Mot du pasteur : Le levain de l'amour fraternel

Vie de l'Eglise
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En venant au Maroc le Saint Père est venu affermir ses frères, comme Jésus l’avait demandé à l’apôtre Pierre. Ce voyage fut une magnifique confirmation en parole et en acte de la vocation et de la place de l’Eglise catholique dans nos pays du Maghreb. Car ce qu’il a dit à nos frères et sœurs de l’Eglise du Maroc, nous pouvons le recevoir pour nous ici en Algérie. Il nous a invité à ne pas nous inquiéter de notre petit nombre, mais plutôt de nous inquiéter si nous devenions « insignifiants » ou « un sel qui n’a pas la saveur de l’Evangile ». Reprenant l’image évangélique du levain dans la pâte, il nous a rappelé que le Seigneur nous envoie pour « être le levain des béatitudes et de l’amour fraternel ». C’est ainsi que nous participons à rendre présent le Règne de Dieu.

Le Saint Père nous a à nouveau mis en garde contre tout prosélytisme qui n’est pas le chemin de la mission. Celle-ci se fait par le témoignage, par « attraction », par ce que nos vies peuvent susciter « d’étonnement et de compassion ». Etre chrétien n’est pas une « adhésion à une doctrine, à un culte ou à un groupe ethnique ». C’est une rencontre avec Jésus-Christ. Pâques que nous nous allons bientôt célébrer n’est pas le souvenir d’un prodige, mais l’étonnante transformation de la vie que produit la rencontre du Vivant. Le carême nous a aidés à nous laisser déranger par cette rencontre qui est le secret de nos vies

A ceux qui s’étonnent de voir le Pape aller à la rencontre des musulmans et pas seulement des catholiques, il répond que nous « ne devons pas avoir peur des différences », mais, dit-il, « nous devons avoir peur si nous ne faisons pas ce travail de fraternité ». Le pape a rappelé, à la suite de Saint Paul VI, que l’Eglise en dialogue avec le monde dans lequel elle vit, « se fait conversation ». Depuis le commencement, Notre Seigneur vient à notre rencontre « comme un ami pour nous inviter à participer à son amitié ». A notre tour, comme disciples, « nous participons à ce dialogue de salut et d’amitié, dont nous sommes les premiers bénéficiaires ». Le pape nous invite à vivre ce dialogue, qui est le tissu de nos relations quotidiennes, à la manière de Jésus, « de façon douce et humble », « avec un amour fervent et désintéressé, sans calcul et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes ». Sur ce chemin, le pape a évoqué quelques uns de nos frères aînés : François d’Assise, le Bienheureux Charles de Foucauld, et nos Bienheureux d’Algérie. Ce dialogue de salut commence dans la prière et l’intercession. Le Notre Père est, nous dit le Pape, « la prière d’intercession du missionnaire pour le peuple qui lui a été confié pour l’aimer ». Le Notre Père est une prière de la fraternité humaine « qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux. « Cette prière d’intercession qui est capable de dire au Père : Que ton Règne vienne. Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique…mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Ainsi, au Maroc, comme à Abou Dhabi, le Saint Père nous entraîne, avec lui, « à servir la fraternité ». Dans ce moment important de son histoire que vit notre pays, l’Algérie, notre Eglise est dedans, avec, solidaire de son "peuple d’alliance", dans la fidélité à ce qu’ont vécu nos Bienheureux martyrs. Par sa proximité avec tous, elle voudrait aider humblement, modestement à « faire fraternité » en s’appuyant sur celles et ceux qui depuis longtemps désirent cette fraternité avec notre Eglise, en vivent et nous en font vivre.

La jeunesse du pays donne actuellement un beau témoignage de la force d’un chemin pacifique, non-violent, pour s’exprimer et prendre sa part dans le processus en cours. C’est ainsi qu’elle veut, et que nous voulons avec elle, favoriser des évolutions dans le pays et faire grandir la participation de tous au vivre ensemble, en paix. Par notre prière, notre écoute, notre accueil, notre proximité avec nos voisins et amis… nous désirons, à notre place, être serviteurs de l’espérance, espérance d’un peuple qui communie dans cette recherche commune d’une vie meilleure, plus fraternelle. Nous voulons accompagner cette espérance qui rejoint notre propre espérance de fraternité. Nous la partageons au plus profond de nos cœurs. Elle est une aspiration universelle de l’humanité, une aspiration qui n’a pas de frontière et qui englobe tous les peuples.

Notre prière accompagne cet élan de fraternité généreuse que vit notre pays.

+ Père Paul


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