"N’ayez pas peur"

Eglise d'Algérie
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Au milieu de notre confinement, une nouvelle rubrique démarre « le billet de l’évêque ». Mgr Paul Desfarges ouvre la marche et nous encourage à ne pas perdre de vue l’essentiel.

En retrait, confinés, isolés, seuls, en famille, en communauté, en petits groupes, en prison, peut-être ne nous sommes-nous jamais autant sentis à l’unisson de notre monde ? Notre fraternité humaine, universelle, nous l’éprouvons d’une manière que nous n’attendions pas. Une commune émotion nous rend proches les uns des autres. Notre souffrance, celles de nos proches, les deuils de nos parents nous font éprouver une réelle compassion pour tous ceux et celles dont nous écoutons les nouvelles en Chine, en Italie, au Centre Afrique, au Canada, ou dans notre pays à Blida, Ghardaïa ou ailleurs. La fragilité de notre commune humanité nous rend proches.

Nous sommes aussi témoins et acteurs d’une solidarité planétaire du plus proche aux plus lointains. Les témoignages de bons samaritains, soignants ou aidants de toutes catégories abondent. Les anonymes dont personne ne parlera sont plus nombreux que ceux dont nous parlent les médias. Certes les égoïsmes et les lâchetés ne manquent pas. Certaines critiques, politiques ou autres, paraissent tellement vaines. Il est heureux de voir que l’attention fraternelle sans frontière a pris le dessus. Il s’agit de la vie et de la mort et nous sommes tous des humains avec un cœur pour aimer.

Notre Église participe à cet élan fraternel. La Maison Saint Augustin pour nos frères et sœurs âgés en est un signe, parmi bien d’autres. Les initiatives des curés et des aumôniers pour garder le contact augmentent chaque jour. Les familles goûtent le temps du vivre en famille. Cette année, nous faisons l’expérience des premiers disciples au matin de Pâques. Le retrait, la distance, le confinement (qui nous empêchent de nous réunir, d’aller prier ensemble, de célébrer ensemble) pourraient nous laisser dépourvus, désemparés, parfois tristes ou déprimés, ou dans l’angoisse, un peu hors du temps.

La question peut surgir : le Seigneur serait-il absent ? Et voilà qu’il est là, franchissant toute les portes des confinements, dont le plus important est celui de la peur. Il est là, apportant un goût nouveau à la prière personnelle, à la prière en famille, à la lecture de la Parole avec deux ou trois collègues de la cité universitaire. Sa Miséricorde traverse les écrans. Elle nous est signifiée d’une manière si forte par le Saint Père qui dans le Bénédiction Urbi et Orbi, à la ville de Rome et au monde nous transmet en direct le pardon de Jésus sur la Croix. C’est un pardon pour tous, oui pour tous, sans condition. Car Dieu est un Père qui aime tous ses enfants. « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le Seigneur se donne en communion, réellement, quand nous l’accueillons dans notre cœur et quand nous nous aimons les uns les autres. Oui c’est vraiment Pâques. Il est vivant. Il nous dit : « N’ayez pas peur, je suis avec vous ».

31 mars 2020

Mgr Paul Desfarges