Décès de Mgr Gabriel Piroird, évêque émérite de Constantine et Hippone

Vie de l'Eglise
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Le P. Jean-Marie JEHL, administrateur du diocèse de Constantine et Hippone,
La famille du P. Gaby PIROIRD, et notamment sa soeur Monique et son frère Humbert

vous font part du décès de Mgr Gabriel PIROIRD hier mercredi 3 avril 2019 à Lyon-Ecully.
Notre frère Gaby, né en 1932, membre de l'Institut des prêtres du Prado, était au service de l'Eglise d'Algérie depuis les années 1960, et évêque du diocèse de Constantine et Hippone de 1983 à 2009.

A lui notre reconnaissance. Que nos prières l'accompagnent, et que le Seigneur l'accueille dans Sa Paix.

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Nous venons d’apprendre que Mgr Gabriel Piroird, évêque émérite de Constantine et Hippone a été rappelé au Père ce soir vers 19H. Depuis quelques jours son état général s’était aggravé. Le Père Teissier a pu passé l’après-midi d’hier mardi auprès de lui. Sa sœur était près de lui au moment du Passage. Vous savez que j’ai été pendant de longues années son Vicaire général. J’ai toujours été touché par sa délicatesse et son attention aux besoins de chacun dans le diocèse. Il était un vrai disciple du Père Chevrier le fondateur du Prado. Gaby, comme nous aimions l’appeler, était un homme de prière, humble et discret. Il avait convoqué un Synode diocésain qui a marqué la vie du diocèse. Le message final du Synode s’intitulait : « Une Eglise en chemin avec un Peuple ». Nous pouvons nous recommander à son intercession. Nous accompagnons la prière de sa famille et de tout le diocèse de Constantine dont il fut le Pasteur pendant 26 ans.

Merci Gaby pour ta prière maintenant pour notre Algérie et notre Eglise.

+ Père Paul


Homélie pour les funérailles de Monseigneur Gabriel Poiroird en la chapelle du Prado,
Lyon, mercredi 10 avril 2019.

 Quelle émotion pour moi que prononcer l'homélie des funérailles de Mgr Gabriel Piroird, en votre présence à tous, et tout particulièrement en présence de Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d'Alger, de Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d'Oran, du père Jean-Marie Jehl, administrateur du diocèse de Constantine, du père Théoneste, lui aussi du diocèse de Constantine et qui fut ordonné prêtre par Gaby Piroird , et de plusieurs frères prêtres de celui qu'au Prado, avec sa famille, nous appelions tous Gaby. Merci à la famille de Gaby, tout particulièrement à sa sœur Monique et à son frère Humbert, de m'avoir fait cette confiance ; merci, pareillement, au père Michel Delannoy et à mes frères responsables de l'Institut des prêtres du Prado. Je suis aussi profondément touché – et je ne suis pas le seul, – que le Consul Général d'Algérie à Lyon, Monsieur Abdelkrim Serrai, ait tenu à envoyer à cette célébration, à défaut de pouvoir se libérer lui-même, un de ses plus proches collaborateurs, Monsieur Amor Sidhoum, comme je suis ému de la présence à nos côtés du recteur de la Grande mosquée de Lyon, Si Kamel Kabtane.

 Ainsi, grâce à vous tous, nous pouvons vivre un moment fort qui témoigne pleinement de ce que fut l'existence de Gaby et qui contribue à mettre en lumière tout ce qui l'a animé. Et nous vivons ce temps de prière et d'action de grâce en totale communion avec tous les amis de Gaby en Algérie, musulmans et chrétiens, qui sont de tout cœur avec nous en ce moment, et dont plusieurs vivront ce mercredi soir à Constantine un temps de mémoires partagées à son sujet.

 Tout être humain porte en lui plusieurs dimensions, des appartenances plurielles pour ne pas dire des identités plurielles. Tout être humain est fait de différentes strates d'existence qui viennent s'ajouter les unes aux autres avec le temps, les dernières pouvant cacher les premières mais ne les supprimant pas. Comment chacun se définit-il au plus profond de lui-même ? Comment Gaby se définissait-il intérieurement ? Comment hiérarchisait-il ses diverses appartenances ? Difficile de le dire : cela est son secret et mérite de le rester.

 Dans l'article paru en ligne dans une des éditions de La Croix du lundi 8 avril, la journaliste Anne-Bénédicte Hoffner a mis en sous-titre à l'annonce du décès de Gaby : « Disciple du Père Chevrier ». C'est très certainement ce qui définissait le mieux Gaby, et quelle heureuse circonstance que, en cet instant même, son corps soit déposé sur la tombe même du fondateur du Prado dont il avait choisi d'être l'émule. Car Gaby fut un prêtre du Prado de la tête au pieds, presque jusque à l'extrême si on prend en compte la grande austérité dont il faisait montre le plus fréquemment. Il fut un prêtre d'une humilité absolue, passionné de l'Evangile et assidu à son étude et à sa méditation quotidiennes, détaché de tous les biens de la terre, et n'ayant d'autre ambition que laisser transparaître le plus possible, dans tous les moments de sa vie, l'amour et la bonté du Christ. Dans le recueil de textes qu'il a accepté de publier en 2009 aux Editions Parole et Silence et magnifiquement intitulé « Servir l'oeuvre de Dieu en Algérie », le dernier des cinq chapitres est justement consacré à « l'étude de l'Evangile selon le Père Chevrier ». Et Gaby y relève ce qu'il appliquait de toute évidence à lui-même : ( le Père Chevrier ) cherchait chaque jour, c'est-à-dire aujourd'hui » à bien correspondre à la grâce qui lui avait été faite ».

 Gaby était Lyonnais... comme le Père Chevrier, très attaché à notre ville Il y a commencé ses jours et il les aura finis ici, « malgré » une vie passée essentiellement en Algérie, puisqu'il a vécu dans ce pays... un demi-siècle ! C'était à la fois un Lyonnais et un Algérien de coeur. C'est d'ailleurs à Lyon, après l'Indépendance, qu'il se lia d'amitié avec des immigrés algériens de notre cité, et comme avant lui un Frantz Fanon dont on oublie trop souvent qu'il se passionna à Lyon pour le peuple algérien, il résolut d'aller se mettre au service de l'Algérie enfin libre et de sa petite Eglise, l'Eglise dirigée par l'inoubliable cardinal Leon-Etienne Duval. Gaby avait fait des études d'ingénieur avant de s'orienter vers la prêtrise, et c'est tout naturellement qu'il occupa jusqu'en 1983 des responsabilités d'ingénieur à la direction de l'hydraulique de la wilaya ( préfecture ) de Bejaïa, modeste mais sérieux coopérateur de la construction de l'Algérie nouvelle. En même temps curé de la petite communauté chrétienne catholique restée dans cette ville du bord de la Méditerranée, il se retrouva alors, par la volonté du pape Jean-Paul II ( c'était en 1983 ), évêque de Constantine et d'Annaba, à la suite de Monseigneur Jean Scotto, l'ancien curé de Bab el Oued, figure de la lutte de libération de l'Algérie, autrement dit le pasteur d'un des diocèses les plus prestigieux de l'histoire de l'Eglise, celui du grand, de l'immense penseur berbère Saint Augustin d'Hippone ! J'ai du mal à imaginer comment Gaby assumait au plus profond de lui-même cet héritage . Etre le successeur du grand Augustin ! Il en était fier, comme l'archevêque de Lyon est fier d'être le successeur d'un autre grand géant de l'histoire des débuts du christianisme, Saint Irénée. Il n'en tirait, en tout cas, aucun prestige personnel ; probablement se réjouissait-il tout simplement d'être ainsi le successeur – et donc le « porte-mémoire » privilégié – d'un grand Algérien de l'histoire, et de pouvoir ainsi rappeler que l'Algérie – en ces temps anciens appelée la Numidie – avait donné au monde un tel fils.

 Mais l'algérianité de Gaby, algérianité profonde quand bien même les circonstances n'ont pas permis qu'il obtienne la nationalité algérienne qu'il aurait aimé avoir – c'était d'abord son amour des gens, son attachement absolu à ce peuple et à ce pays. J'ai relu ces jours, toujours dans le recueil « Servir l'oeuvre de Dieu en Algérie », le très beau texte intitulé « Notre Dame de l'Attente » qu'il a signé le 15 août 1996. C'était peu de temps après le décès du cardinal Duval et la découverte des corps des sept moines martyrs de Tibhirine qui survint juste au même moment, et après l'assassinat de Mgr Pierre Claverie, évêque d'Oran, et de son ami je jeune Mohamed Bouchikhi. Dans la suite du cardinal Duval, il expose combien l'Eglise d'Algérie, dans cette « décennie noire 1990 », aux côtés de tout le peuple algérien, a été plongée dans son « Vendredi saint », le jour de la Passion de Jésus, et que la voilà à présent entrée dans le temps du « Samedi saint », un jour dont on parle peu dans les Evangiles et qui est peu pris en compte dans l'histoire de l'Eglise, mais qui est le jour où peut se laisser découvrir la foi sans défaillance de Marie, la mère de Jésus. Gaby écrivait alors : « Il ne nous appartient pas d'enjamber sur le futur, mais il nous appartient de vivre le présent comme l'attente d'un avenir qui nous sera donné ».

 Quand il s'est agi de choisir pour aujourd'hui un texte d'Evangile qui « colle » le mieux à la vie de Gaby, sa sœur Monique à laquelle il était tant attaché et qui s'est si admirablement occupée de lui, a proposé spontanément le texte du « Bon Pasteur », du chapitre 10 de l'Evangile de Jean que nous avons lu. En même temps, elle a osé une question qui la taraudait manifestement depuis longtemps : « Pouvons-nous dire que l'ange Gabriel – « Jibril », en arabe – dont les musulmans disent qu'il a transmis le contenu du Coran au prophète Muhammad, est le même que celui qu'évoque l'évangéliste Luc dans son récit de l'Annonce de la naissance de Jésus à Marie ? Ne craignez rien : je ne vais pas me lancer, ici, dans un débat théologique qui me dépasse largement. Mais j'ai beaucoup pensé, depuis, à cette sorte de « croisement » entre Evangiles et Coran. Je ne sais pas, là non plus, comment Gaby la vivait. Mais en ce jour j'y vois un magnifique signe : Gaby portait un prénom cher aux musulmans comme aux chrétiens, et par toute son existence il a témoigné de la vérité des origines hébraïques de ce prénom dont vous savez tous qu'il signifie « Dieu est fort », ce qu'on pourrait finalement décliner par « Allahu akbar ! », « Dieu est le plus grand ! ». Gaby était un soumis à la parole de Dieu, un soumis à son commandement d'amour pour tous, un soumis aux engagements pradosiens de pauvreté, de chasteté et d'obéissance qu'il avait prononcés jeune prêtre sorti du Séminaire Universitaire de Lyon.

 « Moi je suis le bon pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent », dit Jésus au verset 14 du chapitre 10 de Jean. Gaby n'aurait jamais osé prétendre être cela. Mais tous les témoignages reçus à son sujet depuis longtemps et qui sont encore parvenus ces jours à Monique et à Humbert, ses soeur et frère, comme au Prado, disent tous combien Gaby était attentif aux personnes, musulmanes comme chrétiennes. Gaby était une personnalité extrêmement discrète, qui semblait presque s'excuser d'exister et dont la minceur lui aurait presque permis de se cacher entre l'espace d'un mur et un papier de tapisserie ! Il ne fut pas un prélat « flamboyant », pas même une personnalité et cela aurait d'ailleurs contrarié son idéal pradosien. Anecdote significative : on lui vola un jour son anneau épiscopal. Il refusa qu'on lui en fit exécuter un autre ! Gaby fut simplement un frère en humanité, un priant au milieu d'autres priants, un authentique disciple de Jésus et du père Chevrier, et un pont entre Lyon et l'Algérie.

 Je terminerai d'ailleurs par cela. L'histoire a voulu que l'Eglise de Lyon et l'Eglise d'Algérie sont très liées depuis le XIX ème siècle, et Mgr Henri Teissier et Mgr Jean-Paul Vesco, l'un et l'autre lyonnais comme Gaby Piroird, en sont des exemples vivants. Sans m'attarder sur les quelques Algériens du XIX ème siècle qui ont été accueillis ici dans cette chapelle par le Père Chevrier lui-même, il se trouve que le Prado est lui-même très lié à l'Algérie, depuis la lutte de l'Indépendance où un père Louis Magnin ( toujours vivant ! ), un père Albert Carteron et un père Joseph Chaize furent poursuivis par la police et la justice françaises en raison de leur soutien actif, ici à Lyon, à la lutte du peuple algérien. Plus tard, dans cette chapelle du Prado, sont venus prier au moins deux des martyrs chrétiens d'Algérie béatifiés récemment à Oran: le frère trappiste Michel Fleury, un temps pradosien, et le jeune père blanc Christian Chessel, et peut-être d'autres encore. Le père Gilles Nicolas, qui fut le curé de Médéa et donc du monastère de Tibhirine durant la décennie noire, et dont les obsèques ont eu lieu le 23 septembre 2011 dans cette même chapelle sous la présidence du père Gaby Piroird, était lui-même un pradosien, comme plusieurs prêtres et sœurs qui ont vécu longtemps au milieu et au service du peuple algérien. Notre métropole de Lyon est également une métropole où les originaires d'Algérie composent une part importante de la population. Tout cela fait que nous ne pouvons pas nous désintéresser du témoignage de Gaby Piroird. Tout cela fait qu'en ce jour, chacune et chacun ici présents nous pouvons promettre dans notre cœur de rester fidèles au témoignage de Gaby, de le poursuivre à notre manière et de laisser toujours résonner en nous la devise épiscopale de Gaby tirée du Livre de Michée : « Marche humblement avec ton Dieu »        (Michée 6, 8).

 

 Christian Delorme prêtre du diocèse de Lyon membre du Prado.