Témoignage à la rencontre de la vie consacrée d’Alger

Témoins
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Je m’appelle Hélène, focolarine à Alger depuis maintenant presque 7 ans. l’Algérie est ma première destination après l’école de formation des focolarine que j’ai fait en Italie et en Suisse. Le Focolare est ici au centre d’une réalité faite d’algériens musulmans de tous les âges et de toutes situations sociales qui veulent vivre avec nous de la spiritualité du mouvement. J’ai veillé jusqu’à présent plus particulièrement sur les plus jeunes générations, même si nous avons tous à cœur l’œuvre toute entière.

Je vais essayer de vous chanter l’air que j’essaye de jouer dans cette symphonie des vocations que nous voulons mettre en lumière aujourd’hui. On m’a demandé de l’exprimer avec mon expérience au travail,… la voici !

Après deux ans et demie dans l’attente, d’abord du permis de séjour, puis de l’équivalence, puis du contrat du ministère, pendant quatre ans j’ai eu la chance de travailler comme kinésithérapeute dans un service de pédiatrie à Alger où j’ai travaillé essentiellement avec des enfants en retard psychomoteur. Expérience qui s’est maintenant conclue avec la fin de mon contrat en décembre. J’ai toujours dit que j’avais le plus beau métier du monde… être en pyjama, toute la journée, assise sur le tapis avec pleins de copains et jouer au ballon, aux legos et à la poupée…

C’était vraiment un centuple de pouvoir exercer à nouveau ma profession, qui est aussi une passion, après l’avoir donné à Dieu avec père, mère, champs,… Avoir un vrai travail c’est pour moi « être en vocation ». Nous vivons de notre travail et celui-ci est un des aspects de notre vie qui a la même importance que les autres et ne doit pas être négligé. C’est participer à l’activité créatrice du Père, en répondant à un besoin urgent de la société. C’était aussi une grande chance de pouvoir s’insérer dans … « la vraie vie Algérienne » dans cette société qui n’est pas forcément habituée à connaître et à rencontrer la diversité. C’était l’occasion de vivre sur ma propre peau le concret de la vie quotidienne des Algériens au travail. Le vivre ensemble, pour comprendre, pour aimer plus.

Mon insertion est le fruit aussi de nombreuses personnes consacrées qui ont donné leur vie à Dieu dans ce pays. Particulièrement Dominique, Lourdes et de nombreux autres certainement. C’est aussi le fruit d’une église qui vit au rythme du service quotidien aux Algériens depuis de nombreuses années. Je vous en remercie !

Avec en poche 10 leçons de la méthode Kamel, sans avoir eu vraiment le temps de les étudier, je me suis retrouvé plongée dans un univers très arabophone. Heureusement mes collègues parlaient le français et étaient là pour traduire les trois premiers mois... et ensuite il a fallu communiquer avec les pieds, avec les mains, avec le cœur surtout ! Un accueil avec le sourire valait mieux que tout les mahba bikum prononcés correctement. J’ai été surprise et touchée par la patience infinie avec laquelle les mamans essayaient de me comprendre et de se faire comprendre sur l’essentiel pour que nous puissions ensemble prendre soin de leurs enfants. Elles ont été mes professeurs. Et puis petit à petit on s’est compris de plus en plus et la salle de kiné est devenue aussi un lieu d’échange sur des sujets plus ou moins profond selon les moments. Quelquefois on se sent tellement impuissant ! Mais je me suis rendu compte qu’offrir une oreille c’est déjà beaucoup. j’ai pu par exemple accueillir la détresse de la maman d’un bébé gravement handicapé à cause de la consanguinité des parents. La maman accusée par sa belle famille de ne pas être capable de faire un enfant normal se retrouvait seule, complètement seule à s’occuper de son fils car toute la belle famille refusait même de le toucher. C’était déjà un grand réconfort pour elle de voir qu’elle n’était pas seule à aimer son fils…

J’ai fait l’expérience de l’immense amour de Dieu pour moi et j’ai voulu lui répondre avec ma vie, en faisant (ou en essayant de faire) sa volonté qui n’est autre qu’aimer, être témoin de Son amour et de sa présence. Comment ? J’ai essayé de me faire « un » avec les enfants (faible avec les faibles de St Paul), petite avec les petits, en me mettant en ligne avec eux pour la course de 4 pattes en faisant des concours de grimaces en chantant des comptines en arabe. Et cela aidait à faire passer les soins les plus douloureux. En faisant en sorte que l’enfant et sa  mère ou son père soit le plus important pour moi dans l’instant présent. En faisant le vide de toute préoccupation sentiment. Combien de fois j’ai entendu « tu l’aimes mon fils ! » «  heya, tkhdem bel qelb ! » et moi de répondre oui j’essaye, et toi fais de même !

Retourner au focolare et partager les joies et les difficultés, les liens qui se créent ou qui grincent, la vie qui naît ou qui renaît.... Tout ce qui n’est pas donné est perdu… rien ne m’appartient… dans ces relations c’est Jésus que je dois apporter et c’est à Jésus que je dois tout déposer. Et le faire à cette présence de Jésus au milieu de 2 ou 3 réunis en son nom (qui n’est autre que la plus petite cellule de l’église) m’a permis de m’assurer ou de vérifier que çe n’est pas moi-même et que ce n’est pas pour moi-même, que je donne. Qu’est-ce que j’aurais fait s’il n’y avait pas cette dynamique d’amour réciproque avec les focolarine qui permettait si j’ose dire  « Sa présence au milieu de nous » ! Cela m’a permis de pouvoir chaque fois repartir à l’hôpital avec un regard neuf, sur les personnes et les situations. Avoir ce regard de Jésus et continuer à Aimer.

Combien de fois, le lundi, simplement avec l’idée de devoir affronter le jour du ménage, je n’avais pas envie d’aller au travail !!! Je ne comprenais pas comment à ce point la femme de ménage pouvait rester aussi tranquille sans faire son devoir ou bien le faire aussi mal et mal volontiers ! J’ai commencé à la valoriser, je l’ai aidée en sortant les meubles qu’il était possible de sortir pour que le ménage soit bien fait avec le moindre effort, je l’appelais mille fois au téléphone pour qu’elle vienne faire le ménage et qu’elle ne pense pas que venir ou ne pas venir c’était pareil. J’ai fait les gros yeux ! J’ai été tenté de faire le ménage toute seule, ce qui aurait été beaucoup plus rapide et beaucoup moins fatigant, mais je n’en l’ai pas fait. J’ai continué à aider la femme de ménage, et à la fin, elle faisait le ménage plus volontiers.

J’ai un jour perdu la patience avec un enfant insupportable ‘fils d’un barbu’ qui n’a aucune considération pour la femme (donc pour moi aussi). Relire cette situation dans laquelle je me trouvais à la lumière de Jésus au milieu de nous m’a aidé à redécouvrir le visage du Christ qui se cachait derrière cet enfant et qui n’attendait que d’être aimé. Il fallait dans ce cas un amour fort pour faire sortir le papa qui ne laisse pas l’enfant profiter de la séance et recadrer fermement l’enfant pour qu’il puisse avoir droit, malgré sa mauvaise éducation, aux soins dont il avait vraiment besoin. L’enfant a senti que je lui voulais du bien et a commencé à coopérer et donc à progresser.

Nous étions à deux avec Lourdes immergées dans ce service, bien sur absorbées chacune dans nos activités particulières, mais bien conscientes d’être ensemble une présence vivante de l’Eglise auprès de chaque personne qui nous approche.

Créer un espace de fraternité c’était ma manière de vivre ma foi et la spiritualité de l’unité ! Cela s’est fait naturellement, les lieux s’y prêtaient, la ludothèque utilisée en commun avec l’animatrice : un grand tapis qui peut contenir plein de jeux et plein de monde. Une maman arrive un peu plus tôt, une autre reste un peu plus après la séance et rapidement nous voilà avec trois mamans et trois enfants sur le tapis (s’il n’y a pas les frères et sœurs…) je me retrouvais donc parfois avec deux assistantes mamans qui avaient autant que moi à cœur de faire progresser l’enfant de l’autre. Elles ne se retrouvaient plus seules avec le handicap de leurs enfants. Ça a son charme, il fallait aussi savoir demander le calme pour pouvoir se concentrer un peu… Quelquefois je rentrais à la maison avec une tête grosse comme ça ! Les enfants qui pleurent, les mamans qui papotent… le tout en arabe !... j’ai essayé de faire circuler les biens et les informations : les chaussures orthopédiques trop petites, où acheter un ballon de rééducation, où faire refaire les semelles, où emmener les bébés à la piscine, les trucs pour faire passer le rhume plus facilement… à la fin chacun avait quelque chose à donner, des plus riches au plus nécessiteux.

Au fil des différents changements d’heures de rendez-vous les enfants aussi ont tissé des liens et demandaient des nouvelles les un les autres. Et ceux qui ne parlent pas ? Ils font la même expérience ! Comme deux garçons de 9 et 16 ans spastiques et grabataires qui laissent éclater leur joie lorsqu’ils se retrouvent et pleurent à l’heure de se séparer. Ils s’amusent lorsqu’ils sont allongés côte à côte en essayant de se toucher avec le peu de mouvement dont ils sont capables. C’est beau d’avoir des copains même quand on est handicapé !

J’ai essayé de créer autour de moi ces relations de confiance et essayé qu’elles ne soient pas seulement lié à moi mais que cela puisse rester… ça n’est pas toujours évident vous le savez.

Même si certaines collègues restent sur la réserve avec d’autres l’estime réciproque grandit. Avec certaines, on construit la famille ! On connaît toute la famille, on fait partie de la famille.

Des ponts ont pu se construire entre les deux réalités, le travail et le mouvement. Nos jeunes accompagnés d’une famille ont animé une soirée ftour à l’hôpital. C’était l’occasion pour eux de se donner, mais aussi de faire des rencontres et d’élargir le cœur à des réalités peu connues. C’était aussi l’occasion de faire connaître certaine de mes collègues, de donner, à des gens qui se donnent et veulent vivre pour les autres, la possibilité d’en rencontrer d’autres et de se soutenir. Une collègue que j’avais invitée avec sa famille à un barbecue avec la communauté de nos amis à Alger, a été accueillie par une de nos amies (qui a participé au ftour) alors que je suis arrivée pour diverses circonstances avec une heure de retard. Elle s’est retrouvée complètement à l’aise alors qu’elle est extrêmement timide et qu’elle ne connaissait absolument personne dans l’assemblée. C’est modeste, rien n’est extraordinaire, vous vivez tous certainement beaucoup de moments similaires là où vous êtes… c’est la vie !

Elle est donnée, elle restera !

Hélène