Relation enseignant-enseigné

Société
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« Il n’est pas de bonne pédagogie qui ne commence par éveiller le désir d’apprendre ».

François De Closets (journaliste et écrivain français né en 1933).

Et, pour le nourrir en permanence, la relation enseignant-élève ne peut que relever du bon sens le plus élémentaire. La qualité du rapport qui s’instaure dès le premier contact avec la classe est un indicateur essentiel au déroulement des 9 mois que constitue l’année scolaire, neuf mois donc, une gestation faite de multiples questionnements de ces deux entités. La classe forme un bloc auquel l’enseignant, aussi compétent soit-il dans sa matière, doit faire face. De là, s’installe une relation non plus de professeur à élève mais d’adulte à des « personnes » aussi différentes les unes des autres que dans toutes les salles de classe. Si l’enseignant marque de l’intérêt pour les personnes qu’il accompagnera l’année durant, si leurs échanges sont constructifs et encourageants, la confiance s’imposera et l’implication des apprenants sera un facteur de réussite à ne pas négliger. Il va de soi que tout n’est pas forcément rose et que le « couple » enseignant-enseignés verra sa relation chavirer par moments puis se redresser en fonction de la dextérité du maitre à bord qu’est le professeur.

Questionné sur ce volet, Hakim, enseignant par vocation précise « De mon cursus scolaire, je ne me souviens que de ce pouvoir du maitre sur nous, élèves, punis au moindre signe et obligés d’obéir sinon…J’ai donc choisi d’aller à l’encontre de ces démarches intimidantes et d’expliquer à mon auditoire du premier jour l’importance de me faire confiance comme moi qui leur accordais la mienne d’emblée. J’enseigne la physique et j’avoue que je n’ai pas, à ce jour, eu à user de mon statut d’enseignant et/ou de mon autorité car, quel que soit le problème qui se pose, de discipline ou autre, j’arrête le cours entamé et je fais participer toute la classe à sa résolution. »

Latifa, professeur d’anglais depuis 25 ans, est, dit-elle « déstabilisée par la nouvelle génération d’apprenants. J’appréhende la rentrée des classes ces dernières années car je n’arrive pas à installer une relation saine dans mes salles de classe. J’avoue que les allures et comportements de certains adolescents me choquent. J’ai l’impression d’avoir changé de société en dix ans et, malgré mes remarques et rappels à l’ordre, j’ai du mal à finir un cours sans avoir élevé la voix pour obtenir le silence ou susciter plus d’intérêt pour le cours que pour ce qui se passe derrière les fenêtres et dans la rue. Mes efforts pour comprendre et expliquer me fatiguent et me navrent. Et les parents dans tout ça me direz-vous ? Convoqués, ils m’avouent leur impuissance et m’impliquent directement, confondant enseignement et éducation de base. »

Nadira, professeur de Français estime que « tout vient de la confiance que la personne de l’enseignant se fait. J’ai du bonheur à rencontrer chaque début d’année de nouvelles têtes, je les regarde tous, me présente et indique les limites que je m’interdirais de franchir, genre me mêler de leur tenue vestimentaire ou de leur vie privée, et celles que je leur fais confiance de ne pas franchir car nous sommes sur la même barque et nous n’allons pas la laisser chavirer. J’emploie le « nous » qui me mets à leur niveau et m’arrange, à tout propos, pour que mes cours soient jalonnés de notes d’humour et de plaisanteries ou remarques que nous décortiquons comme si nous étions réunis dans un salon. Je dois dire que cette stratégie, si s’en est une, m’a toujours réussi. Je reste, même après les cours, attentive à un changement de comportement ou de regard. Ma disponibilité sans jugement me rend accessible à tous et, garçons ou filles n’hésitent pas à me confier leurs petits soucis que je ne me permets jamais de minimiser. Je ne sais pas si je suis dans le vrai mais, après 20 ans dans les collèges, je n’ai eu qu’à me féliciter des résultats que j’ai obtenus. Je ne parle pas seulement de notes car dans mes classes, brillants élèves côtoient les moins intéressés ainsi que ceux qui, pour une raison ou une autre, « n’aiment » pas la matière mais je les valorise et ne manque jamais de les féliciter pour un mot, un geste, un sourire ou une petite intervention sur la leçon en cours. »

Y a-t-il un comportement ou une stratégie particulière à mettre en place pour de bonnes relations enseignants-enseignés ? Que faire et comment réagir pour donner aux apprenants le désir d’apprendre ?

Quelle représentation a-t-on quand on considère le métier de professeur ? Les élèves savent que l’enseignant représente l’autorité mais aussi, que celle-ci peut revêtir plusieurs visages…. « Tout se joue la première heure »dit-on. En effet, le métier a beaucoup évolué ces dernières années et le caractère sacré de la fonction est loin derrière nous ! De nos jours, le professeur, malgré toutes les recommandations à être strict, sévère, et à installer son autorité dès les premières heures ne peut pas être certain d’être dans le vrai. Ancien ou débutant, l’enseignant vit ce premier contact de façon différente en fonction de son caractère, son origine et son propre rapport à ses enseignants passés.

L’attitude de la classe envers son professeur se calque sur le comportement de celui-ci dès le premier contact. Si le professeur se montre sévère, la classe risque de l’interpréter comme un bras de force et glisser vers de l’agressivité. Le déroulement des cours à suivre sera empreint de ce sentiment provocateur qui parasitera l’année entière et épuisera les deux parties. Pour qu’un cours ne prenne pas une tournure chaotique, certains professeurs, dans ce cas de figure optent pour une remise en question de leur comportement et tempèrent quelque peu leurs exigences et leur autoritarisme pour laisser passer un petit vent de laxisme mesuré que les élèves peuvent, hélas, interpréter comme de la fatigue et en profiter.

Il semble que, comme le disent certains pédagogues, tout ne tienne qu’à la manière d’enseigner et à la personnalité de l’enseignant qui devrait pouvoir jongler parmi diverses méthodes pour trouver celle qui s’ajustera à la classe dont il a la charge à condition bien entendu qu’il « ne doute pas des vertus pédagogiques et captivantes de chacune de ses séances de cours » et amène son auditoire à participer à ce qui devient un jeu par la grâce d’une savante combinaison entre cours magistral et participatif. Il doit, de plus, avoir la volonté de désinhiber les éléments les plus passifs pour leur montrer qu’il n’est pas si difficile de prendre la parole quelle que soit la matière enseignée. De la sorte, enseignants et enseignés traversent heures, trimestres, années, dans des conditions si, non agréables du moins pacifiques.

Nadia Mansouri

Extrait de la revue Hayat N° 239


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