne pourra en aucun cas gagner si elle ne travaille pas sérieusement à relever le défi de son autonomie financière.

Relever le défi de l’autonomie financière

Les églises d’Afriques sont des églises financièrement dépendantes des aides extérieures. Sans l’argent qu’apportent les organismes et les missionnaires européens, bons nombres d’activités missionnaires seraient aujourd’hui inexistantes. A côté de cela, il y a souvent beaucoup d’abus dans la collecte de fonds au plan local, ce qui parfois éloigne les chrétiens de l’église, quand on sait que nos populations sont relativement pauvres. Aujourd’hui, la crise financière de nos églises s’est accentuée avec la crise sanitaire de la Covid-19. Penser l’autonomie financière de nos églises est un impératif majeur pour l’activité missionnaire des églises d’Afrique aujourd’hui. Sans les moyens financiers solides et stables, il serait difficile de faire la mission.

Accompagner les populations dans leurs luttes politiques

Aujourd’hui, au nom de la crise de la Covid-19, les libertés des populations sont bafouées et muselées. L’aide aux populations est parfois détournée à cause de la corruption. Les situations politiques se dégradent à cause des coups d’état comme au Mali et des manipulations des constitutions par certains chefs d’états pour se maintenir au pouvoir. L’église doit pouvoir être au côté de ces peuples qui se battent pour avoir des vies dignes et surtout vivre dans un climat de paix, de justice et de démocratie. La voix des sans voix doit se faire entendre pour continuer à porter l’espérance des peuples que le politique africain ne cesse de sacrifier par égoïsme. Aujourd’hui, devant la souffrance des peuples africains, l’Eglise d’Afrique doit être visible en parole et en acte.

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