Pax & Concordia : témoins

Cité universitaire de Tlemcen confinement, témoignage.Trois questions à Maeva et Mirana

À gauche : Mirana Njakatiana Andriarisoa. À droite : Maevasoa RANDRIAMISELY

Témoins
Typography

Maevasoa RANDRIAMISELY, viens de Madagascar, actuellement étudiante en première année Master à Tlemcen. Elle vit en Algérie depuis quatre ans et a bien voulu répondre à nos questions.
Mirana Njakatiana Andriarisoa viens aussi de Madagascar, elle poursuit un master en politique énergétique au sein de l’Université Panafricaine des Sciences de l’Eau et de l’Énergie

En tant qu'étudiant étranger comment vivez-vous ce confinement dans votre université, racontez-nous?

Maeva :
Cité Universitaire 19 Mai 1956 Kiffane Tlemcen Pour répondre à la première question je dirais que je vis le confinement à peu près comme la plupart des jours de vacances surtout en été en Algérie. On pourrait dire que j’y suis habituée à seule des exceptions près bien sûr de différentes instructions. Mais je dirais que ce temps est plus avantageux car il me permet de prendre du recul sur ma vie , et d’avoir aussi du temps pour d’autres projets plus personnel en plus des études. Je profite donc de ce temps pour pouvoir discerner et réorganiser un peu ma vie , vous voyez histoire d’essayer d’inculquer de bonnes habitudes. Le temps passe vraiment vite ici à la cité. Au réveil , je fais ma prière et une petite méditation de la Parole sur une application sur mon portable. Puis j’essaie de faire du sport. Je réserve souvent ma matinée pour faire les travaux à rendre de la fac. Après je prépare le déjeuner et je déjeune. L’après-midi je peux continuer de travailler jusqu’à 19h -20h pour finir le travail et être en paix les jours à suivre. De temps en temps ,on a des cours par vidéoconférence, j’y assiste et fais aussi mes tests. Je me donne aussi un petit moment pour échanger avec mes amis, ma famille. Un moment que j’apprécie beaucoup en ce moment c’est lors des partages des vivres et voir toutes les filles main dans la main pour que le partage soit juste et équitable et se déroule bien. C’est magnifique à observer ! et je tiens vraiment à remercier l’Algérie de prendre si bien soin de nous durant cette période de crise, je leur suis infiniment reconnaissante pour tous les efforts qu’ils fournissent pour nous aider. Les petits moments de partage biblique avec quelques filles aussi me permet de comprendre la Bible de différents point de vue et c’est vraiment enrichissant. Les rencontres par zoom et les prières dominicales ont bien amélioré les semaines du confinement.

Mirana :
Dans mon cas, je devrais être dans un autre pays pour un stage de fin d’étude mais vu qu’on ne peut pas voyager, je suis restée en Algérie. Je travaille sur mon mémoire en faisant des recherches en ligne et en communiquant avec mon tuteur par des réunions sur Zoom. Toutefois, cela me stresse un peu de ne pas pouvoir voyager à mon lieu de stage et de collecte de données.

Sinon, rester en Algérie pendant le confinement a beaucoup d’inconvénients, mais aussi des avantages. Le côté négatif, c’est d’abord l’état de la cité dans laquelle on est confiné : les fuites d’eau, les éventuels problèmes d’électricité, la propreté, les chats partout. C’est un peu désagréable et le fait d’être coincée à la cité pendant des mois sans sortir m’a rendue un peu nerveuse. Moi j’ai l’habitude d’aller au cours ou d’être dehors et de ne rester ici que le soir, mais maintenant on est obligé. Mais en tout cas je me suis habituée, et on essaie de gérer la situation. Mon souci aussi c’est de devoir encore rester ici pendant l’été qui est extrêmement chaud en Algérie alors qu’on n’a pas de climatiseur. Je crois que je devrais m’acheter un ventilateur si je peux.

Confinement - vivres à la cité La Rocade 6 à Mansourah TlemcenNéanmoins, le côté positif d’être confinée en Algérie c’est d’abord que le gouvernement nous partage des vivres. Même si cela ne répond pas à tous nos besoins, cela aide énormément et je les remercie. Au début, quand ils ne distribuaient t pas encore de vivres, il y avait les amis, les autres étudiants et les Focolare qui nous ont aidés à faire des achats et je leur suis très reconnaissante. L’entraide au sein de la communauté nous aide beaucoup à tenir le coup. Il y avait par exemple un moment où j’avais un problème de santé, mais un membre du Focolare au sein de la communauté m’a beaucoup aidée. À part cela, ce qui est bien aussi en Algérie, c’est que l’internet n’est pas très cher et cela nous permet de rester toujours en contact avec la famille et les amis. De plus, au sein de la cité, ce n’est pas qu’on reste toujours dans notre chambre, on a une grande cour et du jardin ou on peut marcher ou faire un peu de sport.

Les examens sont reportés à la rentrée, quels sont vos projets durant la période à venir?

Maeva :
Pour le moment, je vis vraiment du moment présent. Mais j’espère pouvoir reprendre nos organisations pour les rencontres entre étudiants étrangers, pourquoi pas un petit moment avec les enfants, retrouvaille entre communauté. Toutefois, c’est encore difficile de s’y projeter car on ne sait pas encore les différents mesures post-confinement et je doute fort que le regroupement sera vite accepter par les autorités mais j’ai foi. Du coup, comme tout jeune, en attendant que tout cela puisse se faire, je vais juste me mettre à apprendre et me former et à lire , c’est le bon moment pour cela. J’essaie d’apprendre et réapprendre et perfectionner les activités comme la cuisine, la couture, la musique, le dessin, et les langues et aussi mes autres cercles d’intérêt comme la psychologie ou l’agriculture et tout ce qui concerne la relation entre nature et homme. Ce temps me permet de m’exercer quotidiennement et j’en profite.

Mirana :
Pour moi, cette décision ne m’affecte pas puisque j’ai déjà fini le cours. Il ne me reste plus que le travail de mémoire et la soutenance prévue au mois de septembre, donc durant la période à venir, je travaille sur cela. Je prévois de voyager au Kenya pour mon stage au mois de juillet si la situation me le permet, sinon je ferai tout en ligne depuis l’Algérie.

Privés d'Eucharistie, quelles conséquences dans votre vie de chrétienne, avez-vous l'impression que votre rapport avec Dieu a changé?

Maeva :
Je peux vous avouer que mes premières semaines n’étaient pas facile parce que je me nourrissais beaucoup de cette présence et communion physique et tangible. Du moins à ce moment je pensais que c’était un des moments que je pouvais sentir une vraie présence de Dieu. Et après quelque temps , je me sentais vide, j’ai dû demander à l’Esprit Saint de m’aider à prier et ressentir la présence de Dieu sans cette présence disons physique. Et là , je suis tombée sur les prières en Live de Taizé. Et un jour en priant en fait , je me suis rendu compte que Dieu a peut-être voulu que je le connaisse plus profondément, Il veut construire une relation plus profonde entre nous ,et c’est une relation qui est en fait ancré en moi, La Foi. Cette relation est amplement suffisante et est la base et il se peut que je n’ai besoin de rien d’autre. En tout cas je suis encore en attente de réponse mais ça m’a poussé à apprendre à méditer, à observer la nature et à pressentir la présence divine de Dieu à travers la danse des oiseaux au coucher du soleil, une étoile brillante dans la nuit. La leçon spirituelle que j’en tire de ce confinement est que je peux voir Dieu à travers tout, et que je peux toujours ressentir sa présence au plus profond de moi.

Mirana :
En effet la messe du samedi soir me manque énormément. Pourtant, même privés d’Eucharistie, cela ne change pas le rapport avec Dieu vu qu’Il demeure toujours dans nos cœurs. Et même au contraire, cette épreuve nous rapproche plus de Dieu vu qu’il est notre rempart et qu’on met nos soucis en lui.

De plus, on reste toujours unis au sein de la paroisse en se joignant à des réunions de prière sur Zoom chaque semaine, et chacun y participe. Ce qui nous encourage et nous fait beaucoup plaisir aussi c’est que Père Jean et le Père Michel nous rendent visite parfois à la cité. Particulièrement durant la période Pascale, ils nous ont apporté des croix, des bougies et partagé les textes sur Whatsapp, ce qui nous a permis de célébrer les offices et Pâques, même si on ne pouvait pas aller à l’église. Les Sœurs de Hennaya nous ont aussi envoyé des chocolats et des jolis masques qu’elles ont fabriqués elles-mêmes. Bref, même si on ne peut pas se réunir physiquement, cette période de confinement a renforcé le lien dans nos cœurs et notre amitié et fraternité au sein de la communauté, et on sent vivement la présence de Dieu.

À part cela, ce confinement a aussi démontré une fois de plus le lien fraternel entre musulmans et chrétiens en Algérie. En effet, de nombreux amis algériens appellent et sont disposés à aider pour quoi que ce soit dépendant de leurs moyens. Une organisation de jeunes algériens à Tlemcen a particulièrement proposé de nous aider en termes de vivres, ce qui nous a beaucoup émus.


Tlemcen le 25 mai 2020