Pax & Concordia : témoins

La longue fidélité de la présence des Sœurs Blanches et des Pères Blancs en Algérie

Témoins
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Monseigneur Charles Martial LAVIGERIE.
Ses armes : un pélican qui nourrit ses petits de son sang
sa devise : Caritas

Monseigneur Charles Martial LAVIGERIELe 22 Mars 1863, est Ordonné évêque de Nancy, à l’Eglise Saint Louis des Français (Rome) Monseigneur Charles Martial LAVIGERIE. Ses armes : un pélican qui nourrit ses petits de son sang et sa devise : Caritas, disaient clairement ce qu’il voulait être. Sa sollicitude s’étendait à tout, et son zèle ardent devait promouvoir d’utiles réformes. Il était préoccupé de la formation des prêtres et des religieuses et avait le souci particulier de l’éducation des filles. En octobre 1863, il fondait l’institut des Filles de l’Assomption Notre Dame destiné à l’éducation de la jeunesse.

En 1866, proposition lui est faite du siège apostolique d’Alger, suite au décès de Monseigneur PAVY. C’est le 15 Mai 1867 que le nouvel archevêque Pères blancs Ghardaïaarrive à Alger, il se rend compte des nécessités de l’apostolat africain. La sécheresse et les sauterelles détruisent une grande part des récoltes et provoquent un désastre : plus de 60.000 morts de famine… A cela s’ajouta le typhus. Mgr Lavigerie voit affluer de nombreux orphelins. Les différentes congrégations, Sœurs de la Doctrine chrétienne, les sœurs du Bon secours, les frères des Écoles chrétiennes sont assez vite dépassés… L’urgence de la maladie et de la famine levée, que faire de ces nombreux orphelins ? Voici ce que disait alors l’archevêque d’Alger : « j’ai voulu accomplir mon devoir d’évêque en recueillant ces orphelins ; ce n’est pas pour les livrer, après quelques mois, sans protection, sans défense, sans parents, garçons et filles… mieux aurait valu mille fois les laisser périr. » Pour cela, Mgr Lavigerie est prêt à se battre… il ira jusqu’à Biarritz pour rencontrer l’empereur Napoléon qui y est en visite. Il obtiendra finalement la lettre lui octroyant la possibilité de prendre en charge ces orphelins. Mais les sœurs de la Doctrine Chrétienne qui avait accepté de garder les orphelins jusque là, ne peuvent pas continuer. Mgr Lavigerie fait alors appelle aux Sœurs de Saint Charles de Nancy. Il se rend compte qu’une congrégation déjà existant avec son but et ses règles propres, ses œuvres bien organisées ne pourrait jamais se plier aux exigences et aux rudes nécessités de l’apostolat en Afrique. L’idée de fonder un institut de religieuses destinées aux missions se fait de plus en plus pressante. En 1869, une année après le début de la société des Pères Missionnaires (Pères Blancs), Lavigerie chargea un de ses prêtres d’aller chercher des postulantes en France, le 9 septembre, 8 d’entre elles arrivèrent sur Alger. C’était le début des Sœurs Agricoles et Hospitalières du Vénérable Géronimo, du nom de ce jeune converti et emmuré du côté d’Oran. La formation de ces jeunes est confiée aux sœurs de l’Assomption. Le premier noviciat commencera du côté de Ben Aknoun mais sera assez vite transporté à Saint Charles entre Bir Mourad Rais et Kouba. Les premiers voeux ont lieu le 30 Avril 1871. Ce sont les premières Sœurs Blanches.

Communaauté soeurs blanches hydraLe Sud Algérien sera un lieu de prédilection pour le vécu de l’apostolat des Sœurs Blanches. En 1872, alors que la jeune congrégation ne compte qu’une dizaine de membres, 3 sœurs sont envoyées à Laghouat. C’est la 1ère communauté après celle de la maison mère/Noviciat. Les sœurs y commencent un ouvroir. Au fil des années d’autres engagements vont voir le jour, notamment les soins à l’hôpital et l’artisanat. C’est en l’an 2000 que les sœurs quittent définitivement cet endroit. Ce fut ensuite à Biskra en 1891 que s’ouvre une communauté pour un ouvroir et l’artisanat, puis une autre en 1895 au service des hôpitaux civils et militaires. Après le temps de l’implantation, de  « l’expansion », vient le moment de savoir quitter. C’était en 1975. Une autre communauté s’ouvrira à El abiodh Sidi cheikh mais ne durera que 3 ans. A Ain sefra , la présence des SMNDA (Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique) durera 50 ans de 1927 à 1977 ; tandis qu’à Touggourt, les sœurs y resteront de 1932 à 1991 avec un impact encore visible à travers l’artisanat et l’ouvroir encore actifs aujourd’hui. A El Goléa, les sœurs y auront jusqu’à 3 lieux d’insertion : El Goléa Ste Anne à partir de 1921, El Goléa St Joseph de 1942 à Août 1957 et El Meniaa jusqu’en 2007. L’engagement a toujours été en faveur des plus fragiles femmes dans les villages reculés et des enfants handicapés que l’on cache très souvent. Dans la région de Ouargla, entre 1912, année d’ouverture de la 1ère communauté et septembre 1990, fermeture de la dernière communauté, les sœurs y ont passé 78 ans dans 3 communautés différentes au service de l’ouvroir et des soins de santé. A Djelfa, nous avons eu une communauté entre septembre 1942 et juin 1978. La présence des sœurs blanches à El OUED, dans l’artisanat et les soins de santé, a duré d’octobre 1942 jusqu’en septembre 1987. Enfin, à Adrar, les sœurs ne sont restées que 7 ans entre 1944 et 1951. A Ghardaia, la première communauté ouvre en 1892 (année de la mort du fondateur). Il y aura au fil du temps jusqu’à 4 communautés engagées dans les soins à domicile et à l’hôpital, l’ouvroir de tissage et l’artisanat. Une communauté y est encore présente aujourd’hui avec 4 sœurs. Elles poursuivent humblement la mission d’être porteuses d’Espérance auprès des femmes, et des enfants.

Ces lignes trouvent un écho dans ce qu’écrit le père Jean-Marie Amalebondra (Pb) dans le bulletin d’information des Pères Blancs du Maghreb (Relais Maghreb) :

« …nous voulons reconnaître que dans notre liberté il y a un germe de Dieu en place depuis toujours… c’est pourquoi même dans le moment le plus sûr, dans le moment où nous nous croyions au pouvoir, au contrôle et seuls maîtres, même quand nous avons été convaincus que c’est notre vision de l’Église qui est la seule vision… nous avons également confessé que malgré ce détournement ce germe de Dieu en nous a toujours su se manifester autrement, il s’est toujours dévoilé sous un autre aspect du royaume… Ainsi, les années sont passées, les apostolats ont changé de forme… les individus : les pères et leurs collaborateurs sont venus, ils sont partis… les pays d’accueil, pour notre cas l’Algérie a changé de système. Nous sommes passés des écoles, des grands centres de formation professionnelle et de l’artisanat, des infirmeries, des ouvroirs, des rachats des jeunes esclaves,… aux petits centres culturels, aux petits cours de soutien, au simple accueil des migrants, aux courtes visites des prisonniers… Nous avons quitté les grandes églises, bien visibles souvent au cœur des agglomérations, aux petites salles de prières presque dissimulées dans nos lieux de vie…Toutefois, le royaume de Dieu est resté présent au cœur du monde. De la même manière que le germe de Dieu en nous se soumet à notre volonté et à nos goûts humains, ainsi le Royaume de Dieu s’est soumis et accepte encore de prendre forme dans nos différents environnements pastoraux, dans nos différentes insertions apostoliques, aussi bien dans notre présence visible en tant qu’Eglise, que dans notre petitesse et notre fragilité numérique si souvent réduite à ceci : un petit groupe d’étrangers vivant éparpillés dans le Sahara… »

Père BlancsComme il y a 150, 100 ou 50 ans, ce qui animent les sœurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique et les pères Missionnaires d’Afrique, c’est l’amour de ce Dieu fidèle qui aime toute personne inconditionnellement avec une préférence pour les sans voix, les plus démunis. C’est également, un aspect spécifique de notre charisme : « se faire tout à tous ». Un être avec qui se décline dans l’apprentissage de la langue, des us et coutumes du milieu et le zèle apostolique quelque soit l’activité dans laquelle nous sommes engagées. Nos aînées avaient l’avantage d’être des initiatrices dans plusieurs domaines et/ou de s’insérer dans des structures étatiques ou ecclésiales bien organisées. Ils/elles ont relevé les défis de leur temps. Aujourd’hui, nos insertions sont plus réduites et nous devons chercher comment continuer à être présentes de façon plus discrète. Cela demande une bonne dose de foi, d’abaissement et d’humilité. Cela engage aussi les nouvelles générations qui arrivent en Algérie, dans un processus d’acceptation du sentiment d’inutilité et même de rejet dans la persévérance. Heureusement, Les longues années de présence fidèle, de respect et de service gratuit de nos aînées, ont tissé un tissu de bienveillance de la part de quelques amies sur laquelle nous pouvons compter. C’est un motif d’action de grâce pour nous. Nous nous appuyons sur cet espace de confiance et de rencontre possible pour continuer à vivre notre charisme dans la fidélité et la créativité. Le thème de l’année jubilaire que nous célébrons avec nos frères Pères blancs  s’exprime ainsi « Avec le Christ, toujours fidèle à l’Afrique ». Avec chacune des sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique, Pères Blancsd’hier et d’aujourd’hui, nous continuons de prier : Seigneur Jésus, que ton amour nous unisse, que l’Amour de l’Afrique transforme nos cœurs. Les enfants d’Afrique dans le monde ont encore besoin de femmes porteuses d’Espérance, collaborant avec d’autres pour un monde de paix et plus juste. Conscientes de notre petit nombre et du fait de ne pouvoir nous engager partout, nous avons fait l’option de ces quatre(4) priorités apostoliques : l’engagement à prendre soin de l’environnement, lutter contre la traite des personnes/le trafic humain, l’engagement auprès des migrants/ refugiés, le dialogue inter culturel/interreligieux… Ces orientations sont des fils rouges qui traversent tous nos engagements et conditionnent nos choix de collaborations. Ces orientations, nous les partageons étroitement avec nos frères Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs). C’est pour cela j’aimerais terminer ce petit partage avec un extrait de l’homélie du Père Jean-Marie Amalebondra K. (Pb) donnée à la messe de la célébration de notre Jubilé à Ghardaïa, le 9 avril dernier :

Célébrer 150 ans de notre fondation, ce n’est pas seulement énumérer tout ce que les pères et les sœurs ont fait au fil des ans et essayent de vivre encore aujourd’hui. Pour célébrer ces 150 ans de chemin, nous voulons renouveler deux actes de foi :

Premièrement, nous voulons rendre grâce à Dieu. Il a été fidèle envers nous. Il nous a fait confiance, il a fait confiance à l’humanité de chacun des pères et des sœurs… il nous a laissé la liberté de donner une orientation à la mission ici dans le Sahara. Nous lui rendons grâce aussi, puisque dans notre liberté, dans nos différents choix, mêmes les choix les plus égoïstes qu’ils soient, ce Dieu a gardé sa place, il n’est jamais parti. Nous croyons qu’il soit intervenu à sa manière dans chaque décision importante, ou du moins il a intégré avec nous chaque décision fondatrice dès le début. Nous lui accordons ce mérite dans un acte de foi, une foi qui se transforme aujourd’hui dans l’espérance pour un avenir avec lui. A cette action de grâce nous vous associons tous, et en particulier les religieuses des pays évangélisés par les pères blancs et les sœurs blanches, et dont les débuts ont été inspirés par l’attention pastorale des pères et des sœurs : les sœurs de Notre Dame du Lac Bam (Timimoune), les sœurs de l’Immaculée Conception (Ouargla), les Filles du Cœur Immaculée de Marie (Oran), les sœurs de l’Annonciation de Bobo-Dioulasso (Constantine et Alger) et les sœurs du Cœur Immaculé de Marie Réparatrice (Nonciature apostolique Alger). Avec joie et courage, ces religieuses nous rejoignent aujourd’hui dans ce pays , notre berceau pour la même mission.

Deuxièmement, nous voulons demander pardon. Ceci est un acte de foi dans la miséricorde de Dieu. A l’instar du peuple hébreu dans sa traversée du désert, nous avons maintes fois failli, nous avons été infidèles. Nous nous sommes fait des dieux : la culture, la langue, l’ethnographie, les livres, les photos, les voyages, l’artisanat, le souci de former… nous avons voulu que Dieu satisfasse notre caprice pastoral, et cela encore aujourd’hui. Pour les décisions qui ont plus blessé que guéri, qui ont plus séparé qu’unifié, nous demandons pardon. Et nous réitérons notre engagement de continuer sur le chemin de conversion en Dieu en vivant selon le charisme unique de nos deux Instituts et en nous inspirant de nos aînés tout en restant à l’écoute des chants de changements de notre temps.

Notre grand désir aujourd’hui est de continuer de répondre à notre vocation au sein de l’Église dans ce pays, l’Algérie, en collaboration avec toute la famille Lavigerienne, avec vous tous, membres de l’Église en Algérie, vous tous aussi hommes et femmes de bonne volonté que Dieu met sur notre chemin.

Sœur Valérie KABORE, communauté sœur Blanche à Hydra et Père Jean-Marie AMALEBONDRA K., Pb Ghardaïa)