Le Seigneur m’a séduit à travers son Église et ses enfants de l’Islam

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Rencontres, chocs, évolutions
regardsR : Une brève présentation que l’on sache qui vous êtes

09112017 benoit 01B : Je suis Benoit, 34 ans, français, originaire du nord du pays, mais je vis aujourd’hui à Marseille. L’Église m’y a envoyé suite à mon ordination diaconale en vue du presbytérat le 24 juin dernier.
R : - Les faits marquants de votre parcours en Algérie au service d’une Eglise (période de présence, durée, missions, cadre) ?


B : Je suis venu vivre en Algérie pendant 2 ans (de janvier 2006 à décembre 2007), dans le cadre d’une expérience de volontariat avec la DCC (l’organisme de l’Église de France chargé de l’envoi de volontaires). J’ai été mis au service du diocèse de Laghouat-Ghardaïa pour travailler au développement du CCDS (Centre Culturel et de Documentation Saharienne) à Ghardaïa et à l’assistance informatique des différentes communautés du diocèse. J’ai pu partager le quotidien des Pères Blancs qui m’ont ouvert leur communauté, en proximité également avec les Sœurs Blanches et les quelques laïcs présents à l’évêché.



R : - Qu’est ce qui vous a le plus impressionné, perturbé, changé au contact des hommes et des femmes qui vivent dans ce pays ?
B : C’est d’abord le désert qui m’a pris aux tripes. Son immensité, sa beauté – si variée derrière cette monotonie apparente – mais aussi ses dangers, m’ont touché au niveau sensoriel. Grâce à mon travail au CCDS, j’ai pu également me plonger dans l’histoire de ce lieu, sa géologie, sa sociologie, ses traditions. M’immerger dans ce cadre m’a permis de mieux comprendre ses habitants.
J’ai bien sûr été touché par l’hospitalité des amis algériens. Bénéficiant du réseau relationnel des Pères Blancs, j’ai rapidement été accueilli par de nombreuses personnes. Leur curiosité m’a marqué : leur intérêt pour l’autre, sa culture, sa famille… Petit à petit, j’ai pu développer quelques amitiés plus personnelles avec des jeunes de mon âge. J’ai pu découvrir une humanité commune au-delà de fossés culturels. Et cette amitié possible au niveau individuel me laisse croire qu’elle est aussi possible au niveau des peuples.
Enfin, à travers toutes ces rencontres, j’ai pu découvrir l’Islam, que je ne connaissais pas du tout avant. J’ai surtout constaté qu’au-delà des débats, il animait en profondeur ses hommes et ses femmes, et pouvait les imprégner d’une paix qu’ils rayonnaient autour d’eux.

Retour de mission

09112017 benoit 02R : - Comment s’est passé votre “retour de mission” (soit votre retour dans votre pays d’origine, soit la poursuite de l’aventure dans une autre mission et dans un autre pays) ?


B : Je suis rentré en France un mois de décembre. Je vous laisse imaginer le contraste entre Ghardaïa – et son petit air de Bethléem – et les rues de Paris, avec les vitrines des commerces surchargées de produits et la frénésie des achats de Noël. Tout cela a provoqué dans un premier temps un rejet. Puis ce fut la difficulté de retrouver famille et amis, après ces deux années, ne sachant pas trop comment leur partager l’inouï de ce que j’avais vécu dans une banalité quotidienne. Enfin, ce fut aussi la difficulté de retrouver un travail dans le monde de l’entreprise, avec une expérience qui ne rentrait pas forcément dans les cadres. Bref, le « retour de mission » fut une période assez difficile. Je crois que j’ai mis vraiment un an pour atterrir.

R : Est ce que ce que vous avez vécu en Algérie a orienté votre devenir, vos projets, la suite de votre vie ?


B : Indéniablement, ces deux années algériennes ont transformé ma vie : elles ont été une période de fondation et de conversion.
De fondation, car elles m’ont ouvert aux dimensions du monde, ont cultivé en moi un a priori positif de la diversité plutôt qu’un repli.
De conversion, car l’Église d’Algérie a été pour moi un témoin formidable de la Bonne Nouvelle. Une Église petite et pauvre, mais qui a un vrai goût d’Évangile. Humblement, elle vit sa mission de rencontre et de communion avec les algériens. Elle m’a fait découvrir ce que c’était que la Mission de l’Église : non pas ramener l’autre à soi, mais travailler au dessein de Dieu qu’est l’unité du genre humain, en tissant des liens d’amitiés et de fraternité. J’ai repris conscience de ma propre mission de baptisé, disciple-missionnaire pour reprendre une expression connue. C’est dans ce mouvement que j’ai demandé à recevoir le sacrement de confirmation vers la fin de mon volontariat.
En rentrant en France, j’ai cherché un lieu où réfléchir à cette question de la Mission, au rapport de l’Église avec les cultures. J’ai rejoint un parcours de formation proposé par la Mission de France. La découverte de cette communauté a été pour moi, dans la continuité de mon séjour saharien, le mûrissement d’une question vocationnelle.

R : - Un mot, une expression, une phrase ou une citation qui caractérise votre expérience en Algérie,
B : Quand je relis cette période de ma vie, je pense au aujourd’hui au prophète Osée. « C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Os 2, 17) Oui, en me conduisant là où je ne m’attendais pas à aller, et à travers parfois l’aridité de l’expérience, le Seigneur m’a séduit à travers son Église et ses enfants de l’Islam. Et cela m’a ouvert le cœur à son appel.