Pax & Concordia : témoins

Interview avec Salima

Témoins
Typography

Salima est la secrétaire de la bibliothèque « Dilou », voulue et tenue par les Jésuites à Constantine. Sa présence y est très édifiante. Musulmane convaincue et très ouverte, elle accueille et réconforte plus d’une personne. Elle ne passe pas inaperçue, courageuse et battante elle est un modèle du « vivre ensemble ».

Nous travaillons dans la confiance

P&C : Que pouvons-nous savoir de toi ?

Salima : Je suis Salima SEBANE. J’ai 35 ans. J’habite à Constantine une ville d’Algérie à l’EST. Je suis musulmane d’un père et une mère musulmane.

P&C : Quelle est votre formation et qu’est-ce que vous faites comme travail ?

Salima : J’ai fait une Licence en anglais, je travaille à la bibliothèque de Dilou qui appartient aux Jésuites depuis 10 ans.

P&C : Comment êtes-vous arrivez à Dilou (Bibliothèque des jésuite à Constantine) ?

Salima : Je suis venue à Dilou  en 2008 par une ancienne de cette bibliothèque qui est aussi ma voisine au quartier. En son temps, Père Georges CARTIOZ, (Français) en était le Directeur. Il était gentil et serviable. J’ai travaillé avec lui pendant un an et demi.

P&C : Que vivez-vous ou sentez-vous à Dilou ?

Salima : A Dilou, nous sommes des frères ensuite c’est le travail, l’accueil, le sourire, l’écoute, le silence, de temps en temps des chuchotements car il ne faut pas déranger, déconcentrer les lecteurs. A Dilou, je vis en paix, je retrouve des frères, le calme. Les responsables m’écoutent et me respectent et c’est réciproque.

P&C : Comment aidez-vous la jeunesse ?

Salima : Nous aidons les étudiants à connaître les richesses de la bibliothèque, à repérer les documents de leur spécialité ou de leur désir. Il y a aussi différents club de langues pour améliorer l’arabe, le français, l’anglais, l’espagnol. Ils peuvent se faire suivre pour la rédaction de leur mémoire ou thèse par l’un ou l’autre responsable de la bibliothèque. Quand les jeunes s’habitue à la bibliothèque et en nous un climat de confiance se créé. Pour ma part je les écoute et nous cherchons mutuellement des conseils et des solutions à nos problèmes.

P&C : Qu’est-ce que vous n’aimez-pas à Dilou ?

Salima : Dans mes premières années, j’étais souvent contrariée par les questions agressives des étudiants qui me jugeaient : « Vous êtes chrétienne ou musulmane ? » Ces genres de questions jouent sur les nerfs alors je répondais du tic au tac. Par la suite j’ai compris que le problème était lié au faites que je ne portais pas l’hidjab.

P&C : Ces jeunes ont-ils autrement des doutes sur votre foi musulmane ?

Salima : Ils n’ont pas de raison d’avoir des doutes sur moi. Mes collègues sont chrétiens et musulmans mais je n’ai pas remarqué une différence entre nous à cause de cela. Nous travaillons dans la confiance, le respect, le service et la paix. Nous nous posons des questions mutuellement sur nos religions et nous répondons avec simplicité pour mieux nous connaître.

P&C : Que pensez-vous des chrétiens ? Vous demandent-ils de vous convertir ?

Salima : Pendant dix ans de collaboration, aucun chrétien ne m’a proposée de me convertir pour être chrétienne, ils me respectent moi et ma religion. Ils m’aident à être une bonne musulmane et me donne l’occasion d’écouter et aider les lecteurs par amour. L’amour et la fraternité, c’est ce qui compte. Pendant le Ramadan, bien que chrétiens, ils ne mangent jamais devant moi.

P&C : Votre dernier mot ou conseil

Salima : Je reconnais et je le dis, la religion pour moi, n’est pas un obstacle pour vivre ensemble en paix, au contraire, elle aide à aimer gratuitement les autres.


Rosalie SANON, SAB