Pax & Concordia : témoins

Les différences, un défi !

Témoins
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A Beni-Abbès. en Algérie, de 2013 à 2018, petite soeur Marie-Dominique a vécu dans cette fraternité le défi de l'internationalité, de nos différences... Une expérience de vie communautaire très forte ! Comment surmonter les difficultés? Elle nous partage le trésor qui les a fait vivre...

 Beni-Abbès. Prononcer ce mot, c’est évoquer ses belles dunes de sable qui s’étendent à l’est sur 300 kilomètres, le désert de cailloux, vers le sud et l’ouest, sa palmeraie.., un lieu où frère Charles a vécu.., un lieu-source, fondateur pour nous. C’est pourquoi petite soeur Magdeleine a voulu y planter une fraternité de petites sœurs dès 1950.

Ici, notre mission première est l’adoration et la prière pour le monde entier. Le lieu avait été choisi par frère Charles en retrait du village pour garder cet espace de silence. Chaque semaine, à tour de rôle, nous prenons un jour de retraite et de silence que nos voisins connaissent et respectent.

On m’a proposé d’y venir fin 2013 et c’est avec regret que je viens de le quitter à 78 ans, ayant eu jusque-là encore quelques forces pour cultiver le jardin de frère Charles. Pendant ces années, nous avons vécu une mutation, l’équipe des anciennes ayant été remplacée par des plus jeunes. Quand nous nous sommes retrouvées, nous avons dû apprendre à nous connaître, nous respecter dans nos différences de pensée, de culture... puisque nous venions des quatre coins du monde : la Pologne, le Viet-Nam, la République Démocratique du Congo, la France, la Belgique... J’étais un peu comme une grand-mère puisque trois tournaient autour de 50 ans.

Tout aurait pu nous séparer, car la différence se glisse dans les petites choses du quotidien : la nourriture, la façon de penser ou de prier; diverses sensibilités... Ainsi Iwona avait vécu pendant des années dans une paroisse de rite oriental. Il y a aussi la difficulté de la langue : d’abord le français, indispensable pour nos échanges entre nous; puis l’arabe pour la rencontre avec les gens du village.

Un exemple concret de ces différences me vient à l’esprit; nous avions reçu en cadeau une botte d’oignons à repiquer, mais il y avait urgence, car ils avaient un peu souffert. Avec Béatrice, nous nous mettons à l’ouvrage, côte à côte... Chacune travaille à sa manière, selon ses habitudes. En finissant, je me retourne et lui dis « Reste à voir maintenant quelle méthode est la meilleure et à attendre le résultat !! » En fait, après moins d’un mois, il n’y avait déjà plus de différence et la récolte fut belle !

 Notre amour commun pour la Fraternité et notre désir de vivre son message a été le ciment qui nous a aidées à tenir et à cheminer ensemble.

 Mais nous y avons mis le prix : Chaque semaine, nous faisions une relecture de vie approfondie en suivant un plan qui nous a beaucoup aidées :

. Qu’est-ce qui m’a donné le goût de vivre durant ces huit jours : les joies, les attentions, les rencontres... ?

. Qu’est-ce qui m’a été plus difficile, qui m’a fait de la peine ou que je regrette ?

. Comment ai-je vécu le charisme ou est-ce que j’ai senti que je m’en éloignais ?

. Qu’est-ce que nous pourrions faire mieux, personnellement ou ensemble ?

 
Laisse tomber et garde le sourire !
petite soeur Magdeleine à Jeanne postulante

 


C’était vraiment un temps d’écoute non-stop, l’idée étant de pouvoir aller chacune jusqu’au bout de sa pensée, de son explication.

Les quiproquos n’ont pas manqué à cause de la langue ou autre. Il vaut mieux avoir un peu d’humour certains jours. Tout cela nous a aidées à grandir dans la confiance et le respect de l’autre.

Je me souviens de notre interrogation commune quand nous nous sommes retrouvées : comment rejoindre les quelque 12 000 habitants alors que nous étions nouvelles et peu initiées à l’arabe ? Si, de notre côté, nous connaissions peu de gens, eux connaissaient et voyaient vivre des petites sœurs depuis plus de 60 ans et, grâce à cette longue présence, nous faisions partie du village, partageant ses joies et ses peines. Nous avons donc décidé, dès qu’un décès nous était signalé, d’aller, comme c’est la coutume, visiter la famille dans l’épreuve, la porte étant ouverte à tous... D’emblée, nous avons été accueillies avec chaleur et nous avons découvert que le village n’était qu’une grande et même famille dont nous faisions partie nous aussi, les ‘nouvelles’. Cela nous a donné beaucoup d’élan et de joie pour les rejoindre.

C’est donc le cœur un peu lourd que j’ai quitté ce lieu, ses habitants, mes sœurs... mais remplie d’action de grâces pour ce chemin d’humanité et grâce à mes sœurs, concrètement, le monde entier est devenu ma famille.

 C’est difficile d'avoir le cœur ouvert à tous les êtres humains. Vous n’avez pas le droit d’en exclure un seul, sinon votre amour est sapé dans sa base d’universalité et le mal est entré dans votre cœur. Il détruira tout...
pte sr Magdeleine


petite soeur Marie-Dominique