Pax & Concordia : témoins

Ramadan 2020, l’année de l’inédit

Bibia & Farah-Sarah BENKHABCHECHE

Témoins
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Les fidèles musulmans viennent de fêter l’Aid El Fitr tout comme les chrétiens la Semaine Sainte, dans un confinement frustrant mais pour la bonne cause. Bibia & Farah-Sarah BENKHABCHECHE, nous ouvre leur cœur et leur foi en ce moment sacré de sa vie de croyante. La pandémie semble avoir annulé une partie importante de ce moment, celle des visites fraternelles et amicales. Mais la prière a tenu tête à la pandémie. Quoi de mieux ?


L’année de l’inédit

Chaque année, le mois sacré de Ramadan est attendu avec beaucoup d’enthousiasme, de joie et de multiples préparatifs tels que le grand ménage de toute la maison, rangement général, et bien sûr travaux culinaires bien spécifiques. Tout est fait comme pour recevoir un invité cher, aimé et rare. Ensuite chacun s’efforce de s’améliorer spirituellement, de changer ses comportements vers le mieux et multiplier le partage entre tous.

Le Ramadan, cette année, n’est semblable à nul autre. Les circonstances, marquées par l’apparition de la pandémie du corona virus et le confinement qui en a découlé, ont fait qu’il a été vécu autrement que par le passé, que ce soit dans le travail, dans la rue ou à la maison. J’ai été obligée comme beaucoup de remplir mes missions professionnelles en recourant au télétravail qui fût pour moi une expérience inédite et qui comportait beaucoup de difficultés du fait de la mauvaise qualité des connexions et de l’indisponibilité récurrente du réseau sans parler aussi de se retrouver face un public sans réelle expérience.

L’empreinte spirituelle que j’ai ressentie durant les Ramadans passés est pour celui-ci altérée par le stress et la peur qui m’ont envahi bien avant le mois de jeûne ainsi que la séparation et l’éloignement de l’être cher qui commence à peser lourd et aussi la pression du travail réalisé bien différemment. Les soirées, autrefois si riches en visites familiales et sorties nocturnes pour prier aux mosquées, assister à des concerts ou faire des achats se sont limitées au confinement et sa triste routine amenant à perdre la notion du temps et ne plus savoir quel jour nous étions. Ce n’est qu’à la fin du mois sacré que j’ai entrevu un semblant de retour à la vie normale lorsque ma mère et ma sœur qui priaient toute la nuit, me réveillaient pour les rejoindre. Quelques fois mon esprit a prié avec elles mais mon corps fébrile et fatigué n’a parfois pu répondre à leur appel ni à mon envie de me réveiller et de prier. Une nuit je me suis levée et j’ai vu ma mère qui préparait les gâteaux pour la fête de l’Aïd. Confinement oblige, nous avons dû les manger seuls et personne n’a frappé à la porte pour venir nous souhaiter une bonne fête.

Curieusement le jour de l’Aïd, à l’heure habituelle de la rupture du jeûne, nous sentons une certaine mélancolie…

Ramadan, notre précieux invité est parti……déjà nous sommes nostalgiques, ce précieux temps nous manque déjà.

Nous nous posons alors la question : Quand allons-nous nous revoir ?

Car quelque part il nous manque déjà.

Farah-Sarah BENKHABCHECHE

 


 

Frik pour la chorba, dattes achetées, gâteau préparé, nouvelle vaisselle… Tout est prêt pour le Ramadan. On s’apprête à débuter le mois de jeûne, bien que cette année soit celui de l’inédit ! Sans possibilité de retrouvailles familiales, amicales et pas de prières à la mosquée, c’est nouveau. Je crois que Dieu a voulu nous inculquer une nouvelle manière de rapprochement en ce mois sacré. Ramadan, le quatrième pilier de l’Islam, c’est le mois le plus saint par excellence, il se constitue au jeûne et comprend Laylat El Quader (la nuit du destin) c’est la nuit de la révélation du coran, consacrée à toutes sortes de prières. Ces dernières sont qui sont immanquablement exaucées.

Pendant cette période, nous sommes invités à nous abstenir de boire, de manger, de fumer et d’avoir des relations sexuelles de l’aube jusqu’au coucher de soleil. Seules les gens âgées, les malades, les voyageurs, les femmes enceintes et les enfants en sont dispensés.

Ramadan ne se résume pas seulement à l’abstinence alimentaire et sexuelle, c’est tout un cheminement spirituel ou je cherche moi-même la purification de mon âme et l’éloignement des mauvais penchants. C’est l’occasion de se surpasser, en multipliant mes prières, mes lectures coraniques et manifester tout mon amour de partage avec les autres. Ramadan, c’est la générosité envers autrui ainsi que les morts (nous prions beaucoup pour eux en cette période sereine), c’est aussi le temps de la compassion, du courage et de la dévotion.

Pour ma part j’essaie d’accomplir un maximum de prières, d’invocations, je lis le coran en sa totalité, je fais des dons et je partage autant que je peux, parfois même avec un petit sourire.

Je considère cette période comme étant la meilleure de l’année, une véritable ressource spirituelle et une nouvelle naissance de mon être intérieure.

Ramadan s’apprête à partir en laissant un grand vide très vite comblé par la joie de la fête de l’Aide, cette dernière que j’adore et spécialement le rituel de la visite des cimetières .
Aidkum Mabruk .

Bibia BENKHABCHECHE

 

 

Propos recueillis par
Sr Rosalie SANON, SA