Installation à Annaba de Mgr Nicolas Lhernould

Eglise d'Algérie
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Enfin ; enfin, enfin !

« Enfin nous avons un évêque ! », « Il est jeune ! » « Est-il vraiment français ? » « Ces prêtres sont plus vieux que lui », « j’ai fait une photo avec lui », « il est venu nous saluer », « il est roux comme le roi David ». « Son père est diacre, sera-t-il aussi prêtre ? », « il parle bien, il est simple, les autres diocèses seront jaloux », « il va souffrir parce qu’il y a plus de prêtres, de sœurs, d’étudiants et de moyens à Tunis qu’à Constantine ou bien ? » « Tunis a perdu un grand », « J’espère qu’il va nous aimer». « Sera-t-il à Annaba où à Constantine ? ». « On peut aller le voir chez lui ? » « Que peut-on lui offrir ? ». «Que devient notre père Jean-Marie Jehl ? »  Voici des interrogations, des soupirs, des émerveillements spontanés qui témoignent que les trois ans sans évêque ont creusé le besoin d’en avoir mais ce vide a aussi créé des énigmes.

Quand une merveille s’émerveille !

Samedi 29 février 2020 dans la Basilique Saint Augustin d’Annaba, quatrième jour du carême, on se croirait à Pâques ! Car « Ce jour que fit pour nous le Seigneur est un jour de joie ! » Une belle journée d’action de grâce, de rencontre et d’émerveillement. L’Église d’Algérie, témoin du oui renouvelé de Mgr Nicolas L’Hernould. Il a été installé officiellement, devant témoins, dans la liesse sur sa « Cathèdre ». Une suite logique de son Fiat et de son ordination épiscopale. Une liturgie riche en émotion, en son et en message. Que de symboles ! Les fidèles rassemblés le cherchaient parmi les évêques présents quand il tape par trois fois à la porte de la basilique. Le recteur lui ouvre grandement les portes, Mgr Paul DESFARGES, son prédécesseur lui donne la croix qu’il embrasse, il avance à l’autel avec les prêtres de Tunis qui l’accompagnaient en bénissant tout le monde. Mgr Paul DESFARGES commence la célébration par l’accueil de tous au Nom du Seigneur.

Le Nonce Apostolique lis la bulle en français, son secrétaire la reprend en arabe. Les prêtres de Constantine, ses premiers collaborateurs sont en face de lui. Le silence et l’attention de la foule étaient impressionnants et se traduisent ensuite par des applaudissements. Mgr Nicolas reçoit de son prédécesseur sa crosse, emblème du Bon Pasteur, signe de sa charge. Et de sa cathèdre, Mgr Nicolas LHERNOULD, accueille ses prêtres et à travers eux, tout le diocèse à lui confié. Il prend les commandes et préside ensuite avec toutes ses qualités spirituelles, la célébration eucharistique, appuyée par une chorale qui s’est donnée le temps et les moyens pour être à la hauteur de l’événement devant Dieu et son peuple. Ce fut l’occasion pour lui de saluer de près les autorités algériennes, Imams, militaires, ambassadeurs présents dans les premiers rangs de la basilique avant qu’elles ne se retirent.

L’Évangile est proclamé par son papa Pierre LHERNOULD, son fidèle et dévoué diacre, témoins de ses premiers pas en ce monde, dans le sacerdoce et maintenant dans l’épiscopat. Quelle merveille! L’homélie du nouvel évêque, la première de son épiscopat dans son diocèse fut tout aussi émouvant. C’est lui la merveille du jour, don du Seigneur à son Église de Constantine, c’est encore lui qui s’émerveille de ce qu’est cette Église : « Fragile ». Cette fragilité aurait pu l’effrayer mais non. Le diocèse de Constantine-Hippone et ses amis s’émerveillent parce qu’il a un père jeune, mais son père s’émerveille parce qu’il est d’abord un frère pour eux. Une homélie qui a répondu a beaucoup de questions posées dans les coulisses.

La joie du peuple de Dieu, a été également exprimée à l’offertoire par la culture burundaise, les présents significatifs de chaque paroisscrossee du diocèse de Constantine en plus du pain et du vin.

Un membre musulman du « Ribat-Salam » a souhaité la bienvenue à Mgr Nicolas. Il voit en sa charge d’abord, un fruit à admirer et par ailleurs, une charge tel un grain entre ses mains qu’il doit semer et faire fructifier. C’est alors qu’il lui souhaite beaucoup de sagesse pour en être à la hauteur.

Le Nonce très paternel, a loué et félicité Mgr Nicolas car il a mérité la confiance du Pape pour cette mission délicate qui demande patience et abnégation pour être tout entier donné à son peuple. Il devra être comme Jésus Bon Pasteur, sage, attentif aux prêtres, religieuses, religieux, laïcs et aux musulmans sur cette terre de Charles de Foucauld et des 19 martyrs d’Algérie. Il a remercié vivement le père Jean-Marie JEHL pour sa sollicitude pastorale pendant trois ans en tant qu’administrateur. Ses salutations se sont adressées aux autorités administratives, militaires et religieuses qui ont honoré ce temps fort de l’Église par leur présence. En effet, plusieurs jours à l’avance, les autorités d’Annaba se sont investies pour embellir la voie et l’espace de Lala Bouna. Merci au diocèse de Tunis qui l’a aimé, formé pour ses voisins d’Algérie.

Après la messe, les merveilles et les émerveillements ont continué dans les rencontres, les échanges, dans la visite du musée et des ruines d’Hippone. Le message final de Mgr Nicolas à ses diocésains de Constantine est en résumé ceci : «Je viens m’émerveiller en ce que vous vivez, faites-le-moi sentir. Quelles sont les plateformes de rencontres que Dieu attend de nous ? Continuons ensemble la patience de Dieu à l’écoute de Dieu et du monde algérien. Merci pour tout ce que vous avez dit et ce que vous êtes etc. ».

Rosalie SANON, SAB

 


 

Basilique Saint Augustin

Une Journée mémorable

Un samedi 29 février, l’espace d’une journée, la basilique de saint Augustin- perchée en haut de la colline d’Hippone et dominant les plaines fertiles, la vieille ville avec une vue magnifique donnant sur la méditerranée- assume pleinement son destin chrétien. C’est dans ce joyau architectural ou ce patrimoine universel chargé d’histoire dégoulinante de gloire et truffé de vestiges du passé que l’église catholique d’Algérie a accueilli dans la sérénité et la joie l’installation de l’évêque Mgr Nicolas Lherhnoud pour prendre possession de ses fonctions dans l’évêché de Constantine et d’Hippone.   

 Un événement de grand intérêt pour les chrétiens d’Algérie et d’ailleurs,   car très attendu depuis trois longues années. Les fidèles de l’Église catholique sont venus nombreux pour prendre part à cette eucharistie qui ressemblait à une fête pleine de surprises. Des quatre points cardinaux de l’Algérie, de Tunis, de France et d’ailleurs, ils ont arpenté les chemins qui montent à la basilique pour vivre des moments d’enchantements et de ferveurs. Une assemblée chaleureuse gratifiant l’humain dans toute sa dimension sur cette terre noircie de douleur qui clame haut et fort le vivre ensemble et la tolérance à l’endroit des autres religions.

L’espace d’une journée, Lalla Bouna est ressuscitée pour dire que la force de l’Algérie est dans la liberté et la liberté du culte. La richesse de cette terre réside dans la différence. Les chrétiens d’Algérie ne devraient pas se cacher pour vivre leur foi. Les chrétiens et tous les autres ne devraient pas avoir peur sur cette terre généreuse.  Car nul  n’a le droit d’altérer la prière des hommes. Nul n’a le droit de prétendre détenir la vérité absolue. L’Algérie est plurielle de par son histoire, de par son interaction avec les religions monothéistes et de par ses vocations originelles de terre d’accueil, de tolérance et de générosité.

En cette belle journée mémorable, il y avait  du soleil, de la gaieté  des visages égayés par des sourires et l’émerveillement autour de ce pays fascinant. Le brassage humain était au rendez vous. Les couleurs, les paroles salutaires, les sillons de la paix, de la fraternité et de l’amour étaient entièrement esquissés.

  Un arc-en-ciel de décibel, de chant religieux, de prières, de danses et de rituels. Les retrouvailles, les accolades et la paix imprégnaient cette cérémonie religieuse. Une fresque de toute beauté qui invitait l’Algérie à rejoindre les valeurs intrinsèques de l’humanité. Également à interroger un passé dense qui plonge ses racines dans le tréfonds des âges.   

Au-delà de cet événement chrétien caractérisé par l’installation de l’évêque de Constantine et d’Hippone, la réconciliation de l’algérien avec sa culture plurielle et sa mémoire collective nécessiteraient d’être revisitées. C’est également lui donner la possibilité de repenser ses déchirures plurielles et d’opérer, sans retenue aucune, les changements nécessaires pour établir les vrais ponts avec la civilisation et le monde.    

Abdelhamid. Ouchtati
Publié sur le journal « Le Provincial » Constantine


 

 


 

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