Ce que je vous présente ici c’est une réflexion personnelle que j’aimerais enrichir par la vôtre. Pour la simplifier, je vous la présente en trois mots : communauté, utopie et solidarité. Ces trois réalités à mon avis, nous aident à comprendre qui nous sommes et vers où nous sommes appelés à marcher.
Communauté : ce que nous mettons en commun nous construit.
Le mot communauté vient du latin communĭtas, « ce qui est commun ». Il ne suffit pas d’habiter les uns à côté des autres pour former une communauté : il est nécessaire de partager quelque chose d’essentiel.
La communauté chrétienne naît précisément de ce que nous mettons en commun : la foi en l’Évangile de Jésus, nos espérances comme nos fragilités, et le désir de marcher ensemble vers un bien plus grand.
Martin Buber disait : « L’homme devient Je au contact d’un Tu. » Cette phrase exprime la profondeur de la communion. Le chrétien devient pleinement lui-même dans la rencontre du Christ, ce Tu vivant, et cette rencontre passe toujours par celle des frères et sœurs. Les Actes des Apôtres nous le rappellent : les premiers chrétiens étaient « un seul cœur et une seule âme ». Non pas une communauté parfaite, mais un peuple où chacun découvre que les dons reçus ne sont pas pour soi seul mais pour tous. Passer du « mien » au « nôtre » est le premier pas pour devenir vraiment Église.
Utopie : le « non-lieu » qui ouvre des possibilités nouvelles.
Thomas More a forgé le mot utopie pour désigner un « non-lieu », un idéal qui n’existe pleinement dans aucune réalité concrète. Mais l’utopie n’est pas une fuite hors du réel : elle est tension, élan vers l’avant, capacité de percevoir ce qui pourrait advenir.
La communauté chrétienne vit elle aussi cette dimension « utopique » : elle porte un idéal de fraternité, de pardon et de communion qu’aucune réalité humaine ne peut incarner totalement. L’utopie évangélique n’est pas un rêve impossible, mais un horizon qui nous empêche de nous installer, qui nous invite à grandir et nous appelle à transformer le monde à partir de nous-mêmes.
Nous sommes une communauté imparfaite, mais appelée à une mesure plus haute : celle des Béatitudes, de l’amour qui n’exclut pas, de la fraternité qui accueille même les plus éloignés. Notre utopie chrétienne devient alors promesse et engagement : construire ce qui n’est pas encore pleinement visible.
Solidarité : rendre solide ce que nous vivons
Le troisième pilier est la solidarité, du latin solidus : « solide », « fort », « compact ». Être solidaires signifie : rendre nos relations solides, leur donner consistance et stabilité.
La solidarité n’est pas seulement une forme d’assistance : c’est un amour qui construit, soutient et affermit. La communauté chrétienne devient forte lorsque personne n’est laissé seul, lorsque le poids de l’un devient le poids de tous et lorsque la joie de l’un devient une richesse partagée.
C’est la solidarité qui transforme un groupe en famille et rend l’Évangile visible à travers des gestes concrets : une visite, une parole bienveillante, une aide discrète, du temps offert, une prière pour celui qui est dans le besoin.
Vécues ensemble, ces trois réalités construisent alors une Église plus humaine, plus conforme au Christ et plus à même d’en être le témoin. À mon avis, elles disent profondément qui nous sommes aujourd’hui comme Église d’Algérie.
+ Davide CARRARO
Évêque d’Oran
