MES 50 ANS DE VIE CONSACRE A DIEU ET AUX FRERES

Témoins
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Je vais essayer de partager avec vous un peu de mon parcours pendant ces 50 ans de ma vie religieuse

regardsJe suis née dans un petit village de León, Espagne, dans une famille humble et catholique pratiquante. Nous étions 6 frères et sœurs, dont deux sommes devenues religieuses. Dans mon petit village presque toutes les familles avaient une ou deux enfants consacrés à Dieu.

Ma décision d’aller à l’école des sœurs missionnaires s’éveille grâce à des invitations d’autres sœurs, car dejà toute petite, je voulais être sœur.
Je suis allée toute jeune à l’école Logroño comme aspirante pour étudier et entrer en contact avec les sœurs. C’est là que j’ai commencé à découvrir ma vocation comme augustine missionnaire.

Je suis rentrée au noviciat à Valladolid et j’ai prononcé mes premiers vœux le 26 septembre 1967.
Cinq ans plus tard en 1972, mes supérieures m’ont envoyé à Alger pour renforcer notre présence comme augustines dans les divers engagements que nous avions à cette époque (les 2 séminaires Kouba et Saint Eugène, le Centre de Glycines, la maison de pères Jésuites à NDA, auprès de Mgr Duval, le jardin d’enfant à Blida, la communauté de Dar el Beida avec les deux jardins d’enfants Rouïba et Dar el Beida… )

J’arrive en Algérie sans presque rien connaitre du pays, ni de sa culture, ni de la langue et presque sans savoir où j’étais. Je débarque au petit séminaire de Saint Eugene (une école tout près d’ici tenue par les pères blancs et d’autres prêtres diocésains et les français qui venaient faire leur service militaire).L’accueil de cette communauté m’a touché au cœur. Quelle disponibilité ! quel dévouement ! quelle gratuité dans ces humbles services, mais fait avec tant d’amour ! Leur donation était sans limite et à toute heure ! Combien de chapelets dits à Marie pour moi afin que rien ne m’arrive quand je partais au Lycée Descartes pour apprendre le français !
L’approche de Mgr Duval m’a été d’une grande aide. Je me souviens encore de ses paroles tout au début de mon arrivée : « nous sommes là pour vivre avec ce peuple, dans le respect fraternel et en sachant que eux comme nous, sommes tous sauvés dans le Christ, qu’on ne le sache ou pas. L’amour de Dieu est donné à toute l’humanité ».
Petit à petit j’ai commencé à découvrir le sens de notre mission dans ce pays parmi nos frères musulmans.
Le 7 octobre 1973, j’ai prononcé mes vœux perpétuels au petit séminaire en présence de Mgr Duval et le personnel de l’école et notre communauté, tous ceux de la Colline.
J’ai commencé par l’apprentissage de la langue française et l’année suivante je me suis inscrite à l’école para-médical de Hussein Dey pour faire mes études d’infirmière. Cela m’a couté bien des larmes… mais avec de grands efforts et la persévérance, je suis arrivée à avoir mon diplôme et surtout à me plonger complètement dans le peuple algérien, j’étais la seule étrangère. 22122017 lourdes 02L’année 75, j’ai commencé mon travail comme infirmière à l’hôpital Maillot qui était l’hôpital militaire et encore avait des médecins et infirmières françaises.
Quand je suis arrivée, je croyais que j’allais beaucoup donner, enseigner aux autres … mais j’ai découvert que Dieu était présent dans ce peuple et que je devais me mettre à l’écoute, avec beaucoup d’humilité et respect pour découvrir leurs valeurs, sa culture, sa croyance religieuse. J’avais beaucoup à apprendre des autres, je venais partager la vie des personnes différentes de moi …

Je suis en Algérie depuis le 27 sept 1972 et c’est ici que j’ai vécu toute ma vie religieuse. L’Algérie est ma seconde Patrie et je suis là parce que je l’aime et, j’aime surtout les personnes avec toutes leurs richesses et leurs différences.

Au début, je me demandais ce que nous faisions ici… peu à peu, j’ai découvert que ma présence, notre présence était de vivre et partager la foi, la vie de chaque jour. J’ai découvert que la capacité d’adaptation à un environnement, se fait selon la force avec laquelle on aime les gens avec lesquels on vit, et la conviction que ces gens ont les mêmes droits dans la vie. Ici comme partout c’est par l’estime des personnes que naissent les amitiés. A partir de cette connaissance, avec humilité, naît aussi la confiance et la vraie amitié. Je remercie Dieu du don qu’il m’a fait, d’avoir la facilité de tisser des relations d’amitiés et de les maintenir.

Ma vie en Algérie a été une grâce de Dieu, un don gratuitement reçu, car elle m’a donné la possibilité de grandir dans ma foi, creusée dans la Parole de Dieu pour ETRE et VIVRE avec authenticité ma vie chrétienne et religieuse dans ce peuple musulman qui prie et m’aide dans mon approche envers Dieu.
Ma vie spirituelle est devenue plus engageante et solidaire avec l’Eglise universelle et locale. Ma prière et ma vie a été fortement mariale. Dès mon arrivée, je me confiée à Marie, notre mère et j’ai été toujours bien protégée, et puis, Marie nous unit tous: chrétiens et musulmans.
Cela a été pour moi un privilège de pouvoir vivre dans ce pays avec foi, confiance et espérance et donner l’amour que je reçois chaque jour de Dieu Père- Mère.
Oui ma vie en Algérie a changé ma façon de prier, d’écouter la parole de Dieu: quand je dis chaque jour : “Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde… “oui je le demande de tout cœur pour tous (chrétiens ou musulmans).


Vaincre le mal à force de bien… cela me donne courage pour essayer malgré toutes les difficultés de faire le bien…

 


« Devenez ce que vous recevez! » Comment devenir Jésus en cette terre d’Islam etc. etc.

Un autre aspect de la vie qui me rend heureuse d’être en Algérie, c’est de vivre et d’être présence dans une Eglise très réduite, très diverse, fragile, nomade, dépouillée, œcuménique... mais c’est une Eglise qui vit l’universalité, l’interculturalité, qui veut vivre la communion entre tous, qui veut vivre la fraternité universelle, qui veut être solidaire et qui marche ensemble avec nos frères musulmans algériens, à la recherche de Dieu, de la Vérité...

Comme vous le savez, je suis restée ici toute ma vie et j’en suis heureuse. J’ai eu de la chance d’avoir eu des contrats de travail au niveau du Ministère de la Santé et de travailler dans divers hôpitaux pendant presque 30 ans (hôpital militaire Maillot BEO, Ouverture de l’hôpital Ben Aknoun et dernièrement en Pédiatrie à l’hôpital de Bab el Oued) cela m’a permis d’être proche des malades qui souffrent, de partager leurs angoisses et la douleur avec tant de familles. Cela a exigé de moi de vivre en continuelle prière d’intercession pour chaque malade, chaque famille et je suis heureuse d’être témoin de la tendresse, de l’amour de Dieu surtout avec les enfants malades et leurs familles.

C’est ici à Alger que j’ai découvert la beauté de la nature et je m’émerveille chaque jour des cadeaux que Dieu nous donne à contempler et admirer pour nous rendre heureux.
Un fait qui a été bien douloureux pour moi, ça a été d’être témoin de la mort tragique de mes deux sœurs Cari et Esther, de connaitre les autres 17 frères et sœurs qui ont donné leur vie par amour à Dieu et à l’algerie. Oui, j’étais là comme Marie au pied de la croix et j’ai prié au fond de moi « Père, pardonnes-les car ils ne savent pas ce qu’ils font » et ensuite devoir quitter l’Algérie...

Après huit ans d’absence du pays, notre joie était grande à l’ouverture de la maison de Bab el Oued et de voir les regards des voisins quand ils nous ont vu retourner, cela a été pour eux un signe de pardon et réconciliation. C’était une grande joie pour eux.

Quand j’ai sollicité du travail à l’hôpital de Bâb el Oued à mon retour après ces 8 ans d’absence, mon étonnement et ma surprise étaient grandes. Le chef de service m’a accueilli avec beaucoup de joie parce que j’étais une chrétienne, une sœur et une étrangère. « Nous devons vivre dans la diversité et nous devons nous connaitre et nous respecter mutuellement » m’a-t-il dit. Mon acceptation a été difficile, mais quand ils m’ont connue, découvert qui j’étais, tout a changé. Maintenant, nous sommes vraiment une vraie famille et toute l’équipe est sensible aux plus nécessiteux, les plus éloignés. Ils se dévouent au travail pour rendre la vie plus facile et gaie à l’hôpital. Les enfants viennent avec joie et sans peur quand ils retournent en consultation.

Aujourd’hui, je tiens à remercier mes amies médecins et collègues du travail pour leur confiance et leur amitié, pour ces beaux partages que nous avons.
Je prie et remercie mes parents et famille qui m‘ont transmis la foi et l’éducation. A toutes les personnes qui m’ont aidé à grandir dans la foi, par leur présence, leur vie et leur exemple à devenir ce que je suis (malgré toutes mes faiblesses), je dis merci. Je remercie aussi mes sœurs et ma congrégation car elles m’ont aidée et elles ont été généreuses avec moi.
Je tiens à dire merci aux membres de cette Eglise, leur exemple et fidélité. A vous tous ici présents, un grand merci et priez pour moi pour que je reste fidèle à ce Dieu amour. Que chaque jour me le renouvelle. Priez pour moi.
Source Rencontre novembre 2017
Sœur Lourdes Miguélez Agustina M.