Pax & Concordia : société

Pendant ce temps-là... en service de Néonatologie

Société
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Pascale témoigne de son travail au coude à coude avec les Algériens à l’hôpital de Tlemcen.

C’est avec grand plaisir que je vous partage quelque chose de ce qu’il m’est donné de vivre dans mon quotidien au service de Néonatologie de l’Hôpital Public de Tlemcen où j’ai été affectée six semaines avant Noël.

Je réalise combien c’est une grâce énorme de pouvoir travailler au coude à coude avec les Algériens. Et la joie de vous le partager vient aussi de ma profonde conviction que cette expérience n’est pas que mienne ; chaque jour en allant au travail, c’est chacun de vous qui y êtes aussi.

Peut-être vous demandez-vous comment s’est passé l’insertion ? Les équipes des quatre unités de Néonat m’ont accueillie chaleureusement. L’incontournable curiosité des premières semaines (une des responsables disait qu’ils n’avaient jamais eu autant de visites dans le service!) peu à peu fait place à la connaissance réciproque et respectueuse, à la confiance et même à l’amitié. Je leur en suis quotidiennement reconnaissante, car on ne peut pas le présupposer!

Un nouvel aspect par rapport à ma précédente expérience dans le système de la santé publique dans ce pays, est que j’ai trouvé une ouverture vis-à-vis de ce que je pourrais leur apporter professionnellement. J’essaye dès lors de trouver comment améliorer l’une ou l’autre pratique sans l’imposer et surtout en essayant d’éviter la tentation de me scandaliser de ce que je vois, mais simplement en l’adoptant dans ma pratique. Et avec joie je remarque parfois que certains l’adoptent eux aussi au bénéfice de nos bébés. Je ne m’attendais pas à pouvoir donner aussi mes compétences, car ce travail est avant tout pour moi une occasion pour construire la fraternité et ma profession je l’ai donnée à Dieu il y a bien longtemps. Mais Il ne se laisse pas vaincre en générosité et rend tout au centuple !

La quantité de gestes et d’attentions bienveillants et généreux m’édifient ; comme cet agent de sécurité au portail tout heureux de m’offrir un bonbon de bon matin ; ou ce papa poussé par son cœur qui me tend toute une boite d’un médicament onéreux et non disponible en Algérie pour tous les nouveau-nés qui en ont besoin, tout en sachant que son fils en bénéficiera dès lors moins longtemps ; ou encore cette collègue qui après un petit accident de stylo qui a coulé dans ma poche me fait spontanément cadeau d’un de ses uniformes tout neuf... Comment ne pas voir Dieu à l’œuvre dans les cœurs derrière chacun de ces gestes?

Vous me direz que je vois la vie un peu trop en rose ? Non, non ! Notre quotidien est aussi fait de nombreuses frustrations liées à la sévérité des conditions de santé de nos nouveau-nés, aux contraintes matérielles, organisationnelles et humaines, à l’hygiène limitée ou à la communication peu transparente qui pourtant est particulièrement nécessaire en cette période de pandémie.

Il me semble que plutôt que de se rebeller ou d’attendre que les conditions changent, face aux défis du quotidien je peux être solidaire en essayant avec créativité et optimisme de potentialiser et valoriser notre travail.

Face aux risques de contamination due à l’exposition au virus, j’ai moi aussi expérimenté la peur. Mais au-delà des mesures et des traitements, ce qui est vraiment bénéfique en ce moment est de favoriser un climat de sérénité et d’espoir. Parfois pour interrompre l’avalanche de nouvelles stressantes, rien que le récit d’une expérience positive suffit.

PascaleIl est beau de vivre avec les parents leurs moments de grande vulnérabilité, de partager la joie d’une collègue qui se marie, de porter avec une autre le souci d’un parent malade. Il est beau de sentir que chaque fois qu’on se bat pour garder en vie un petit cœur, au-delà de nos efforts de réanimation, nos cœurs aussi, silencieux et implorant le même Dieu, sont à l’unisson !

A vrai dire je sens que l’amour de Dieu est derrière chaque chose. Ce que j’ai à faire c’est à aimer et me laisser aimer et surtout à Le laisser Lui tisser les mailles de la fraternité.

Un jour suite à un échange avec une jeune collègue, elle me dit : « tu sais, ce que tu dis, on dirait une musulmane qui parle ! ». Et moi de lui répondre : « tu vois, notre Dieu unique infuse dans nos cœurs les mêmes souhaits, ainsi on peut y travailler ensemble ! »

Pascale