Pax & Concordia : société

Covid-19, un révélateur

Société
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Le confinement touche à sa fin en Algérie, notre humanité a réagi dans tous les sens dévoilant nos limites mais également nos qualités insoupçonnées. Et maintenant, quel sens donner à ce vécu ?
Tentative.

Ce virus nous a servi de révélateur, mais quelles leçons pouvons-nous tirer de cette période de quasi trois mois vécue confinés dans la ‘distanciation’, un mot jusqu’ici peu répandu et surtout utilisé dans le monde du théâtre : distanciation entre acteurs et public.

Et nous qui avons été un peu spectateurs, un peu acteurs, qu’avons-nous appris au cours de ces deux mois ?

L’acteur principal a bien été le Covid-19 avec en coulisses Dame Nature qui n’en pouvait plus de notre façon de vivre si peu regardante envers elle et donc envers nos frères et sœurs en humanité. Nous nous sentons bien vulnérables, c’est notre réalité :  nos limites nous apprennent à nous accepter comme nous sommes, ainsi que les prochains avec lesquels nous vivons ou que nous rencontrons chaque jour. Les politiques aussi n’ont pu cacher leurs limites, dévoilant leurs vrais visages.

L’égoïsme, cet autre virus, est sorti à visage découvert aux yeux du monde entier, creusant encore plus le fossé entre riches et pauvres.

Sans oublier les moyens de communication qui ont pris encore plus le dessus : et dans cette jungle il est bien difficile de s’y retrouver.

Mais des signes de citoyenneté ont aussi crevé l’écran comme jamais, en révélant le meilleur de notre humanité qui dans les situations extrêmes sait manifester des qualités et un altruisme exemplaires.

Des professions, passant généralement inaperçues, ont soudain émergé et montré leur rôle indispensable à nos sociétés… des femmes, des hommes, prêts à se sacrifier pour les autres.

Les guerres ne se sont pas arrêtées, malgré les appels à la paix.

La peur de la mort nous a touchés de plus ou moins près, nous rappelant sa réalité inéluctable.

Immunité : voilà bien un espace que nous voudrions rejoindre au plus tôt pour nous sortir de là.

La tentation du repli sur soi nous a guettés et en même temps le manque de relations nous a révélé « notre être relation » et nous voilà plongés dans l’attente, ô combien longue, de pouvoir nous embrasser, nous serrer la main, comme avant.

Comme avant...mais comment est-ce possible ? On ne retourne jamais complètement en arrière. Serions-nous à un changement d’époque ? Si oui on peut, on doit, s’y préparer dès maintenant mais comment ?

Citons le pape François : « La tempête démasque notre vulnérabilité et laisse à découvert ces certitudes fausses et superflues avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et nos priorités ».

Et Dieu dans tout ça ?

« Cette situation m’a fait poser de nombreuses questions sur ma religion durant ce Ramadan. »

« Le Ramadan, vécu ainsi a rétabli mon rapport avec mon Dieu . »

«  L’impossibilité de participer à l’Eucharistie m’a mise en contact encore plus directement avec un Dieu plus proche au-delà des formes.»

Le Covid, révèle notre être-relation : nous ne pouvons faire sans, les amis de Facebook ne suffisent plus. C’est urgent, nous avons vu que là où manque la solidarité le virus se développe encore plus, maintenant nous connaissons l’anticorps, quelle opportunité !

N’oublions pas de miser sur le Créateur pour restaurer un monde vraiment fraternel où dans chaque personne je vois un frère avant tout.

Et le Pape François poursuit: « À la faveur de cette tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos ‘ego’ toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères. »

À ce stade pas d’autre système immunitaire que la fraternité en actes.

Alger 2 juin 2020
Didier Lucas