Temps de confinement : Jésus est avec nous et en nous pour nous

Eglise d'Algérie
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Une pandémie nous oblige ou nous permet d’être confinés ? Que se passe-t-il? Que dire ? Que penser? Tout s’écroule-t-il ? Nous avons des évêques, leur ministère ne saurait être confiné, ils nous enseignent et nous conduisent à temps et à contretemps.

INTERVIEW I

R.S. : Merci Monseigneur de vous présenter aux lecteurs du site.

Mgr Paul DesfargesMgr Paul Desfrages. : Je crois que je n’ai guère besoin de me présenter. Je suis l’archevêque d’Alger après avoir été pendant huit ans l’évêque de Constantine et Hippone. Je suis un vieil Algérien dans le pays depuis bientôt 50 ans dont 37 à Constantine où j’ai eu la joie d’enseigner à l’Université pendant 30 ans. Nous avions ouvert avec un collègue un bureau d’aide psychologique et j’ai donc passé beaucoup de bon temps à écouter les jeunes. J’avais demandé et j’ai eu la joie de recevoir la nationalité algérienne. L’Algérie est mon pays d’adoption et de mission.

 R.S. : Comment allez-vous Monseigneur ? Où êtes-vous ? Avec qui êtes-vous confiné ?

 Mgr P.D. : Je vais bien en ce moment. J’ai la chance d’être confiné à la Maison diocésaine d’Alger où je vis fraternellement avec les Sœurs de l’Immaculata (PIME) qui ont la responsabilité de la Maison diocésaine, avec aussi le Père Jean-Yves et notre frère Azzedine-Thomas. Nous célébrons et prions ensemble (adoration, chapelet, chemin de Croix…). C’est très aidant. Nous échangeons beaucoup sur les nouvelles du pays (l’Algérie), et sur celles venant de nos pays respectifs. Cela aide à porter les nouvelles douloureuses de la maladie ou de décès de parents, de proches, d’amis ….

 R.S. : Comment se passent vos journées ? Avez-vous peur ou avez-vous eu peur un moment donné dans votre confinement?

 Mgr P.D. : Je continue à descendre à l’archevêché chaque matin. Le travail sur l’ordinateur continue pour répondre aux e-mails et beaucoup de choses peuvent se régler et continuer à avancer ainsi. J’essaie de rester attentif (pardon pour mes négligences, mes oublis) à la vie des uns et des autres dans le diocèse. Je me tiens informé au mieux par téléphone, par email, WhatsApp. Je suis heureux de la solidarité qui permet à la Maison Saint Augustin et au Centre pour nos frères migrants d’El Harrach de continuer à bien rendre les services demandés. Je continue à lancer des appels à venir aider.

Je ne crois pas que j’ai peur. J’essaie de vivre les consignes sanitaires exigées pour moi-même et la paix de ceux avec qui je vis. J’essaie de rester serein pour aider à la sérénité autour de moi. J’ai confiance pour la traversée de cette épreuve pour l’Eglise, le diocèse et le pays. Mais après ne sera plus comme avant. Nous sommes inventifs et créatifs durant cette période, il faudra l’être quand nous retournerons à notre vie dite ordinaire. Nous sommes à l’école de l’importance de toutes les petites choses, les petits gestes, les petites attentions…

 R.S. : Quel lien ferrez-vous entre ce mystère pascal que nous vivons et ce moment de confinement dans votre vie, la vie du chrétien?

 Mgr P.D. : Le mystère pascal c’est Jésus Vivant à demeure avec nous et en nous. Une grâce spéciale nous aide à nous rendre attentif à cette Présence. La sainteté de la vie ordinaire, c’est notre cadeau pour ce temps de confinement et de retrait par une attention renouvelée à la Présence du Ressuscité en nous et une attention renouvelée aux autres, même si nous ne pouvons plus nous rencontrer. En disant le Notre Père, comment ne pas penser à tant de personnes qui habitent notre cœur qui s’agrandit ainsi et qui va jusqu’aux extrémités du monde, en Chine, en Iran, aux Etats-Unis, en Italie, en Espagne, au Burkina, en Centre Afrique, à Blida, à Bejaïa. etc... Je suis par cette émotion planétaire. Nous vivons dans notre cœur la fraternité universelle, mettant ainsi en application d’une manière inattendue l’orientation pastorale choisie pour cette année.

 R.S. : Que dites-vous à ceux qui ont peur, qui désespèrent ou qui pensent que cette pandémie est voulue par Dieu comme punition?

 Mgr P.D. : Ce type de pensée me rend très triste et, je suis sûr, fait de la peine au Bon Dieu. Dieu ne sait pas punir, Il n’est qu’Amour et nous l’a révélé, montré sur la Croix. La Croix est une effusion de Miséricorde sur le monde et sur chacune, chacun. Jésus est avec nous et en nous pour nous aider à vivre dans l’amour cette maladie, cette épreuve et toutes les conversions auxquelles nous appelle cette situation aujourd’hui et demain.

 R.S. : Comment avez-vous vécu ou ressenti la bénédiction spéciale Urbi et orbi du 27 mars 2020?

Mgr P.D. : Je l’ai vécu avec une grande joie, oui une grande joie. C’est à ce moment que j’ai moi-même dans mon cœur vécu le sacrement de la réconciliation et j’ai reçu une grande paix et je suis sûr que beaucoup dans le monde, des millions de personnes, ont reçu une grâce de Miséricorde, ont éprouvé la Bonté de notre Dieu et Père. Notre Pape est plus que jamais le Curé du grand-petit village monde.

 R.S. : Avez-vous autre chose à dire à l’Eglise d’Algérie en ce moment inédit ?

 Mgr P.D. : J’ai été assez bavard. Merci de m’avoir aidé à ce partage fraternel.

 

+Mgr Paul DESFARGES
Archevêque d’Alger


« N’aie pas peur !».

Ce conseil se trouve 365 fois dans la Bible !

le confinement volontaire fait partie de la vie ordinaire de certaines personnes. Cette fois-ci, il est imposé par une pandémie, alors on s’y fait pour peu que l’on soit consciencieux, parce que responsable de la vie des uns et des autres. Mgr John MacWilliam nous invite à avancer libres et confiants en Celui qui nous dit : « Confiance n’ayez pas peur !».

 

 R.S. : Merci Monseigneur de vous présenter aux lecteurs du site.

Mgr John MacWilliam Mgr John MacWilliam : Je suis le P. John MacWilliam, évêque de Laghouat-Ghardaïa, le sud de l’Algérie. J’ai 71 ans, je suis père blanc de nationalité britannique. Je réside à Ghardaïa, le siège du diocèse. Je suis arrivé pour la première fois en Algérie en 1995 pour la mission de Tizi Ouzou.

 R.S. : Comment allez-vous Monseigneur ? Où êtes-vous ? Avec qui êtes-vous confiné ?

 Mgr J.Mc. : Autant que je sache, je vais très bien et j’espère continuer ainsi ! Depuis la mi-mars je suis confiné à Ghardaïa, tout seul, bien qu’il y ait deux autres personnes laïques qui résident actuellement dans le même bâtiment à l’évêché.

 R.S. : Comment se passent vos journées ? Avez-vous peur ou avez-vous eu peur un moment donné dans votre confinement?

 Mgr J.Mc. : Mes collaborateurs à l’évêché se confinent chez eux : le vicaire général est à Ouargla et les autres à dix minutes à pied de chez moi. Ils ne visitent l’évêché que rarement, étant dans la possibilité de travailler à la maison : télétravail. Mon bureau et ma résidence se trouvent dans le même bâtiment, ce qui me permet de travailler assez ‘normalement’ au bureau et avec l’ordinateur ou le téléphone. Pour éviter tout contact non-essentiel, je prie et je célèbre l’eucharistie seul ou avec ceux qui habitent la maison. Il n’y a actuellement pas de rassemblements paroissiaux à Ghardaïa, comme ailleurs, pour éviter les risques.

 Pour moi il n’y a aucune raison d’avoir peur si ce n’est d’être contaminé ou surtout de contaminer quelqu’un d’autre – ce qui n’arriverait que par négligence ou impatience. Le confinement n’est pas nouveau pour moi – nous l’avons connu davantage pendant la décennie noire des années 1990 et auparavant dans ma vie dans d’autres endroits. Avec une certaine organisation, prévoyance et prudence, il n’y a rien à craindre en étant seul, surtout avec les moyens de communication disponibles aujourd’hui. Mais j’avoue que je préfère la sociabilité et le partage fraternel des temps ordinaires.

 R.S. : Quel lien ferez-vous entre ce mystère pascal que nous vivons et ce moment de confinement dans votre vie, la vie du chrétien?

 Mgr J.Mc. : Franchement, le fait que cette pandémie corresponde avec notre temps liturgique de Carême et de Pâques est une coïncidence. Je crois qu’il faut vivre les deux en parallèle, les intégrer là où c’est possible et maintenir à la fois l’esprit du contre-virus et l’esprit du chemin que nous faisons avec le Seigneur notre Sauveur. Jésus nous invite à porter nos propres croix. Cette année le coronavirus et tout ce qu’il implique est une de nos croix parmi d’autres ; nous la portons dans la foi.

 R.S. : Que dites-vous à ceux qui ont peur, qui désespèrent ou qui pensent que cette pandémie est voulue par Dieu comme punition?

 Mgr J.Mc. : « N’aie pas peur !». Ce conseil se trouve 365 fois dans la Bible ! Jésus nous le dit à plusieurs reprises quand il s’approche de ses disciples – et nous sommes ses disciples. C’est le rôle d’un pasteur d’encourager ses brebis et nous, nous sommes tous des pasteurs les uns des autres.

 Dans l’Évangile Jésus nous dit clairement que Dieu ne punit pas comme cela, contrairement à une certaine idée traditionnelle dans l’ancien testament (Babel, Sodome, Égypte, le roi David, l’exil ….). Les maladies et les autres catastrophes naturelles existent depuis toujours dans notre monde. Il n’y a pas de mal en elles comme telles, mais elles sont des occasions de réfléchir sur le sens de notre vie de chrétiens et de se demander comment mieux aider nos prochains. Elles sont, en effet, des invitations à faire du bien.

 R.S. : Comment avez-vous vécu ou ressenti la bénédiction spéciale Urbi et orbi du 27 mars 2020?

 Mgr J.Mc. : De chez-moi, tout seul, j’ai suivi et accompagné sur l’internet la prière et la bénédiction du Saint Père le pape François. C’était une occasion de ‘rassemblement’, même à distance. Et le rassemblement, c’est l’Église. Je me réjouis que cela ait aidé beaucoup à se sentir soutenus en temps d’isolement et de deuil.

 R.S. : Avez-vous autre chose à dire à l’Église d’Algérie en ce moment inédit ?

 Mgr J.Mc. : Quand ses disciples ont mis le corps de Jésus dans le tombeau, ils ne savaient pas que le jour viendrait où ils le rencontreraient ressuscité. Ils ne comprenaient pas qu’il y a un temps pour chaque chose sous le ciel. À notre Église catholique d’Algérie, je dirai qu’il nous faut de la foi, de la prière et de la patience. Dieu est avec nous et il restera avec nous éternellement, pour la durée de cette pandémie et pendant les longues années difficiles qui suivront. Il nous aide et nous invite à nous entraider et nous aimer les uns les autres.

 P. John MacWilliam,
Évêque de Laghouat-Ghardaïa

 

 Mgr Nicolas, quelle « lune de miel » ?

Ordonné évêque de Constantine Hippone le 08 février 2020 à Tunis, installé solennellement trois semaines après, le 29 février à Anaba, il vit « sa lune de miel » docilement confiné comme tout le monde. Comment un évêque vit ce moment inédit ? Parlons-en. Tenez !

 R.S. SAB : Comment va Mgr Nicolas à Constantine ? Où êtes-vous ? Avec qui êtes-vous confiné ?

Mgr Nicolas Mgr Nicolas : Je vais très bien ! Je passe beaucoup de temps à Constantine, notamment à l'évêché, faute de pouvoir bouger autant que nous l'aurions tous souhaité. Je vis le confinement ... avec les gens, au sens où je partage le rythme quotidien de la ville, plus active le matin, sous couvre-feu le soir ; je suis touché par le sérieux avec lequel les uns et les autres s'efforcent de faire face à la situation, avec prudence, responsabilité, dans un esprit d'entraide, de solidarité ... Le virus passera, mais le trésor de relations qui se tisse à travers ces circonstances restera. Après les premières visites pastorales, à Sétif, Béjaïa, Annaba, le confinement partiel m'a quand même permis d'aller à la rencontre d'autres lieux: Skikda, Tebessa, Batna, et bien sûr Constantine, mais sans pouvoir y rencontrer les communautés. J'ai hâte de faire plus ample connaissance avec tous !

 R.S. SAB : Comment se passent vos journées ? Avez-vous peur ou eu peur un moment donné ?

 Mgr Nicolas : Je prie, je donne plus de temps aux choses du quotidien, comme tout simplement faire la cuisine, je me repose, je lis, je travaille, en retrouvant aussi le temps de faire ce que le rythme habituel me fait trop souvent remettre au lendemain... Je tâche de prendre des nouvelles, d'en donner, de vivre la communion et le voisinage dans la simplicité et l'adaptation à la réalité. Dans la prière, surtout la messe, je pense tous les jours à ceux et celles qui vivent les choses plus difficilement, à l'hôpital, à la maison, en résidences universitaires, dans la rue, en prison ... Aux malades, aux personnels soignants, aux autorités qui portent le poids des choix, aux familles qui manquent du nécessaire, faute de travail, d'espace suffisant à la maison ... A ceux et celles qui ont un parent, un proche, un ami atteint par la maladie, ou qui doivent vivre un deuil sans pouvoir accompagner ... Non, je n'ai pas peur pour moi-même. Mais je suis préoccupé pour les autres, lorsque pèsent la maladie, la perte d'un être cher, l'angoisse, le manque, la solitude, l'éloignement ...

 R.S. SAB : Qu’avez-vous déjà vu ou fait depuis votre installation à Constantine-Hippone votre diocèse ?

 Mgr Nicolas : Tout en déballant quelques cartons à la maison, je suis parti à la rencontre, de la ville, des voisins, du marché ... et bien sûr, des communautés, à Constantine et dans les autres régions du diocèse ... Lorsqu'il a fallu revoir les choses et s'adapter à la situation, j'ai essayé de me faire proche d'une autre manière, en envoyant des mots d'encouragement, des messages écrits ou enregistrés. Ce n'est pas la même chose qu'une vraie rencontre, mais une manière de se sentir proches et de creuser la communion d'une autre façon. Au milieu de tout cela, je me suis souvenu de saint Cyprien, le saint Patron de toute l'Afrique du Nord, qui fut évêque de Carthage au IIIème siècle. Confiné à la campagne pour des raisons complètement différentes (la persécution de l'empire romain était violente à cette époque. Il avait fait le choix de quitter Carthage pour éviter d'être pris, et donc pouvoir continuer d'encourager ses frères et sœurs à distance), Cyprien a passé plusieurs années à soutenir les communautés, en priant et en écrivant ... sans les moyens numériques d'aujourd'hui.

R.S. SAB : Quel lien feriez-vous entre l’Annonciation et ce moment de confinement dans votre vie ?

Mgr Nicolas : Marie et Joseph avaient un beau projet: celui de se marier. Et ce projet était déjà bien avancé, puisque les deux familles s'étaient entendues, que Marie avait été promise en mariage à Joseph ... Les deux annonciations qu'ils vont vivre l'un et l'autre, Marie chez elle, et Joseph dans son sommeil, les conduira à concrétiser ce projet d'une manière à laquelle ni l'un ni l'autre n'avaient pensé. C'est un peu comme cela que je vis cette première période. En arrivant, j'avais un programme, des rendez-vous, des projets pour les mois qui suivraient ... Et il a fallu tout revoir. Cela me pousse à essayer de mieux écouter le Seigneur, sa présence, ses priorités à lui ; en méditant ce que dit le Livre des Proverbes: "A l'homme les projets, à Dieu leur réalisation" (Pv 16,1). Les choses, d'ailleurs, ont continué de cette manière, bien au-delà de l'annonciation: Marie et Joseph imaginaient-ils que la naissance de Jésus aurait lieu dans une étable ?... Là encore, l'inattendu. Et en même temps, à travers ces circonstances, l'accomplissement de bien des choses annoncées par l'Ecriture ...


R.S. SAB : Que dites-vous à ceux qui ont peur, qui désespèrent ou qui pensent que cette pandémie est voulue par Dieu?

Mgr Nicolas : Je répondrais par deux passages de la Bible, l'un dans le Livre de la Sagesse, l'autre dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens. Le premier dit ceci: "Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il a créé toutes choses pour qu’elles subsistent; ce qui naît dans le monde est bienfaisant, et l’on n’y trouve pas le poison qui fait mourir. La puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même" (Sg 1, 13-15; 2, 23). Et le second: "Du milieu des ténèbres brillera la lumière. Nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; Car notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel" (2 Co 4, 6.8.17-18).

 R.S. SAB : Comment avez-vous vécu ou ressenti la bénédiction spéciale "Urbi et Orbi" ?

Mgr Nicolas : Ce fut un moment très fort. Lorsque j'étais au séminaire, j'ai vécu à Rome pendant six ans. Souvent je suis allé sur la place Saint Pierre. La voir ainsi nue, vide, sous la pluie, dans cette circonstance à la fois ténébreuse et lumineuse, fut quelque chose que je n'aurais jamais imaginé. J'ai été très touché par le mélange de force et de fragilité qui rayonnait de la personne du pape François: force de la parole, de l'intercession, de l'adoration, de la simplicité des gestes liturgiques ... fragilité de son pas, miroir de l'humanité entière éprouvant ses limites en ce temps de pandémie. Je me suis senti en communion très forte avec toute l'Eglise et toute l'humanité. J'ai senti aussi une nouvelle fois que ce qui se vivait là se reproduisait en fait à chaque messe, même et surtout quand on est seul ou presque à la chapelle ou à l'église, comme c'est si souvent le cas en ce moment. C'est en effet le Christ ressuscité et passé par la Croix qui, seul, porte le poids de toute souffrance et sauve le monde de la mort en ouvrant les portes de la vie ; et c'est ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, avec toute l'Eglise, même si on est tout seul, et pour le monde entier.

 R.S. SAB : Avez-vous autre chose à dire au monde en ce moment inédit ?

 Mgr Nicolas : "Au monde", c'est beaucoup dire et ce serait sans doute prétentieux. Je peux en tous cas partager une conviction. Dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens, Dieu dit encore par la bouche de saint Paul: "Le monde ancien s'en est allé, un nouveau monde est déjà né" (2 Co 5,17). Accueillons cette nouveauté, prenons-en acte résolument et accompagnons-la. Certains pensent que "l'après-pandémie" sera un "retour à la normale", c'est-à-dire à la situation d'avant, moyennant quelques changements, même parfois importants, et moyennant des coûts, sans doute exorbitants. Oui, il y aura des changements. Oui, il y aura des coûts. Mais fondamentalement, je crois que cette vision des choses ne tiendra pas longtemps. Demain ne sera pas comme hier, et nous aurons su tirer profit de cette pandémie, au-delà de toutes les souffrances qu'elle aura provoquée, si nous acceptons de revoir en profondeur nos manières de vivre ensemble, de concevoir l'économie, de prendre soin de notre planète, de développer entraide et solidarité d'une manière créative et désintéressée, et surtout, au sommet de toutes choses, comme priorité absolue de notre agir et de nos choix, de servir la vie, la dignité, le bien intégral de toute personne humaine.

+ Nicolas Lhernould
7 avril 2020

 
Propos recueillis par Sœur Rosalie Sanon SAB