Pax & Concordia : société

Aicha Barki : une figure emblématique de lutte contre l’analphabétisme

2010 :la Présidence de la République honore l'association Iqraa qui fête ses 20 ans d'existence

Société
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Lorsqu’on est une fervente militante des droits de l’homme, la meilleure façon de concrétiser son combat dans un de ses volets est de lutter pour l’élimination de l’analphabétisme, l’illettrisme, l’obscurantisme, l’ignorance et l’exclusion.

Telle est l’œuvre que nous a léguée feue Mme Aicha Barki, convaincue que l’ignorance freine la marche de toute société vers le progrès et l’émancipation et que le niveau d’alphabétisation a des incidences importantes sur le développement individuel et sociétal . L’investissement dans le capital humain a fini par devenir pour Mme Barki une nécessité incontournable, elle qui s’est dévouée corps et âme au service du développement humain. D’ailleurs dans une de ses multiples déclarations elle confiait que « l’alphabétisation avant d’être une opération didactique est surtout et avant tout un processus indispensable à l’intégration des individus dans leur environnement socio –culturel et économique ».

Iqraa au service du développement humain

Aussi dans le sillage de son noble et chevronné militantisme, elle crée en 1990 l’Association nationale d’alphabétisation « Iqraa »qui veut dire « lis » d’après le premier verset du coran qu’elle présidera d’une main de fer jusqu’à sa tragique disparition, ce 28 mai 2019.

Cette école de la deuxième chance dont les tentacules s’étendront jusqu’ aux zones rurales éloignées et désenclavées, s’adresse aux plus démunis et défavorisés qui relèvent le défi d’apprendre à lire et à écrire même à un âge avancé et où les femmes principalement bénéficiaires sont en majeure partie apprenantes, si bien que le nombre d’alphabétisés en 2019 atteint le chiffre record de 2 millions, hommes et femmes confondus. Une des figures emblématique de cette école serait indéniablement Mme Hattabi Aldjia , décédée en 2011, première inscrite sur le tard à l’association en prenant son premier cours à l’école « mawhidine »à la basse casbah. « Son passage a suscité un engouement au sein de son entourage qui a fini par être contaminé par cette soif d’apprendre. » Pour cette année 2018 /2019 le nombre d’inscrits est donc de 90.000 pour une moyenne de 4800 classes et un nombre de 4210 alphabétiseurs et formateurs implantés à travers 1352 communes sur les 1541 que compte notre pays.

Iqraa et l’insertion des femmes

2010 :la Présidence de la République honore l'association Iqraa qui fête ses 20 ans d'existenceUne des réussites de l’association est bel et bien le programme d’alphabétisation, de formation et d’intégration des femmes (AFIF) dispensé sur pas moins de 15 centres de formation appartenant à l’association, répartis sur l’ensemble du territoire national et qui sont aussi de véritables espaces d’échanges et d’informations. Un programme qui a permis d’alphabétiser, de former et d’autonomiser un nombre conséquent de jeunes femmes âgées entre 18 et 35 ans. Le centre d’Attatba dans la wilaya de Tipaza est une référence dans ce modèle de prise en charge. En somme, il s’agit d’un programme de proximité qui répond aux attentes des citoyennes en milieu rural et qui permet la concrétisation du lien entre l’alphabétisation et l’intégration socio-économique. Une approche largement confortée par une étude d’impact menée à Attatba par le Centre national d’étude sur la population et le développement (CENEAP) qui indiquera que « les femmes de cette localité sont devenues visibles, participatives et responsables ».Comme en témoigne Soumya, proche de la cinquantaine « … j’ai d’abord appris à lire et à écrire puis j’ai appris la broderie sur machine, j’ai bénéficié d’un micro- crédit pour créer mon propre atelier. Aujourd’hui je vis de mon travail et j’emploie 04 jeunes de mon village ».

Alphabétisation, formation et intégration se conjuguent. Le suivi pédagogique s’effectue sur trois niveaux et se trouve sanctionné par un certificat d’alphabétisation et un certificat de formation. Alphabétisées, pourvues de connaissances de base, formées à la pratique du tissage, couture, etc...ces femmes ont ouvert leurs propres ateliers, d’autres ont réussi à trouver un emploi. Dans le sud, les centres d’apprentissage se sont vus doter de 02 garderies d’enfants comme mesure d’accompagnement, c’est dire que le bien être des apprenantes constitue une réelle préoccupation pour l’association.

Présence d’Iqraa en milieu carcéral

Dans la lignée, Iqraa investit le milieu carcéral à partir de 2002, et alphabétise 21377 détenus dans les centres pénitenciers à travers 21 wilayas leurs donnant la chance de leur réinsertion.

Apprendre utile

Bien qu’un programme pédagogique d’alphabétisation existe, Iqraa a conçu divers ouvrages qu’elle a jugé nécessaires à la culture générale des apprenants. Un programme qui correspond à la vision de l’association sur « l’apprentissage utile » qui développe des thématiques sociétales et qui contribue à l’éducation à la citoyenneté. Il va de la vulgarisation de certaines lois comme le code de la famille ou la déclaration universelle des droits de l’homme ou encore les droits et devoirs des prisonniers à la lutte contre la violence à l’égard des femmes, à la lutte contre le VIH/SIDA à l’introduction de la culture de l’environnement et celle de la notion du genre.

Dispensé essentiellement en arabe, le programme d’alphabétisation tend à se diversifier à la demande des apprenants. Depuis, la langue française et la langue tamazigh sont proposées.

Aussi si l’on devait rendre un bel hommage à cette grande dame que fut Aicha Barki, ce serait de continuer à perpétuer son combat en faveur de la promotion du savoir et de la connaissance. Non sans avoir la prétention d’avoir éradiqué le taux d’analphabétisme (09,44% selon l’office d’alphabétisation ), à bien des égards elle a contribué à travers son association à le faire baisser.

Dalila Ziani

Extrait de la revue Hayat N°239



Mme Aicha BarkiBiographie de Mme Aicha Barki


Mme Aicha Barki est née en 1946 à Ain Bessam (wilaya de Bouira). Elle a commencé sa carrière comme enseignante, puis a occupé le poste de Directrice d'école jusqu'en 1997, quand elle a décidé de se consacrer exclusivement à l'action humanitaire en fondant l’Association algérienne d'alphabétisation « IQRAA ». Devenue membre de plusieurs réseaux et conseil internationaux, elle présidera l’un des plus prestigieux, le Réseau arabe des ONG arabes et sera Vice - présidente du Conseil pour l'éducation et l'alphabétisation des adultes, et (ICEA). Mme Barki a été aussi élue Secrétaire national de l'Union des femmes algériennes en 1986. Elle a également été élue à l'Observatoire National des Droits de l'Homme en 1993 et ​​a occupé le poste de Vice-président depuis 1997. Mme Barki fut aussi Sénatrice du Tiers Présidentiel. Elle est lauréate du prix J. Roby KYDD accordée par le Conseil International d'éducation des adultes, et du Prix national de la Liberté de Valence en 1998. Sous sa direction, IQRAA a obtenu plusieurs distinctions nationales, régionales et internationales, depuis son existence dont le prix « Confucius » en 2014 pour le programme d’insertion en direction des femmes  (AFIF) qui a permis de créer avec brio le mécanisme de «  l’alphabétisation qualifiante ».