Pax & Concordia : société

Derrière les barreaux, il s’en passe des choses…

Société
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En cette période de confinement, nous pensons aux détenus qui doivent souffrir encore plus en cette période.
Rencontre annuelle des aumôniers-visiteurs-visiteuses des détenus chrétiens dans les prisons aux quatre coins du pays .
Un partage d’expériences, une occasion de plonger dans l’univers carcéral un peu obscur mais où transparaissent des raies de lumières.

 Exemple : la visiteuse de la prison rencontre quelques prisonnières, l’une d’elle a un bébé, il passe de bras en bras mais pendant la visite il devient le centre de l’attention, et c’est la gardienne qui est toute heureuse de prendre le bébé dans ses bras et de laisser ainsi la visiteuse discuter avec les prisonnières.

 À la lecture de l’Évangile de Jésus qui dit qu’il est venu libérer les prisonniers, un visiteur demande aux détenus ce qu’ils pensent de ce passage, conscient du malaise que sa question pourrait susciter en eux. Leur réponse est sans ambiguïté « tout à fait c’est pour nous ». « Vous ne voyez pas cela pour le moment de votre sortie ? » « Non c’est maintenant ». Le visiteur est sidéré et se dit que cela sera sûrement différent dans les trois autres prisons qu’il doit visiter. Dans la prison suivante il ne rencontre qu’une seule prisonnière, elle aussi se sent entièrement concernée par les paroles de Jésus, ouah ouah ! Notre visiteur n’en revient pas ! Le plus surprenant c’est qu’il rencontre le même type de réponse dans les deux autres prisons. « J’ai vraiment tiré une grande leçon en voyant les réactions de ces personnes.»

 Un prisonnier raconte : « Il y avait un détenu qui n’arrêtait pas de me faire des prêches pour que je devienne musulman, puis un jour il m’a demandé ma bible, je la lui ai prêtée et depuis ce temps je le vois prendre plein de notes sur son cahier est presque plein et il ne me rend plus ma bible !. »

 Un autre :  « les musulmans se moquaient de nous à cause de notre manière de faire carême, un peu légère selon eux. Depuis, au cours de notre carême chrétien nous ne mangeons et ne buvons rien jusqu’au soir comme durant le ramadan. L’administration garde nos repas et les distribue le soir et maintenant on nous respecte mieux.

 C’était Noël et notre visiteur voulait fêter ce jour en apportant aux détenus du poulet et des frites, chose interdite par le règlement : il fallait une autorisation du procureur général qui, après quelques tentatives, reçoit notre visiteur et donne son autorisation. La paroisse des étudiants est mise dans le coup et une quête est faite pour acheter ces poulets-frites. Là encore, ô surprise, c’est le chef de l’insertion qui accompagne et porte lui-même les poulets en compagnie de notre visiteur ! Dans cette prison de plus de 2000 détenus cela fit grand bruit et donna de la joie à tous.

 Une autre fois c’est le directeur de la prison qui vient voir l’aumônier en lui demandant d’expliquer à l’Imam sa façon de faire, ce qui lui serait bien utile. Où bien à la question qu’avez vous appris durant votre séjour en prison «  j’ai appris à pardonner » « j’ai appris à être frère. »

A la sortie de prison un détenu passe quelques jours au commissariat où l’aumônière lui apporte des vêtements pour être plus convenable. Et voilà que touché par ce geste le policier partage avec lui le couscous préparé par sa femme ! Il n’est pas rare aussi que le personnel pénitentiaire demande à ces détenus de prier pour un enfant malade.

 De nombreux gestes d’amour déclenchés par la présence de ces détenus chrétiens dénotent quand même une grande humanité.

Tous ces visiteurs témoignent d’une grande conviction : certains n’hésitent pas à faire 300 km pour se rendre à la prison, ce qui suscite auprès du personnel une certaine admiration . « Cela m’a permis aussi de fraterniser avec l’Imam de la ville et de créer des liens avec des personnes de leur entourage. »

Une autre fois quelques musulmans se sont joints au groupe des chrétiens, c’est l’occasion d’échanger et de constater des différences et des désaccords, mais le « vivre ensemble » l’emporte car c’est « le plus important ».

Durant la session un avocat de la LDDH est venu aussi éclairer et préciser les démarches auxquelles les aumôniers peuvent recourir afin de mieux servir ces détenus. Un délégué du CICR a présenté le côté morbide de la prison en rappelant comment la colonisation a inventé la prison pour neutraliser les opposants, alors qu’auparavant, dans ces pays, un contrôle social s’effectuait naturellement et réglait les problèmes sans recourir à l’incarcération.

Malgré la construction de nouvelles prisons, la surpopulation carcérale est toujours d’actualité et ne diminuera pas de sitôt tant qu’en amont on ne mettra pas plus de moyens visant à mieux cerner et maîtriser l’ensemble des problèmes auxquels la société est confrontée.

Ces visites temporaires sont comme un « goutte à goutte » pour ces détenus, ce qui soulage un peu leur souffrance et pour les visiteurs c’est une occasion de voir que le Royaume de Dieu avancer aussi dans ces milieux. 

Dans une prison, à la fin de chaque visite un groupe de détenus à l’habitude de chanter ensemble : « Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ».

Elias Duric