Notre-Dame de l’Attente

Vie de l'Eglise
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Le texte ci-dessous est extrait de la conclusion d’un texte1 écrit par Gaby l’année de l’enlèvement des moines et quelques jours après l’assassinat de Pierre Claverie, évêque d’Oran. Il nous semble dire quelque chose de la force intérieure qui animait Mgr Gaby Piroir.

Légende photo: Mgr Gaby Piroir décédé le 3 avril 2019 Evêque de Constantine et Hippone de 1983 à 2009 (…) Le dernier numéro de Rencontres2 présente le testament de Christian3. Le bas de la page est occupé par un dessin représentant Notre-Dame de l’Atlas. Sur le socle, la dernière syllabe a été rayée et remplacée par « Tente ». On lit donc « Notre-Dame de l’Attente ».

Ce dessin résume bien ces pages. Notre Église est entrée dans un temps d’attente. Cette attente ne doit pas être la nostalgie d’un passé révolu que l’on chercherait à prolonger, ne serait-ce que par routine. Elle est d’abord fidélité dans la foi. Cette fidélité est nourrie par une méditation des événements. Nous les connaissons pour les avoir vécus mais il faut durer dans la foi comme Marie pour en découvrir la profondeur. Il faut toujours du temps pour comprendre vraiment ce qui se passe. L’important, d’ailleurs, ne réside pas tant dans ce que nous faisons ou vivons que dans la manière de le vivre. A l’image de celui de Marie, le pèlerinage de l’Église a un caractère essentiellement intérieur. Durant la longue nuit du samedi saint, Marie a tenu dans la foi, non seulement en faisant une confiance absolue à Dieu mais en étant davantage associée à son mystère. Par le fait-même, elle a assuré un passage entre le passé et l’avenir. C’est peut-être ce qui nous est demandé : savoir assurer le lien entre un passé que nous avons vécu passionnément et un avenir qui apparaît de plus en plus précaire. Cela ne peut se faire qu’en communiant davantage au mystère du Verbe incarné. Combien de temps cela peut-il durer ? Nous ne le savons pas : « Il ne vous appartient pas de connaître le délai et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine » (Ac 1, 7).

Cette dernière citation nous renvoie au Cénacle : « D’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus et avec ses frères » (Ac 1, 14).

« Prier sans cesse… » était le titre d’un éditorial du Lien4 auquel j’emprunte la conclusion : « Il est donc vital de nous ouvrir à l’Esprit. Et c’est cela la prière. Priez sans cesse ! Saisissez la moindre occasion d’ouvrir vos cœurs, vos portes, vos mains, pour prendre le temps de laisser Jésus dessiner en vous Son visage, transformer votre intelligence à la mesure du Royaume de Dieu dont il vous donne la charte dans les Béatitudes… Ne cherchez pas à vous étourdir en vous donnant de bonnes raisons de faire ou de ne pas faire ce qu’elles vous dictent ou ce qu’elles justifient. Laissez-vous à nouveau saisir par le Christ. Nous ne savons rien de Dieu ni de l’homme, hors ce frère en humanité en qui l’Esprit nous donne de voir l’icône de la divinité. Avec lui notre regard peut découvrir, au cœur des ébranlements de ce monde, la naissance d’un monde nouveau qui requiert nos énergies et réveille notre passion de vivre, de créer, d’aimer et de risquer, d’aller avec bonheur à la rencontre de Dieu et des autres5. »


+ Gabriel Piroird


1 « Notre-Dame de l’Attente », in Mgr Gabriel PIROIRD, Servir l’œuvre de Dieu en Algérie, Parole et Silence, 2009, pp 69-99.
2 Bulletin du diocèse d’Alger.
3 Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine.
4 Bulletin du diocèse d’Oran.
5 Pierre Claverie, Lettres et messages d’Algérie, Karthala, 1996, p. 154.