A Oran le « vivre ensemble » prend de la hauteur

La Journée internationale du vivre-ensemble en paix est célébrée chaque année le 16 mai. Instituée à l’initiative de l’Algérie et adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, elle invite les peuples à s’unir dans la diversité et à bâtir un monde fondé sur la tolérance, l’inclusion et la solidarité.

Cette année à Oran il y a eu deux événements majeures. Le premier s’est déroulé le 8 mai à Santa Cru: https://www.la-croix.com/religion/mgr-pierre-claverie-trente-ans-apres-sa-mort-un-heritage-toujours-vivant-a-oran-20260510, le deuxième sur le mont Mudjadjo. Voici le recit. 

Une journée qui passe un peu sous les radars des journaux ici en Algérie, alors que c’est bien l’Algérie qui a promu cette journée à l’ONU avec un vote à l’unanimité de 193 pays, le 8 décembre 2017. 

À Oran, ce n’est pas sur l’esplanade du Vivre-ensemble à Santa Cruz le 8 mai , mais un peu plus haut , à 429 mètres d’altitude, sur le mont Murdjadjo, aussi connu sous le nom d’«Aïdour ». En cette belle journée ensoleillée, tout a commencé à « Ma Maison », chez les Petites Sœurs des Pauvres, où une quinzaine de pensionnaires, accompagnés d’autant d’« anges gardiens » de la communauté locale des Focolari d’Oran, ont embarqué dans un bus pour expérimenter le Vivre-ensemble.

Dès le démarrage, l’ambiance était déjà bien chaude : les chants et les « youyous » promettaient une belle journée.

Arrivés au sommet de l’Aïdour, on a réservé un emplacement pour le déjeuner – il faut dire que les emplacements pour 30 personnes ne sont pas prévus. Puis, ce fut une balade sur le sommet, avec une vue imprenable à 360° sur la ville d’Oran et ses alentours. On a découvert la nature, on s’est arrêtés devant des insectes colorés, on a cherché leurs noms sur internet.

Mais que veut dire « Vivre ensemble » ? Parmi ces personnes, il y avait des médecins, du personnel soignant, des personnes qui étaient à la rue il y a seulement quelques mois, des jeunes Parisiennes de passage en Algérie, des religieux catholiques, des femmes abandonnées par leur époux (et vice versa), une professeure d’université… Un très beau melting-pot qui demande beaucoup d’attention.

Petit à petit, les personnes ont fait connaissance et ont confié leurs parcours de vie, souvent chaotiques, qui méritent une grande écoute et attention. C’était l’occasion pour les « anges gardiens » de déployer leurs ailes de bienveillance et d’empathie. Mais la joie d’être ensemble et de fraterniser au-delà des différences a fini par l’emporter.

« À Ma Maison, je suis très content : j’ai un lit et à manger, mais c’est ma famille qui me manque. » Voici une phrase qui revient souvent chez beaucoup de pensionnaires de « Ma Maison ».

Au déjeuner, la faim a pris le dessus, surtout pour les hommes… Après un ventre bien rempli, c’est la musique et la danse qui se sont mises en place spontanément. Rapidement, un attroupement s’est formé autour du groupe. Les visiteurs, très nombreux en ce vendredi 16 mai sur cette montagne, ont rejoint la fête. Les instruments de musique passaient de main en main, les spécialistes du « youyou » donnaient le ton. La joie se communiquait très vite : il suffisait de lire sur les visages qui rayonnaient, des petits comme des grands. Une nouvelle occasion de tisser des liens avec de nouvelles connaissances et de partager le gâteau avec les curieux qui nous entouraient. Le « Vivre ensemble » essaimait autour de nous.

Tout s’est terminé par un petit cadeau personnel pour chaque habitant de « Ma Maison », et le bus était là pour entamer la descente, en chantant. Les nouveaux « youyous » donnaient le rythme. Du côté des organisateurs comme des bénéficiaires, la joie était grande. Les visages, un peu rougis par le soleil éclatant de cette journée, avaient aussi rempli les cœurs. De nombreux actes d’amour avaient parsemé cette journée, démontrant que le « Vivre ensemble » est possible.

Didier Lucas

Église Catholique d'Algérie