Printemps…

Vie de l'Eglise
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Printemps s’écrit au pluriel, avec un « s » à la fin et, de fait, nous vivons en ce moment plusieurs printemps.

Mgr Jean-Paul Vesco et des AlgérienesLe printemps cette année en Algérie se dit hirak, ce qui se traduit par mouvement. En effet, depuis le 22 février, l’Algérie bouge en profondeur, d’une façon aussi inattendue que pacifique et déterminée. Pour tous ceux qui ont vécu les heurts, les bonheurs et les malheurs de l’Algérie indépendante, ce qui se vit en ce moment n’est en rien comparable avec ce qui a été vécu jusque-là. Il souffle un vent nouveau, une aspiration profonde de toute une population à vivre, à prendre son destin en main, dans la paix. Les fantômes du passé dont le souvenir sanglant hantait les mémoires ont été balayés par une jeunesse qui, à juste titre, veut croire en son avenir. Elle a bien vite été rejointe par toutes les composantes socio-culturelles de la population, et les femmes ne sont pas en reste.

En tant qu’Église, si nous avons à cœur de nous inscrire dans la vie citoyenne de l’Algérie, dès lors qu’il s’agit des choix politiques pour l’avenir du pays, nous nous retirons avec discrétion comme on respecte un espace sacré. A défaut de marcher chaque vendredi, de vendredire selon l’expression forgée avec humour pour la circonstance, nous prions pour l’Algérie, ses habitants et ses dirigeants, nous témoignons de ce que nous voyons de beau et de bon, et nous espérons. Quelle que sera la traduction politique de ce mouvement, nous sommes témoins de cette aspiration profonde à la liberté, à la responsabilité, à la créativité qui le porte, et cela nous ne pouvons pas le taire.

Chaque 1er mai est l’occasion d’une marche populaire qui passe par le sanctuaire de Notre Dame de Santa Cruz. Cette jeunesse radieuse dans la chapelle et sur l’esplanade du Vivre Ensemble en Paix était à elle seule un printemps annonciateur de ce que l’Algérie porte de plus beau et d’unique (cf photo de cet éditorial).

Un autre printemps était annoncé par la lumière d’Oran le 8 décembre dernier lors de la béatification des dix-neuf bienheureux d’Algérie. Il s’est confirmé par la visite du pape François à Abu Dhabi, puis par la déclaration commune sur la fraternité humaine signée par le Saint Père et le Grand Imam de l’Université Al-Azhar, et enfin par la visite du Pape François à Rabat les 30 et 31 mars dernier. Quatre événements très différents mais qui, tous les quatre, dessinent la possibilité d’un chemin renouvelé entre chrétiens et musulmans. Ce chemin est énoncé dans la première phrase de la déclaration commune : La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. L’essentiel est dit en une phrase. Ces quatre événements ont ceci de commun, qu’ils n’ont été rendus possibles que par une collaboration étroite avec les plus hautes autorités politiques et religieuses de chacun des pays concernés et par un accueil bienveillant de leurs habitants. C’est la qualité de cet accueil, la vérité des paroles échangées et des gestes posés qui font que ces événements ont valeur d’avènements.

Bien sûr, nul ne sait de quoi ces printemps seront porteurs et il est tellement facile de leur opposer par exemple la folie meurtrière au Sri Lanka le jour de Pâques. Il est possible tout simplement aussi de passer à côté sans même en sentir le parfum « parce que de toutes les façons rien ne changera jamais ». Alors oui, rien ne changera car le printemps, aussi prometteur soit-il, à besoin que les arbres laissent monter en eux la sève et croient en des fruits qui ne se donnent pas encore à voir. Mais les actes de violence au Sri Lanka et partout ailleurs ne viendront jamais à bout du printemps aussi longtemps qu’un seul arbre laissera monter en lui sa sève. Ma prière en ce temps de Résurrection, c’est que cet arbre ce soit moi, ce soit vous, ce soit chacun de nous, quelles que soient nos religions, nos appartenances et nos histoires.

+ fr. Jean-Paul Vesco

Extrait du Lien N°415