Le dialogue interreligieux au cœur de la mission de l’Église

Dans un monde marqué par une grande diversité religieuse et culturelle, le dialogue interreligieux s’impose comme une dimension essentielle pour notre vie de foi. Pour l’Église catholique, ce dialogue ne se réduit ni à un simple échange d’idées, ni à un outil diplomatique destiné à éviter les conflits. Il s’agit avant tout d’une rencontre humaine et spirituelle, fondée sur le respect mutuel, l’écoute attentive, la recherche sincère de la Vérité et la reconnaissance de la dignité de toute personne, créée à l’image de Dieu.

Le concile Vatican II a profondément renouvelé la manière dont l’Église comprend ce dialogue. Dans Nostra Aetate, les pères conciliaires affirment : « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions » (n° 2). Cela ne signifie pas que toutes les religions se valent, mais que l’Esprit de Dieu peut agir au cœur de toutes les traditions, en y semant des germes de vérité et de sainteté.

Du point de vue catholique, le dialogue interreligieux fait pleinement partie de la mission de l’Église. Celle-ci est envoyée pour annoncer l’Évangile du Christ, mais aussi pour servir l’humanité et contribuer à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel, manifestant ainsi la venue du Royaume de Dieu, que Jésus a proclamé et inauguré. Le dialogue n’est donc pas opposé à l’annonce de la foi chrétienne ; il en est une expression authentique, lorsque cette annonce se vit dans la charité du Christ et dans le respect de chacun. Comme le rappelait le pape Benoît XVI :

« L’Église ne fait pas de prosélytisme. Elle se développe plutôt par « attraction » : comme le Christ « attire chacun à lui » par la force de son amour, qui a culminé dans le sacrifice de la Croix, de même, l’Église accomplit sa mission dans la mesure où, associée au Christ, elle accomplit chacune de ses œuvres en conformité spirituelle et concrète avec la charité de son Seigneur » (Homélie à Aparecida, 13 mai 2007)

Dialoguer ne signifie pas renoncer à sa propre identité ni relativiser ses convictions. Au contraire, un échange authentique exige que chacun soit solidement enraciné dans sa foi et parle en vérité. Benoît XVI lui-même soulignait que ce véritable dialogue demande à la fois clarté et respect, refusant aussi bien le relativisme que le repli sur soi : on n’échange pas pour convaincre à tout prix, mais pour mieux se comprendre et avancer ensemble dans la recherche de la Vérité et du bien commun.

Le dialogue interreligieux n’est donc pas un simple « vivre côte à côte », ni un « accord pour être en désaccord ». C’est un chemin de rencontre et de fraternité, où chacun accepte de se laisser interpeller par les convictions de l’autre. À travers l’écoute et l’échange, chacun peut élargir son regard sur le monde, approfondir sa compréhension de Dieu et renforcer la qualité de ses relations humaines. Le pape François insistait sur cette dimension relationnelle, affirmant que le dialogue et la rencontre, marqués par l’amitié et le respect, constituent la voie pour surmonter la méfiance et favoriser la compréhension mutuelle, en particulier dans les contextes de coexistence difficile : « En tant que disciples de Jésus, nous devons nous efforcer de vaincre la peur, toujours prêts à faire le premier pas, sans nous laisser décourager face aux difficultés et aux incompréhensions » (Discours à l’assemblée plénière du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, 28 novembre 2013).

La rencontre sincère entre croyants est nécessairement habitée par une tension constructive. Plus l’amitié est profonde, plus grand est le désir de partager ses propres convictions et de témoigner des valeurs qui nous sont chères. Pour les chrétiens, ces valeurs trouvent leur fondement en Jésus-Christ. Il existera donc toujours une tension entre le respect profond dû aux convictions de notre interlocuteur et l’attachement inébranlable à notre propre foi. Saint Jean-Paul II soulignait :

« Ce dialogue sincère et ce témoignage exigeant comportent une part d’abnégation spirituelle : comment ne pas proclamer l’espérance que l’on a reçue de participer à ce festin de noces de l’Agneau où sera un jour réunie l’humanité entière ? » (Jean-Paul II, Discours aux évêques de la CERNA, 23 novembre 1981).

Le pape François invitait les chrétiens, notamment dans le Maghreb, à vivre cette tension avec joie évangélique et émerveillement devant l’œuvre de Dieu :

« Je les invite à manifester sur leur visage la joie de l’Évangile, la joie d’avoir rencontré le Christ qui les fait vivre. C’est aussi pour vous une occasion de vous émerveiller devant l’œuvre de Dieu, qui se répand parmi tous les peuples et dans toutes les cultures » (François, Discours aux évêques de la CERNA, 2 mars 2015).

Le dialogue interreligieux n’est pas qu’un exercice intellectuel ou pratique : c’est une véritable école de vie chrétienne. Il nous apprend à allier respect et fidélité, rencontre et témoignage, ouverture et enracinement dans la foi. En cultivant ces relations sincères, les chrétiens contribuent à bâtir un monde plus juste et fraternel, reflet du Royaume inauguré par le Christ, tout en restant ouverts et bienveillants envers toutes celles et ceux que l’Esprit attire à la rencontre du Verbe fait chair, en qui se révèle la plénitude de la vie religieuse.

+ Diego Sarrió Cucarella

Évêque de Laghouat-Ghardaïa

1er janvier 2026

 

 

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