Pax & Concordia : témoins

J’aime ce peuple simple

Témoins
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L’Eglise d’Algérie a des témoins vivant qui enseignent et édifient par leur foi, leur fidélité, leur discrétion fructueuse. Nous avons rejoint pour nos lecteurs.

INTERVIEW

R. S.: Qui êtes-vous ma sœur ?

Soeur JOCELYNEJ. A. : Je m’appelle AUDRAIN Jocelyne, française. J’appartiens à la congrégation des Franciscaines missionnaires de Marie. J’ai fait mes vœux perpétuels le 1er octobre 1971.

R. S. : Quel est le charisme des Franciscaines missionnaires de Marie ?

J. A. : Notre charisme : Nous voulons vivre dans l’attitude fondamentale du OUI de Marie. Nous réalisons notre vocation dans la voie franciscaine au milieu du monde, en simplicité, paix et joie. Vouées à la mission universelle, nous sommes appelées à vivre en communauté internationale avec les sœurs que Dieu nous donne. 

R. S. : Quel  est votre parcourt dans votre profession religieuse? Quel travail avez-vous fait où et quand

J. A. : J’ai fait le noviciat aux Châtelets (Bretagne) et après la profession temporaire je suis partie à Paris où j’ai travaillé à l’hôpital de la Croix ST Simon (XXème arrondissement) jusqu’en 1971. J’ai fait mes études d’infirmière à Evreux (Eure) et j’ai eu mon diplôme en 1962.

R. S. : Comment êtes-vous arrivé En Algérie, puis à Tébessa ?

J. A. : J’ai été envoyée à Tébessa en 1972 par mes supérieures pour travailler à l’hôpital qui avait besoin d’infirmières. Puis j’ai travaillé dans l’école paramédicale comme directrice des études. De Tébessa j’ai été envoyée à Chéchar par le Directeur de la Santé pour fonder l’école paramédicale mais finalement j’ai travaillé dans la prévention. Nommée provinciale j’ai quitté Chéchar en 1987. Je suis revenue à Tébessa en 1996 jusqu’en 2004. Après un service de 4 ans auprès des sœurs aînées à Tunis, j’ai été de nouveau envoyée à Tébessa en 2014.

R. S. : Quel travail y faites-vous ? Quelles sont vos relations avec la population ?

J. A. : Depuis 2014, je fais des soins à domicile et le soutien scolaire pour le Français. J’ai de très bonnes relations avec la population, beaucoup me connaissent depuis 1972 et c’est du bonheur pour eux et pour moi de nous retrouver après tant d’années. Avec mes sœurs nous vivons de véritables relations d’amitié, de confiance et de solidarité réciproque. Actuellement nous avons pour priorité le soutien aux femmes en difficultés : divorcées, veuves, célibataires etc…

Soeur JOCELYNE

R. S. : Qu’est-ce qui vous y plaît, ou qu’est-ce qui vous y maintient ?

J. A. : Ce qui me plaît ? J’aime ce peuple simple, accueillant et reconnaissant pour le travail accompli. Nous vivons une relation fraternelle et un vivre ensemble tout simple. Ces relations dans cette ville qui m’a adoptée et que j’aime me font vivre. Les gens nous demandent de prier pour eux et nous savons qu’ils prient pour nous aussi et ce dialogue interreligieux vécu dans la vie est souvent porteur de paix et de fraternité. J’y resterai jusqu’à ce que mes supérieures m’y laissent !

R. S. : Auriez-vous une anecdote qui peut édifier les lecteurs ou ceux qui débutent leur mission en Algérie ?

J. A. : Nous étions en déplacement dans le cadre de l’hygiène scolaire dans un village. C’était pendant le ramadan. A midi, le directeur de l’école nous invite à manger ; nous refusons en disant que par respect pour leur jeûne ce n’était pas possible. Ils nous répondent : « Vous avez travaillé et pour que vous ne vous sentiez pas gênées nous sortirons le temps de votre repas. » Un beau plateau bien garni nous est alors apporté !

R. S. : Comment avez-vous senti et vécu les béatifications des 19 martyrs d’Algérie ?

J. A. : Au départ je n’étais pas favorable car cela me semblait être trop tôt après les événements que nous avons vécus, mais en voyant comment se sont déroulées les cérémonies j’ai été très touchée par l’atmosphère de fraternité et de paix qui y a régné.

R. S. : Quels conseils donnez-vous aux uns et aux autres en mission en Algérie

J. A. : Aimez le peuple et acceptez de passer par un temps d’épreuve devant la nouveauté d’une autre culture. Il faut beaucoup de patience et de persévérance et ne pas abandonner trop vite. Apprendre la langue du pays est essentiel.

Propos recueillis par Rosalie SANON, SAB