Le dialogue, c’est notre vie de tous les jours

Notre Père Archevêque d’Alger, Monseigneur Paul DESFARGES est désormais membre du « Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. », une nomination, on pourrait dire légitime car c’est notre quotidien : être en dialogue dans le bonheur du « Vivre Ensemble » avec nos frères musulmans.

R.S.: Vous avez été nommé comme membre du « Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. » Comment avez-vous accueilli cette nouvelle? 

Mgr Paul D. : J’ai accueilli cette nomination avec joie. Mais j’en suis heureux surtout pour notre Eglise d’Algérie et nos Eglises du Maghreb. J’ai souvent remarqué lors de visites à Rome combien les Responsables de notre Eglise catholique au niveau universel, étaient attentifs à la vie de notre Eglise et étaient touchés par son témoignage. Cette nomination en est une confirmation. Le témoignage de notre Eglise, de nos Eglises, est écouté avec intérêt. En outre, le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux est vraiment notre Conseil. Lors des passages de l’un ou l’autre évêque de notre Région à Rome, nous y sommes attendus et toujours bien accueillis.

J’ai à cœur que le témoignage de l’Eglise en terre du Maghreb continue d’être connu. Nous en avons vu encore un beau signe à travers l’écho qu’a eu, au niveau de l’Eglise universelle, la béatification de Mgr Pierre Claverie et de ses dix-huit Compagnons et Compagnes martyrs. Ils sont martyrs du plus grand amour et le dialogue interreligieux est une affaire d’amour et non de calcul ou de stratégie. Il est chemin de paix et de fraternité.

R.S.: Et comment l’Eglise d’Algérie doit le comprendre avec vous ?

Mgr Paul D. : Quelques aspects de l’apport de notre témoignage au dialogue interreligieux : J’aime rappeler que le dialogue c’est notre vie de tous les jours. Dans un sourire, une poignée de main, en faisant le marché, dans le bus, en prenant une tasse de café avec un voisin, nous nous disons l’un à l’autre : je suis heureux de ta vie. Ta vie me fait du bien. Car l’Eglise ne porte pas seulement une Bonne Nouvelle sur Dieu, mais aussi une Bonne nouvelle sur l’homme : nous sommes frères et sœurs. Le dialogue interreligieux, nous le vivons d’abord comme une rencontre d’humanité, une rencontre humaine entre croyants. Nos Eglises sont à la table de leurs peuples. Notre témoignage cherche à se vivre d’abord dans la forme du service. C’est à l’intérieur de ce dialogue de la vie que peuvent prendre place toutes les autres formes de dialogue, dialogue spirituel, dialogue théologique, dialogue de collaboration à des tâches communes.

Certes, le témoignage du dialogue de la vie n’est pas toujours facile. Il devient une croix quand des disciples, enfants du pays, se voient rejetés à cause de leur foi par ceux qu’ils aiment le plus. C’est pourquoi le dialogue interreligieux commence d’abord dans la prière, l’action de grâce, l’intercession. Il s’approfondit aussi dans la prière, quand elle devient combat : combat contre le mensonge, contre la haine et imploration pour le pardon.

Eglises de la rencontre comme nous aimons définir nos Eglises du Maghreb, nous aimons voir dans la scène de la Visitation le paradigme de la mission. Comme Marie, l’Eglise porte Celui qui la porte. Là où elle va, elle est précédée par l’Esprit qui est toujours le maître d’œuvre de la rencontre. L’Esprit Saint est à l’œuvre dans le cœur de chaque personne. Chacun, chacune, a une manière unique de se tourner vers Dieu. Jésus lui-même a vécu ce dialogue. Il nous en a montré le chemin dans l’Evangile, en disant son émotion et en rendant grâce devant la foi du Centurion et la foi de la Cananéenne qui étaient pourtant ce que l’on appelait des païens, ou plutôt des non-juifs. Le cœur de chacun est un mystère devant lequel il convient de s’approcher avec un infini respect.

« Qui vous accueille m’accueille et accueille celui qui m’a envoyé », nous dit encore Jésus dans l’Evangile. Combien de musulmans ont été marqués par la rencontre d’un prêtre, d’une religieuse et aujourd’hui parfois par la rencontre d’un(e) collègue étudiant(e) subsaharien(ne), d’un cadre d’entreprise, ou d’un compagnon de travail, philippin, coréen, ou autre sur un chantier. De même les chrétiens peuvent témoigner de la qualité de vie humaine et spirituelle d’amis ou de parents musulmans qui les ont marqués et nourris spirituellement.

Mais le dialogue dans sa réelle profondeur est dialogue de Salut. Il participe du dialogue de Dieu avec sa création et ses créatures. A Rabat, lors de sa visite à notre Eglise-Sœur du Maroc, le Saint Père nous disait : « Affirmer que l’Eglise doit entrer en dialogue ne relève pas d’une mode, moins encore d’une stratégie pour accroître le nombre de ses membres. Si l’Eglise doit entrer en dialogue, c’est par fidélité à son Seigneur et maître qui, depuis le commencement, mû par l’amour, a voulu entrer en dialogue comme un ami et nous inviter à participer à son amitié. »

R.S.: Comment envisagez-vous cette nouvelle charge avec l’Eglise d’Algérie et celle du Maghreb?

Mgr Paul D. : Je serai invité aux Assemblées plénières du Dicastère où, lors des échanges, je pourrai apporter le témoignage de vie de notre Eglise d’Algérie et de nos Eglises du Maghreb. Nous pourrons être sollicité pour la préparation ou la révision d’un texte du Conseil Pontifical pour exprimer tel ou tel enjeu du Dialogue interreligieux aujourd’hui pour la vie de l’Eglise et du monde. En fait je ne sais pas trop à quoi cette nomination m’engage. Je vais le découvrir, confiant dans l’apport de notre Eglise pour la vie de l’Eglise universelle.

Propos recueillis par Rosalie SANON, SAB

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