Pax & Concordia : témoins

Jose Maria Cantal - 25 ans de prêtrise

Témoins
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Le père Jose Maria Cantal, père blanc à Notre Dame d’Afrique est bien connu en Algérie mais pas seulement ! Lors de la messe de son jubilé des 25 ans, le 8 décembre 2017, il a donné son témoignage dans son homélie nous la publions . Pour ceux qui le connaissent on reconnaîtra sa verve et son humour bien caractéristique.

regardsQuand en 1985 je suis entré chez les pères blancs nous étions 4 jeunes hommes. A la fin de l’année j’étais le seul « survivant ». En deuxième année pareil: 4 au début et moi tout seul à la fin. Et chaque fois qu’un camarade quittait le responsable disait, vraiment abattu : C’est toujours les meilleurs qui s’en vont !. Mais alors, si les meilleurs sont partis… pour quoi le Seigneur m’a appelé ?
Depuis mon serment, prononcé il y a 25 ans j’ai eu à changer 5 fois de pays, j’ai eu 12 domiciles différents, je me suis lancé dans des activités dont je ne savais pas grande chose au début (lobby aux parlements espagnol et européen, lutte contre le sida et le trafic d’armes légères, édition et publications, gestion d’une bibliothèque de médecine, prévention des abus sexuels sur les mineurs, organisation de concerts), j’ai appris plusieurs langues, j’ai assumé des responsabilités inimaginables pour moi, etc. et au milieu de tous ces changements trois réalités sont restées stables et je me permets de vous les partager aujourd´hui : la prière personnelle, l’option exclusive pour l’Afrique et… le célibat pour le Royaume.

15122017 jm 02Les anciens tableaux représentaient Marie en train de lire les Écritures au moment de l’Annonciation. Une manière de nous dire que seulement dans la relation personnelle avec Dieu peut se dire (et se redire) un oui qui engage la vie. Un oui qui soit en accord profond avec chaque fibre de notre corps et chaque battement de notre cœur : l’instant de ce oui est l’aboutissement d’une longue histoire d’amour de la part de Dieu qui a commencé bien avant notre conception. Comme disait S. Augustin, cet Algérien universel : « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi ». Cette relation personnelle avec Jésus je ne sais pas la nourrir autrement qu’avec la lecture de la Bible et le silence. Peut-être parce que j’ai fait mon serment en posant ma main sur les Évangiles. Pour moi la liturgie est secondaire par rapport à ce tête-à-tête intime entre mon Seigneur et moi et qui finit toujours par un : « qu’il me soit fait selon Ta Parole ». C’est peut être la même chose que Marie faisait en méditant dans son cœur tous les évènements de son Fils (Lc 2,19). Je prends conscience aujourd’hui, que les moments de plus grande fécondité dans ma vie d’apôtre, ont été ceux de ma plus grande fidélité à la prière… et le contraire aussi ! C’est comme si les minutes de prière me permettaient de voir clairement les priorités dans ma journée et aussi d’avoir le double d’énergies pour m’y engager.

Dans ma famille personne n’a jamais mis les pieds en Afrique avant moi ! Et pourtant, depuis ma tendre enfance je rêvais de l’Afrique… bien sûr des rêves d’enfants qui n’ont pas de lien avec la réalité du continent que j’ai découvert par après... et que je continue de découvrir tellement il est en évolution. Cependant cette passion pour le continent et ses habitants, pour ses cultures et ses traditions reste un critère décisif à chaque fois que j’ai dû prendre une décision. En effet, lors de mon serment j’ai juré de me consacrer jusqu’à la mort à la mission de l’Eglise en Afrique. Alors pour voir plus clair dans la multitude de possibilités et de propositions qui sont devant moi je me demande souvent: De quelle manière cela va être bénéfique pour l’Afrique ? Les Africains seront-ils privés de quelque chose d’essentiel sans mon engagement ? L’Eglise d’Afrique en a besoin ? Je ne suis pas naïf quant à mes possibilités, mais je veux rester créatif et déterminé. Je ne veux pas être le protagoniste de l’Histoire, mais je ne veux pas être non plus un figurant dans l’Histoire. Un peu comme Marie s’adressait à Jésus à Cana : « ils n’ont pas ceci… ils manquent de cela… ils n’ont plus de ça…». J’ai souvent entendu dans le cercle des PB une expression qui, cette fois-ci, m’inspire : Les saints sont morts, les meilleurs sont partis… il n’y a que nous pour faire le travail. Pour une raison mystérieuse, dont je n’arrive à entrevoir que des petites bribes Dieu, choisi et appelle pour que librement on lui réponde. Comme Marie je viens d’un petit village sans histoire mais, comme pour elle, Dieu m’a appelé, Il m’a choisi, mon oui est donc unique et irremplaçable. Dans le cas de Marie pour faire entrer le Messie dans le monde, dans mon cas à moi pour faire avancer son Royaume en Afrique. Ceux qui vivent avec moi m’entendent dire chaque matin après le café : « On y va ! Il faut sauver le monde ! »… et je commence le travail pour que son Règne vienne…


Pour moi le célibat est bien plus qu’une absence de vie affective en couple. Il s’agit encore moins d’un fardeau. Ce n’est pas que je n’aime pas les femmes, bien au contraire (oups !). Mais à certains moment, lors des certains choix, au moment de me sentir (ou pas) disponible et d’accepter (ou pas) telle nomination ou situation, le célibat, pour moi représentait cette sorte de radicalité où tout s’arrête, tout reste en suspens et… en même temps, tout devient possible parce que rien n’est plus urgent que le Royaume de Dieu. Dans notre serment PB on jure d’observer le célibat « à cause du Royaume ». ! Non pas dans le sens d’une plus grande disponibilité ou liberté pour des changements de domicile ou d’activité, mais comme signe de la force de l’Evangile qui mobilise tout mon être dans une direction bien précise. J’ai eu une fois à répondre à une demande avec ces simples mots « Nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre » ; il ne s’agissait pas d’incompatibilité de caractères (ça aurait pu s’arranger avec un peu d’efforts!). Mais dès avant ma conception Dieu comble une soif intime de collaborer avec quelque chose de plus grand et Lui seul donne sens à ma vie dans les profondeurs que personne d’autre ne peut atteindre. Le Seigneur m’a créé comme ça : Il a fait pour moi des merveilles. Saint est son Nom !

Dans ces 25 ans de serment il y a eu des moments de doute, d’hésitation, des situations précaires où je me suis demandé si mon choix avait été le bon. J’ai vu des confrères, avec qui Claude et moi nous avons fait le serment, partir sur des nouveaux chemins personnels. En prenant soin de ma mère malade pendant deux ans sans aucune activité pastorale j’ai eu aussi des moments de doute. Pour quoi rester ? Parfois lorsque le sentiment de ne pas « être utile » m’a envahi, honnêtement, je me suis posé la question de réorienter ma vie ailleurs et autrement… Et puis, doucement, imperceptiblement, tenacement, une voix se fait entendre en moi : Je te salue (José) María, comblé de grâce, le Seigneur est avec toi. Tu es béni… et ce qui est au plus profond de tes entrailles est aussi béni… Sois sans crainte… l’Esprit Saint et sa puissance seront sur toi… Ce qui va naître de toi sera saint… car rien n’est impossible à Dieu… Que tout se passe pour moi selon ta Parole… et alors le doute me quitte…