Disciples-missionnaires

Eglise d'Algérie
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Au cours du dernier mois de Ramadan, j’ai été reçu dans plusieurs familles pour partager leur repas de rupture du jeûne. A Batna, Tébessa, et surtout bien sûr à Constantine et Skikda. Mais aussi au bord de l’autoroute vers Chelghoum Laïd et une autre fois vers Sidi Bel Abbès. Cette dernière fois, ce n’était pas dans un « restau du cœur » pour voyageurs, mais ce sont les employés d’une station d’essence qui ont partagé ce qu’ils avaient apporté de la maison avec les six occupants de mon véhicule ! Dans plusieurs de ces occasions, je n’étais pas seul, mais avec des hôtes de passage ou avec des étudiants de la communauté chrétienne. Première occasion souvent pour eux de partager « le ftour » familial et aussi d’être accueillis dans une famille.

L’hospitalité est vraiment un beau signe, comme son pendant qui est de se rendre chez l’autre. Point n’est besoin de discours. Notre joie n’est-elle pas la même quand des amis musulmans nous font l’honneur et la joie de venir chez nous, et même d’y prendre un repas ?

 Lors de certaines de nos sessions à Skikda, nous invitons un certain nombre d’amis ou voisins à venir participer à la soirée finale, au repas, mais aussi à la présentation de quelques fruits de la session : créations, jiving, chants, gestuation de récitatifs, … Certains viennent « sur la pointe des pieds », c’est-à-dire en se demandant ce qui va leur arriver, ce qui va se passer. Mais confiance et/ou curiosité sont les plus fortes. D’autres ont davantage l’habitude et viennent plus détendus. Le premier étonnement de certains est d’ailleurs de se demander comment ces jeunes ont pu vivre une semaine ensemble sans qu’il y ait eu des bagarres !

De même, dans certaines rencontres de secteur à Constantine, nous invitons des amis musulmans à une partie de notre réflexion sur un sujet le jeudi en fin de journée (la dernière fois, c’était sur la pédo-criminalité) et terminons en dînant ensemble, et nous avons le vendredi matin une réflexion plus directement chrétienne sur ce même sujet.

Dans d’autres lieux, des amis musulmans viennent rejoindre la communauté pour un moment convivial qui suit la célébration de Noël ou de Pâques ou bien viennent rendre visite le lendemain, ou voir la crèche.

Ce que j’aime dans ces occasions, par rapport à d’autres invitations possibles en cours d’année, c’est que nous vivons un moment d’amitié sans mettre de côté notre foi religieuse, mais au contraire nous nous partageons avec délicatesse un moment fort de notre vie religieuse. De manière discrète, sans discours, sans chercher à prouver quoi que ce soit, simplement en associant l’autre à un moment qui, spirituellement, est important pour nous.

Le pape François a introduit dans notre vocabulaire une expression inusitée, celle de « disciple-missionnaire ». Il dit que l’un ne peut pas aller sans l’autre, mais que ce qui est premier, c’est d’être disciple, de vivre en disciple et en cela nous serons missionnaires. Quand j’accueille au moment d’un temps fort de ma vie de foi ou que je suis témoin de l’effort de l’autre dans sa vie de foi, que je partage un moment important pour moi ou pour lui avec une grande délicatesse, nous nous « influençons » beaucoup plus que quand nous imposons à l’autre un discours ou une argumentation. Nous nous stimulons et nous encourageons mutuellement dans notre élan de fraternité et dans notre élan spirituel. En revanche, prétendre être missionnaire sans être d’abord dans une vie de disciple, de frères, serait du prosélytisme, et celui des chrétiens comme celui des musulmans est toujours insupportable à l’autre.

Nous pouvons nous souhaiter les uns aux autres, chrétiens et musulmans, d’être de vrais disciples-missionnaires.

Michel Guillaud