Pax & Concordia : société

Confinement, Témoignages

Société
Typography

Confinement, Témoignages
Du côté de Touggourt chez les PIME

1. La situation de la pandémie change notre façon de vivre, dans votre communauté comment cela se traduit-il ?

Après un mois de confinement, je trouve que dans ma communauté la pandémie n'a pas trop changé notre façon de vivre.

Le faiLe Tabernacle t de ne sortir que si nécessaire, de limiter au maximum nos contacts avec la population et d'avoir arrêté nos activités d'apostolat et même la célébration de l'Eucharistie chez les sœurs, n'a pas trop affecté notre façon de vivre entre nous deux: p. Marco et moi.

Nous sommes une petite communauté et dès le début, il y a deux ans, nous avons décidé de gérer notre vie quotidienne de communauté avec nos propres forces, sans avoir du personnel qui nous aide. Donc, plus qu'une pandémie, ce qui pourrait affecter notre vie communautaire c'est le fait de changer les membres de la communauté ou de rester seul.

Personnellement maintenant je passe plus de temps à des 'travaux' ad intra, mais je le répète, cela n'a pas trop affecté notre façon de vivre entre nous deux.

Je ne peux pas dire non plus que maintenant j'ai plus de temps qu'avant le confinement. Une journée a toujours 24 heures. Oui, maintenant je donne un peu plus de temps à la prière, à l'étude, à la lecture, au travail manuel. J'emploie le temps de la journée un peu différemment qu'avant, mais la journée a toujours la même longueur.

Grace à Dieu, le fait de rester 'confiné 'à la maison ne me pèse pas trop, et je peux bien m'occuper toujours avec quelque chose.

Je suis toujours, et je reste toujours Davide. Le fait d'être confiné ne m'a pas changé. Ma façon de penser reste toujours la même, mes priorités restent les mêmes, mes difficultés, mes doutes, mes peurs sont toujours là. Pour ceux qui me connaissent, quand nous aurons la possibilité de nous rencontrer à nouveau, vous allez voir que vous allez me reconnaître!!!

 
2. Les rapports entre vous ont-ils changé ? Et comment ?

Au niveau communautaire, nos rapports ne sont pas changés. Pourquoi devraient-ils changer? Si la relation en soi est positive, pourquoi devrait-elle changer, ou pourquoi devrions-nous la changer?

Peut-être qu'une communauté masculine raisonne un peu différemment qu'une communauté féminine à ce niveau, mais moi, je ne sens pas que la relation entre mon confrère et moi est changée maintenant que nous nous côtoyons un peu plus qu'avant le confinement.

Les horaires communautaires de prière et autres sont restés plus ou moins les mêmes. Notre façon de fonctionner, comme communauté, aussi est restée la même. Les attentions que l'un a pour l'autre n'ont pas changé non plus.

Ce qui est changé au niveau communautaire c'est la célébration de l'Eucharistie. Avant nous la célébrions toujours avec les sœurs qui sont 'notre communauté chrétienne sur place', maintenant elle n'est célébrée qu'entre nous deux.

Le confinement dans un certain cadre m'enseigne à vivre l'obéissance : obéir aux autorités qui nous disent de ne pas mettre en danger les autres ou nous-mêmes en sortant, par exemple. S'il nous est trop difficile d'obéir à cela, peut-être est-ce un indicateur qui nous montre que pour nous la vie communautaire, la vie de famille, la vie dans laquelle nous devons nous confronter avec les autres, n'est pas réellement prioritaire, mais qu’elle reste un idéal, une utopie.

Pour moi, plus que le rapport entre nous, ce qui est changé est le rapport avec moi-même, dans le sens que cette situation me pose des questions et me rend plus sensible.

Cette situation me parle d'autodiscipline, elle me dit que cette façon de vivre (faire ce que je veux ou ce que j'aime -par exemple côtoyer les gens ou les servir à travers un apostolat, etc. etc.) ne fait pas la mission du Christ. Probablement la vraie façon d'annoncer le Christ est de ne pas être protagoniste de ce que je suis appelé à vivre et à vivre en plénitude. Peut-être, la vraie mission du Christ nous la réalisons à travers l'obéissance et la fidélité.


3. Avez-vous l’impression que cette situation vous rapproche de Dieu et que le rapport avec Lui grandit ? Expliquer….

Ce confinement apporte dans ma vie beaucoup de silence, et je crois que le silence n'est pas synonyme de solitude. Maintenant je ne dois pas faire trop l'effort de parler ni en arabe, ni en français. Maintenant je dois faire l'effort de goûter, pour ce qui est possible, le silence. Après 19h00, la ville aussi est en silence. Ce silence ne me rend pas mystique. Pour le moment je n'ai pas eu de visions, mais je vois qu'après quatre semaines de 'Silence' il y a plus de paix dans mon cœur. Ma vie, n'a pas trop changé, la vie de certaines situations difficiles, compliquées, de certaines personnes qui me sont vraiment proches et qui me tracassent, n'a pas changé non plus, mais ce Silence, avec le 'S' majuscule est en soi prière. Ce Silence est en soi nourriture de l'âme.

La communauté de PIME à TouggourtCette situation m'aide à rester sensible. Ici à Touggourt nous habitons dans une belle maison (paroisse), il ne nous manque rien!!! Au moins pour le moment, grâce à Dieu, nous ne sommes pas touchés directement par le virus. Dans ce cadre où je considère que nous sommes 'privilégiés', je suis appelé à rester sensible : à prier pour les milliers de victimes et de personne qui souffrent dans le monde entier à cause du Covid19. La sensibilité ne dois pas se réduire à la prière, mais elle doit aussi me pousser à changer. Ce virus me rappelle que nous sommes interdépendants: ce que je fais de bien ou de mal affecte aussi les autres. Je me répète, mais, ma façon prudente au pas de vivre le confinement montre si je tiens les autres à cœur, et ceux et celles que nous appelons souvent frères et sœurs en Islam. Oui Dieu habite dans chacun de nous et le respect que je porte à l'autre peut me rapprocher de Dieu.

Je m'aperçois que cette situation nous rend tous égaux. Maintenant le vicaire général du diocèse ou l'évêque ne sont pas plus importants de moi qui vis dans une paroisse sans chrétiens. Eux aussi sont confinés à la maison comme moi. Maintenant le directeur d'une entreprise pétrolière de Hassi-Messaoud n'est pas plus important que son ouvrier. Les deux désormais font la même chose: les deux sont confinés dans leur maison. Maintenant personne ne peut dire qu'un jeune est plus utile qu'un vieux qui a du mal à déambuler et qui peut être commence à perdre la mémoire: les deux sont confinés à la maison.

Cette situation de pandémie, paradoxalement me rappelle que nous sommes des Frères et que comme Frères nous devons vivre la solidarité. Jésus nous a déjà enseigné cela et si cette situation nous aide à le vivre, ça nous rapproche de Dieu.

P. Davide, Missionnaire PIME
Touggourt et Hassi-Messaoud