Ça bouge à l'ouest

Vie de l'Eglise
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Les activités à Sidi Bel Abbès

Sidi Bel AbbèsLa « plate-forme de rencontres » de « La Chapelle » à Sidi Bel Abbès joue encore son rôle de lieu d’accueil, de rencontre, de service-formation. On récolte ce que d’autres ont semé. Nous profitons en effet de cet ancrage historique de l’Église dans la ville de Sidi Bel Abbès pour continuer à être présents et à organiser des activités au service de la population et des rencontres avec les Algériens. Certaines activités sont en baisse (lecture de livres), d’autres sont en croissance (activés ludiques, manuelles et sportives) : on continue, on adapte, on crée, on propose, ce n’est pas parfait… on vit, on essaie, on avance … dans la joie de ce qu’on vit un peu chaque jour.

Faire l’expérience du « vivre ensemble » algéro-étrangers et islamo-chrétien dans la vie de notre équipe d’enseignants : collaboration entre des Algériennes et nous trois spiritains dans la tâche d’enseignants auprès d’enfants, jeunes et adultes. On partage nos compétences, notre souci d’aider les plus faibles. Nous avons des réunions mensuelles de travail, mais aussi des temps de partage fraternel autour d’un couscous offert par l’une d’entre elles dans un bon climat de convivialité et nous avons fait aussi un pique-nique au bord du barrage de Sarno.

Joie et bonne surprise de voir des jeunes (anciens élèves de La Chapelle) venus donner un coup de main dans nos activités récréatives auprès des enfants. Activités que nous proposons à chaque période de vacances au cours de l’année, (octobre, décembre, mars, juin) mais aussi de manière régulière et hebdomadaire maintenant : ping-pong, activités manuelles, dessins, et jeux sportifs dans notre cour.

Essai d’après-midi cinéma : les films vus jusqu’à présent : « Mascarades » « La montagne de Baya » « Lion » « Good bye Bafana »… Ce n’est pas encore bien régulier, il n’y a pas la foule … mais on espère …

Les ateliers de formation féminine continuent grâce à quatre monitrices algériennes (souvent formées par les sœurs) : couture, tricot, macramé, broderie, perlage …

Nous rencontrons les monitrices ; mais nous attendons que de nouvelles sœurs viennent s’installer à SBA pour donner toute sa dimension de pastorale auprès des femmes.

En projet pour ce printemps : une sortie pour les adultes … et une journée du vivre ensemble islamo-chrétien avant le mois de Ramadan.

Jean-Marc Bertrand

Extrait du lien n°415 mars-avril 2019


L'activité culturelle à Mascara

Photo de Raphael GonnetDans le cadre de ses activités culturelles, le centre el-Amel de Mascara a organisé pour le compte de l’année académique 2018-2019 une quinzaine de conférences en raison d'une intervention tous les 15 jours. Tout a commencé en octobre avec madame Zoubida, professeur d’économie à l'université de Mascara et spécialiste en coaching qui nous a entretenus sur la gestion du temps. Pour Zoubida, la performance et la réussite dans nos différentes activités dépendent de notre manière de gérer le temps. À la suite de madame Zoubida, ce fut le tour d Akila Kadaoui de nous présenter son roman Village de mon enfance. Un roman qui retrace les souvenirs d'une enfance heureuse dans une Algérie coloniale où Français, Algériens, juifs, arabes et chrétiens vivent en parfaite harmonie. Le docteur Aziz Mouats, spécialiste en agroécologie nous a, quant à lui, présenté l’agriculture algérienne, sa force et ses faiblesses et quelques perspectives pour un rendement meilleur. Il nous a mis en garde contre une utilisation abusive des produits chimiques pour développer l'agriculture.

Nous avons aussi eu l'honneur d'accueillir tour à tour Amina Mekahli, écrivaine et poétesse, lauréat du prix international Léopold Sedar Senghor de la poésie, auteur du Secret de la girelle et de Les éléphants ne meurent pas debout, – Amine Zaoui, qui nous a présenté ses livres La Boîte noire de l'Islam et, incendie au paradis – et Mustapha Benchenane, politologue et professeur à la Sorbonne, qui nous a fait une analyse critique de la situation politique au Moyen Orient : la question israélo-palestinienne, les frontières entre l'arabité et l'islamité.

Avant de relancer la deuxième série des conférences, nous avons offert une journée de convivialité, de détente et de distraction à tous les enfants qui fréquentent le centre el-Amel. Un clown a été spécialement invité pour cette journée.

Après cela, Meriem Guemache, journaliste à la radio Alger chaine 3, nouvelliste et auteure de La Demoiselle du métro, dans laquelle elle dénonce l'hypocrisie et tous les simulacres qui minent la société algérienne, était au contact de ses nombreux lecteurs mascariens. Le centre el-Amel a aussi offert une importante opportunité aux sympathisants et amoureux de lecture de Mascara de rencontrer et d'échanger tour à tour avec Mustapha Benfodil et Ryad Girod. Le premier est journaliste à El Watan, écrivain et auteur d'une œuvre littéraire protéiforme dont Zerta, les bavardages du seul qui lui a valu le prix du meilleur roman en 2004, Les Six derniers jours de Bagdad, L'Archéologie du chaos amoureux et Body writing. Ces œuvres traitent des problèmes de la société algérienne. On constate une omniprésence de la question de la mort dans les écrits de Benfodil.

Ryad Girod est par contre professeur de mathématiques et écrivain. Avec son livre Les Yeux de Mansour, il a gagné en 2018 le grand prix littéraire Assia Djebar. Dans ce roman philosophico-mystique, à caractère initiatique, l’auteur relate l’exécution sur la place publique du jeune Mansour, petit-fils de l'Émir Abdel Kader, pour avoir tenu des propos considérés par l'islam orthodoxe comme hérétique : « Je suis Lui », exprimant ainsi une union à la fois mystico-spirituelle et physique avec l'UN. L'auteur choisit volontairement d'omettre le substantif « Émir » quand il parle de l'Émir Abdel Kader, voulant par-là mettre l'accent sur le côté plutôt spirituel que guerrier de cet éminent soufi. Il plaide aussi pour la paix en Syrie ce pays dévasté par la guerre.

Quelques conférences sur la jeunesse, la femme et la littérature allemande sont programmées pour les semaines à venir.

Par ailleurs, le club de lecture de Mascara qui est d'ailleurs l'organisateur principal de ces conférences, reste toujours fidèle à ses rendez-vous mensuels pour une tasse de café littéraire.

Bertrand Mbella

Extrait du lien n°415 mars-avril 2019


 A quelques mois du commencement …

 Marta ArosioIl y a quelques mois, le p. Jean-Louis m’a demandé de parler dans Le Lien de mon expérience d’études au PISAI. Ma réponse tardive dit beaucoup sur mon actuel emploi du temps ! Ceux qui sont passés par cette expérience le savent bien et je me réjouis de retrouver leurs noms dans les annales de l’école et de savoir qu’il y a une histoire avant moi qui m’accompagne.

Ça fait déjà six mois que j’ai quitté l’Algérie et je suis sur, dans et au milieu des livres et si, dans un premier temps, cela me semblait impossible à supporter, petit à petit j’en ai pris l’habitude… Je ne vous dis pas combien la vie de rencontres me manque ! En même temps je découvre une rencontre vécue d’une manière différente, qui se mêle aux nombreux mots en arabe classique passant sous mes yeux qui lisent encore un peu difficilement cette langue bénie et fascinante, chargée d’histoire et de signification. Il ne s’agit pas seulement de mots, il s’agit d’un vrai univers ! J’ai entamé cette drôle aventure un peu par désir, un peu par obéissance, un peu pour chercher à répondre à la surprenante volonté de Dieu qui nous a portées, ma congrégation et moi, en cette terre d’Islam et à y suivre des desseins parfois trop grands pour nous.

Partis à dix dans la classe de l’année propédeutique, nous sommes bientôt restés à huit. Cinq religieux de diverses nationalités (dont une jeune sœur française FMA affectée à la Tunisie, et moi) et trois laïques italiens. Nous avons pris les mesures de notre engagement dès le départ… en regardant le planning des cours. En effet c’est un peu comme revivre le collège ! Nous avons cours tous les matins du lundi au vendredi, de 8h30 à 12h30 et nous suivons aussi des cours dans l’après-midi deux fois par semaine. Les matières d’étude pour cette première année se concentrent surtout sur la langue (grammaire, morphologie, syntaxe, conjugaison de verbes, lecture, exercices…), mais nous avons aussi des cours très intéressant d’introduction à l’islamologie (histoire), au Coran, au dialogue interreligieux. Les professeurs viennent de divers pays : Palestine, Irak, Syrie, Afrique du Sud, Amérique, Tunisie... C’est un vrai microcosme qui s’est créé entre nous grâce aussi à la petitesse de l’Institut et au nombre réduit de participants (sur les trois années nous sommes vingt-huit !)

A part ces détails techniques, ce que je peux vous partager, c’est ma découverte de cet univers de hautes études parfois un peu aride et académique, parfois capable d’ouvrir des perspectives, des réalités, des histoires qui m’aident à creuser l’espace de l’autre pour pouvoir mieux le connaître et, in cha allah, pouvoir un jour le retrouver sur le sol algérien dans une vie partagée au plus profond de nous-mêmes.

Dans la déclaration signée par le Pape François et le Cheikh d’Al-Azhar, il y a un passage fondamental qui donne du sens à cet effort. Le Pape et le Cheikh « déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère ». Voilà le chemin à parcourir, voilà le chemin qui nous est donné.

En dehors des études, je vis dans une communauté de sœurs étudiantes de ma congrégation, nous sommes neuf de cinq nationalités diverses ! Un grand mélange de culture et d’expériences. De temps à autre, je m’échappe dans une paroisse ou dans quelque rencontre où je suis appelée à témoigner de notre Église et du dialogue que nous vivons avec nos frères et sœurs musulmans ; une autre manière d’être avec vous en différé et de chercher à apporter un regard différent sur la réalité, le regard d’une vie qui peut être partagée dans l’amitié et la fraternité universelle, comme nos bienheureux prédécesseurs d’hier et d’aujourd’hui, nous ont appris à faire. Tout est grâce !

Marta Arosio

Extrait du lien n°415 mars-avril 2019