Catch.ch : Père Lassausse: “A Tibhirine, la fraternité islamo-chrétienne est possible

Vie de l'Eglise
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05.04.2019 par Bernard Hallet
“Dans le sillon des moines“ du monastère de Tibhirine, en Algérie, le Père Jean-Marie Lassausse a cultivé le jardin et l’amitié entre chrétiens et musulmans.

...De passage à Saint-Maurice, le 4 avril 2019, le ‘jardinier de Tibhirine’ a livré son  témoignage sur les moines. Il raconte à cath.ch son odyssée africaine.

Assis sur un tabouret, à côté d’une petite table, le Père Jean-Marie Lassausse, dédicace son livre Le jardinier de Tibhirine1 au fond de la basilique. Il échange brièvement quelques mots avec les auditeurs qui ont écouté son témoignage sur les moines de Tibhirine. Puis il s’éclipse.

“Tibhirine est une étape très importante dans ma vie. Contre toute attente, après l’enlèvement et l’assassinat des sept moines trappistes, on a tenu le monastère ouvert  Ces 15 ans passés là-bas m’ont beaucoup renouvelé, confie-t-il à cath.ch. J’ai découvert qu’une relation fraternelle est possible entre chrétiens et musulmans. Cela a pris de ‘longues’ années“. Pour bien faire comprendre la durée nécessaire à cet aboutissement, le Père Jean-Marie étire le mot jusqu’à en perdre le souffle.

“Dans le sillon des moines“
Plus disert lors de l’entretien qui a précédé la conférence, un peu plus tôt dans l’après-midi, le missionnaire a parlé des 25 années passées en Afrique comme prêtre de la Mission de France. Il évoque volontiers ses rencontres avec les chrétiens en terre africaine, les projets agricoles qu’il a développés en Tanzanie et dans différentes régions d’Egypte. Une aventure humaine et spirituelle qui le mènera à Tibhirine, “dans le sillon des moines“.

Le récit est empreint d’un certain volontarisme, de pragmatisme aussi, dont il a dû faire preuve tout au long de ce qui fait plus penser à une odyssée qu’à un ministère. Pas de superflu dans l’évocation de ses souvenirs. Pas d’emphase dans les mouvements. Le prêtre garde les mains ancrées sur la table. De lui en revanche, il parle peu. Peut-être faut-il le comprendre dans ses origines.

Quatrième de sept enfants, Jean-Marie Lassausse est le né le 1er mai 1951 à Vittel, dans les Vosges, de parents agriculteurs. “J’ai forgé ma manière d’appréhender la réalité à travers mon expérience familiale. Tout de suite, on prend le rythme des parents en aidant à la ferme à faire les foins, la moisson et en s’occupant des vaches“...

 

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“J’ai mis ma vocation à l’écart. Il y eu une période de désert“

Il grandit dans une famille croyante et pratiquante. “Tous les soirs on faisait la prière en famille“. “Ma vocation? A 12 ans, avec des images: celles de mon grand-oncle, prêtre, et de Charles de Foucauld. Et je voulais être au service des autres aussi“. Il entre donc au petit séminaire de Martigny-Les-Bains, “avec la dernière fournée“, où il effectue toute sa scolarité. Il passe son bac et part étudier la philosophie à Nancy. “J’ai mis ma vocation à l’écart. Il y eu une période de désert“.

Une expérience fondatrice
Le service militaire, effectué en République de Djibouti (appellation de l’époque) entre 1972 et 1973, l’envoie au désert où renaît sa vocation. Il passe au Yémen, en Ethiopie. Il regarde ces 10 mois comme une expérience fondatrice. “J’ai vécu dans des conditions culturelles très différentes de ce que j’avais connu jusque-là et j’ai découvert la présence de chrétiens en dehors de la France. Je me suis dit: ‘Voilà ce que je veux vivre!’“.

Suivent quatre ans de coopération au Maroc où il enseigne les travaux pratiques en agriculture dans un collège jésuite. De retour en métropole, il questionne sérieusement sa vocation. L’évêque de Saint-Dié, Mrg Jean Vilnet, lui conseille la mission.

“Mon purgatoire“
Il mène alors de front des études en vue de la prêtrise au centre de Sèvres de la Mission de France et des études d’agronomie par correspondance. Diplôme d’ingénieur agronome en poche, il est ordonné en juin 1980, “mais je ne me souviens plus de la date“. En septembre, il est envoyé en Tanzanie. Il participe au développement agricole de petites communautés. “Je crois beaucoup au ministère articulé sur deux pieds qui allie une présence par le travail professionnel, et l’animation d’une communauté“.

La grande joie qu’il éprouve dans son ministère est de courte durée. Paludisme, typhoïde et bilharziose (un parasite qui s’attaque au foie) le contraignent à regagner la France, la mort dans l’âme, pour quatre ans. Il doit se remettre sur pied. “J’ai fait mon purgatoire“, sourit-il...

...“Musulmans et chrétiens quand on travaille la terre, on sue de la même manière”...

 

...“Il me faut oublier Tibhirine, mais ce lieu est présent dans mon cœur“...

 

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