à l’écoute de nos pères (XII)

COMMENT LA DATE DE PÂQUES EST-ELLE FIXEE ?

Liée aux rythmes du soleil et de la lune, la date de Pâques varie chaque année, entre le 22 mars et le 25 avril. En 2022, les Eglises catholique et protestantes fêteront Pâques le dimanche 17 avril, et les Eglises orthodoxes, le dimanche 24 avril. A quoi est liée cette différence ? Comment la date de la fête de Pâques est-elle fixée ? Pour le comprendre, il faut remonter au IIe siècle, sous le pontificat de Victor Ier, le premier pape originaire d’Afrique du nord, qui conduisit l’Eglise de 189 à 199.

A l’origine, la Pâque est une fête champêtre, familiale, nocturne, célébrée au printemps lors de la pleine lune : l’onction des linteaux des maisons avec le sang d’un agneau sacrifié visait à détourner les puissances hostiles et à protéger les foyers (cf. Ex 12). Dieu délivrera le peuple hébreux de l’esclavage durant la nuit de la Pâque, qui devient dès lors la plus importante des fêtes juives (cf. Dt 16,6), célébrée le 14e jour de Nisan, le premier mois religieux du calendrier hébraïque semi-lunaire (cf. Ex 12,2 et Lv 23,5). C’est la Pâque juive que Jésus célèbre et transforme au Cénacle lors de son dernier repas avec ses disciples, où il instaure l’eucharistie dans une alliance nouvelle et éternelle en son propre sang (cf. Mt 26). Crucifié, il ressuscite « le troisième jour » après le début du sabbat (cf. 1 Co 15,4), c’est-à-dire un dimanche. Le « Jour du Seigneur » (Ap 1,10), celui de la résurrection, devient alors le cœur de la vie et de la prière des chrétiens (cf. Ac 20,7-12 ; 1 Co 16,2).

Une querelle survint au IIe siècle sur la date où la Pâque devait être célébrée : pour les Eglises d’Asie Mineure, minoritaires, le 14e jour du mois de Nisan devait être maintenu ; pour l’Occident et la plupart des communautés, le dimanche suivant le 14e jour de Nisan était à préférer, afin de mettre en valeur le jour de la résurrection. La position occidentale fut officiellement promulguée par Victor Ier. Mais le différend persista. La question fut à nouveau abordée en 325, au concile de Nicée, où l’on fixa la règle du calcul selon la position de Victor : « Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune [la pleine lune] qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après ». La Pâque chrétienne est donc célébrée le premier dimanche suivant la première pleine lune survenant après l’équinoxe de printemps (fixé au 21 mars) ou bien ce jour-même. Pâques a donc lieu au plus tôt le 22 mars, quand la pleine lune tombe le 21 et que le 22 est un dimanche ; au plus tard, le 25 avril, quand la dernière pleine lune d’hiver tombe le 20 mars, que la première pleine lune de printemps arrive donc le 18 avril (29 jours après). S’il s’agit déjà ce jour-là d’un dimanche, Pâques est alors fêtée le dimanche qui suit, c’est-à-dire le 25.

La différence de dates avec les Eglises orthodoxes provient de ce que ces dernières suivent jusqu’à aujourd’hui le calendrier « Julien », introduit par Jules César en 46 av. JC., qui fut révisé en 1923, tandis que l’occident observe le calendrier « Grégorien », du nom du pape Grégoire XIII, sous le pontificat duquel (1572-1585) il fut élaboré pour corriger la dérive séculaire du calendrier Julien par rapport au soleil. Un projet de réforme pour que tous les chrétiens fêtent Pâques à la même date fut élaboré à Alep, en Syrie, en 1997. Prévue pour 2001, sa mise en application demeure inaboutie.

+ Nicolas Lhernould

5 Avr 2022 | A la une, Eglise d'Algérie

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