« Le Supérieur Général des Jésuites en Algérie : Rencontres, espérance et dialogue interreligieux »

Le père Arturo Sosa, SJ, Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, s’est rendu en Algérie pour visiter la petite communauté jésuite du pays pour la première fois depuis son élection en 2016. Le père Ricardo Jiménez Sánchez, SJ, Supérieur de la communauté jésuite d’Alger, revient sur ce que ces journées ont signifié pour les jésuites et pour les amis et collaborateurs, pour la plupart musulmans, auprès desquels ils vivent et travaillent.

C’est la terre de saint Augustin et, à notre époque, une terre marquée par le témoignage des martyrs d’Algérie. Accueillir ici, en l’espace d’une quinzaine de jours, d’abord le Pape Léon XIV à la mi-avril, puis le Supérieur Général de la Compagnie de Jésus deux semaines plus tard, a été pour nous une grâce reçue deux fois : une source de joie, de consolation et de confirmation de notre mission. Pour ma part, je garde en mémoire la profondeur et l’intensité des rencontres et des moments forts vécus lors de nos différents rassemblements.

En accueillant le père Sosa et le père Victor Assouad, SJ, Assistant régional du Père Général pour l’Europe occidentale et le Proche-Orient, nous voulions favoriser la rencontre avec nos collaborateurs les plus proches, les bénévoles, les amis, les membres de l’Église locale et les deux évêques des deux diocèses où nous sommes implantés.

La rencontre avec les personnes

En Algérie, les liens entre les personnes et les relations humaines sont très importants. Au-delà de la compréhension du statut du Père Général et de la Compagnie de Jésus dans un pays à majorité musulmane, nous avons privilégié le temps des rencontres et des échanges, où nous avons pu nous écouter et nous enrichir des expériences vécues et partagées des uns et des autres.  

De plus, chacun des jésuites, nous ne sommes que neuf dans un pays de plus de deux millions de kilomètres carrés, a eu un moment de rencontre personnelle avec lui : pour lui parler d’un sujet précis, lui montrer un aspect de la ville et de ses habitants, ou lui présenter une personne en particulier. Tous les compagnons se sont impliqués dans le moindre préparatif : cuisiner un repas, soigner l’accueil, prendre le temps d’une explication, préparer une présentation. Nous voulions nous montrer comme un corps apostolique, petit certes, comme une Minima Compagnie.

Partager une même mission

Lors des différentes rencontres, nous avons pu rendre raison de notre mission jésuite en Algérie. À Alger et à Constantine, nous travaillons en étroite collaboration avec des musulmans, des religieux et des religieuses de différentes cultures et de différentes congrégations. Avec eux, nous avons pu échanger dans une ambiance de conversation spirituelle lors de nos rencontres au Centre Culturel Universitaire, au centre d’Alger, au Centre Nibras et à la Bibliothèque Dilou, à Constantine : un centre culturel, un centre de formation et une bibliothèque qui sert aussi d’espace d’étude et de rencontre. Ces institutions sont de tailles différentes, mais chacune montre comment nous accomplissons la mission de la Compagnie de Jésus, avec les Préférences apostoliques universelles, surtout, dans un pays où le christianisme est minoritaire.

Nos collaborateurs, pour la plupart musulmans, partagent avec nous le fond de notre mission et lui donnent un sens humaniste, centré sur des valeurs communes. Chaque année, autour du 1er mai, nous organisons à Alger une rencontre-échange avec les amis et collaborateurs des jésuites, à la Maison de Ben Smen, un centre spirituel jésuite. Cette fois-ci, c’est le père Assouad qui a repris nos quatre Préférences apostoliques devant un public à 80 % musulman ; tous étaient pleinement en résonance avec le contenu présenté et nous avons poursuivi par un échange profond et porteur d’espérance.

Une visite qui élargit la porte de l’espérance

Le Pape Léon XIV, qui a rendu visite à l’Algérie, a été accueilli à bras ouverts par les autorités locales, les Algériens musulmans, les chrétiens originaires du pays et nous tous, croyants en Jésus-Christ. Deux semaines plus tard, le père Sosa nous a apporté une dose supplémentaire d’espérance et de joie. Pour nous, il y a une résonance particulière entre ces deux visites.

Lors de notre rencontre du 1er mai, nous avons lu, médité et échangé sur le message que le Saint-Père a donné le 13 avril dernier au Monument des Martyrs de l’Indépendance algérienne, le Maqam Echahid, qui honore ceux qui sont morts pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Dans ce message, il a évoqué la nécessité de bâtir la paix en construisant des ponts entre les personnes et les peuples, pour dépasser l’histoire et tout ce qui peut nous empêcher d’avancer. Il nous a exhortés à rechercher la réconciliation et le pardon. Ce message nous rappelle l’une de nos missions actuelles, confirmée par le Pape et par la troisième Réunion des Supérieurs Majeurs de la Compagnie de Jésus, tenue à la Curie jésuite à Rome en octobre 2025 : réconciliation et justice.

Nous sommes encouragés par l’espérance portée par nos deux visiteurs à continuer le dialogue et la fraternité vécus au quotidien avec ce peuple « fort et jeune », selon le Pape, et pour qui « l’amitié, la confiance, la solidarité ne sont pas simplement des mots, mais des valeurs qui comptent et qui donnent chaleur et solidité à la vie commune ».

Ricardo Jimenez Sanchez s.j.

Église Catholique d'Algérie