Pax & Concordia : société

D’Adorno et Althusser à l’ombre des fumées pétrochimiques

Société
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Lyon du 27 au 29 novembre 2019
Nous avons eu l’occasion, ma sœur Lamya et moi-même Leïla, de représenter l’Algérie dans deux colloques internationaux sur différents thèmes que nous aimons partager avec les lecteurs du Lien.

 Juste après notre atterrissage à l’aéroport Saint-Exupéry de Lyon, nous avons accouru pour nous rendre à l’université Jean Moulin (Lyon 3) pour participer auprès de Jean-Baptiste Vuillerod du laboratoire Sophiapol de l’université Paris Nanterre, à une conférence doctorale intitulée Hegel/Adorno, Althusser et la critique de l’hégélianisme : un chiasme intellectuel. C’est en confrontant Adorno et Althusser que nos exposés se sont proposé de mettre en évidence les éléments de convergence entre ces philosophes, tout en soulignant le rapport différent qu’ils entretiennent à la philosophie de Hegel. Là où Adorno revendique l'héritage hégélien pour repenser une théorie critique de la société, Althusser pense que l'avenir du marxisme et de la pensée critique doit passer par un abandon de la référence à Hegel. Dans ce chiasme intellectuel, fait de proximité et de distance, c'est la possibilité d'actualiser la philosophie hégélienne pour notre temps et notre monde qui sont en jeu.

Le lendemain, c’est à Sciences-Po au centre Berthelot que nous avions rendez-vous, Lamya et moi, pour un colloque pluridisciplinaire en français et en anglais avec traduction instantanée sur « la pétrochimie, l’environnement et la santé ». Le colloque s’est proposé d’étudier les industries chimiques dont l’activité s’est fondée sur l’usage de substances dérivées de combustibles fossiles, en prêtant attention aux effets sanitaires et écologiques de ces activités sur les territoires et les sociétés locales. Les activités pétrochimiques ont façonné les territoires et les hommes où elles s’installent. Non seulement leur édification impose la construction de vastes réseaux d’infrastructures connexes, mais elle rend possible la production de nouvelles substances dont la fabrication exige des dérivés du charbon ou du pétrole. Ces activités sont rapidement accusées, par les travailleurs comme par des riverains, de provoquer des maladies. Les conférenciers ont présenté des enquêtes réalisées aux États-Unis, en France, Grande-Bretagne, Algérie, Tunisie et Japon. Ces études ont bien montré leur contribution à des rapports sociaux sur des territoires industriels. Elles ont répondu à des demandes sociales fortes de personnes exposées à des pollutions dangereuses. Ce qui a produit des savoirs qui ont pour objectif de remédier à des lacunes d’une science non-produite. Les autorités publiques pour leur part jouent un rôle ambigu. L’administration peut faciliter la production de savoir, comme elle peut la bloquer.

Pour sa part, Lamya a représenté l’Algérie avec sa communication sur les cancers professionnels dans l’industrie pétrochimique. Elle a parlé de ses difficultés dans sa recherche. Ses études de cas se sont concentrées sur des malades d’Oran atteints de cancer qu’elle a rencontrés à l’hôpital durant leurs séances de soins. Lamya a insisté sur le fait que le cancer d’origine professionnelle reste invisible et méconnu en milieu industriel, notamment par les professionnels de la santé, ce qui montre bien la non reconnaissance du statut de ces travailleurs qui en contact avec le monde de la pétrochimie sortent en retraite avec des cancers et sans aucune reconnaissance en raison de l’absence de preuves concrètes.

Notre regard de philosophe s’est orienté, vers la fin du colloque qui était fort intéressant, sur le devenir de l’homme sur cette terre qu’il n’arrête pas de détruire mais sur laquelle il revendique, en même temps, une vie digne et confortable. L’humanité est-elle en train de s’autodétruire au nom de l’argent, de l’économie et de la technologie ?

Leïla et Lamya Tennci

Extrait du Lien N°418