Une belle rencontre des prêtres

Vie de l'Eglise
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Les prêtres d’Algérie, dans leur quasi-totalité, se sont retrouvés à la Maison Diocésaine d’Alger du 10 au 15 septembre pour se dire, neuf ans après leur dernière rencontre, qui ils sont et ce qu’ils pensent devoir vivre dans les réalités de notre Eglise aujourd’hui.
regardsUn tiers d’entre eux ont dépassé 75 ans, plusieurs très largement, mais la réjouissante nouveauté c’est la présence parmi eux d’une douzaine de Subsahariens, religieux et diocésains. Cette session avait été préparée par un questionnaire qui leur avait été envoyé et un autre adressé aux laïcs.

Un signe important a été donné dès l’arrivée, nous étions accueillis et orientés par un groupe de chrétiens du pays, puis, en soirée, ils nous ont dit leur joie de cette rencontre et aussi leurs attentes et leurs frustrations d’être souvent mal entendus, pas assez pris en considération dans les paroisses, voire marginalisés dans la liturgie. Ces témoignages nous ont donné à réfléchir.
Le lendemain 4 prêtres, présents dans le pays depuis un à douze ans, ont apporté leur témoignage. Venus à l’appel de l’Eglise, ils insistent sur la nécessité de connaître vraiment la langue et la culture des gens pour pouvoir les rencontrer, ils sont humbles témoins des manifestations du Seigneur dans ce pays, ils apportent et accueillent une différence stimulante pour la foi, ils aident les migrants à devenir acteurs de leur vie. « Reste et sois heureux ! »
De Jean Toussaint, qui a analysé pour nous avec clarté les dernières encycliques missionnaires, je retiens que la mission tire son origine de la relation d’amour à l’intérieur de la Trinité, qu’elle rend libre pour le Royaume de Dieu et envoie à la rencontre de chacun dans sa culture. De Henri-Jérôme Gagey, théologien français, qui nous avait déjà accompagnés en 2004, je retiens, entre autres belles idées, que l’urgence de la mission a changé, il ne s’agit plus d’arracher les âmes au feu de l’enfer et l’Eglise n’est pas dispensatrices des rites du salut, il s’agit de faire connaître le Christ, de vivre de lui d’une expérience personnelle forte à communiquer, de servir la rencontre du Christ avec l’humanité.
Une journée a été consacrée, et ce fut un grand moment, à mieux connaître l’origine, le développement et la vie des chrétiens évangéliques qui sont nombreux dans notre pays, bien plus que les catholiques, et parmi les étudiants et migrants qui nous rejoignent. Michel Malèvre, père dominicain très engagé dans la rencontre de ce courant chrétien, à travers plusieurs interventions très documentées, a dégagé les caractéristiques de cette sensibilité : la Bible est la médiation de la présence de Dieu qui me parle et répond à mes questions, la conversion est nécessaire à Jésus qui fait irruption dans ma vie de pécheur, la position centrale de la Croix où Jésus a versé son sang pour moi et a pris sur lui, la colère que je méritais, le prosélytisme et une vie austère pour attirer les autres à la rencontre de Jésus et être sauvés. Le pasteur évangélique de Ouargla, Algérien, dans son intervention du lendemain, en a donné confirmation.
De bons moments aussi furent les discussions en carrefour. Dans le mien, nous étions 8 de 79 à 91 ans, pour élaborer une lettre adressée à un prêtre qui viendrait nous rejoindre et pour noter les défis que nous sentons posés au cours de cette session. Parmi eux, nous remarquons un certain ecclésiocentrisme du ministère du prêtre et peu d’allusion à sa place dans la société et pas de réflexion sur l’Eglise dans le pays en évolution et nous entendons l’urgente nécessité de l’acculturation dans notre pensée et dans notre prière ; le témoignage du couple pasteur, inséré et rassembleur est une question pour notre avenir comme les attentes des nouveaux chrétiens, nous avons entendu que nous sommes invités à écouter, panser les blessures et par ailleurs, que le presbyterium est un lieu important dans notre diocèse ; ce qui fonde notre mission, c’est d’avoir le cœur ouvert à tous, d’être témoins du Seigneur qui nous habite, d’être des hommes de prière et de savoir prendre un temps pour prier avec ceux qui viennent nous rencontrer. Bien d’autres réflexions importantes seraient à rapporter.
Merci à ceux qui ont si bien préparé et animé cette bonne session.

Père Thierry Becker (Oran)