Pax & Concordia : société

VIVRE ENSEMBLE : Trois questions à Monsieur John O’Rourke Ambassadeur de l’Europe en Algérie

Société
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1.Comment est venu cette idée d’associer le vivre ensemble avec le festival Européen en Algérie?

L'an dernier, les Nations Unies ont adopté le 16 mai comme Journée mondiale du Vivre Ensemble dans la Paix, une initiative du Cheikh Bentounès et promue par l'Algérie. Comme le Festival européen chevauche cette date, et puisque l'idée de départ du festival (celle de rapprocher les deux rives de la méditerranée) est aussi inspirée du vivre ensemble, nous nous sommes dit que cette année il serait intéressant de rendre ce lien explicite.

2. Comment Djamel Laroussi a-t-il été réuni à cette initiative?

Djamel avait été notre invité l'an dernier et nous avons pu constater non seulement combien il est apprécié du public algérien mais aussi que sa personnalité et sa musique très éclectique sont des exemples d'ouverture et de la valorisation des différences. Lorsque je l'ai contacté, il a tout de suite  accepté de faire le concert d'ouverture du festival.

3. L'évocation de Prosper Ndudzo assassiné et de ce jeune Algérien Assil Belalta voulait-elle être un message à faire passer? 

Oui, bien sûr. Lorsque ces meurtres ont été perpétrés nous étions très attristés et profondément choqués. Pas seulement le personnel de la Délégation de l'UE, mais l'opinion publique algérienne en général et tout particulièrement la communauté des étudiants. Ces crimes sont en contradiction flagrante avec le vivre ensemble que nous appelons de nos vœux. L'idée nous est donc venue de rendre hommages aux victimes durant le concert du 10 mai. Nous avons proposé à Djamel Laroussi qu'une chorale d'étudiants puisse présenter un chant en leur hommage. Djamel a été très enthousiaste et il a même surenchéri: il proposait non seulement de céder la scène aux étudiants pour un chant, mais de carrément intégrer la chorale à son concert! Il a d'ailleurs choisi un répertoire avec une musique pleine d'influence africaine et des thèmes, tels que l'accueil et le pardon, qui étaient précisément les messages que nous voulions porter et qui incarnent l'esprit du vivre ensemble.

Cela a été une belle et folle aventure: j'ai contacté les chorales des communautés chrétiennes d'Annaba, Tizi Ouzou, Oran, et 2 chorales ici à Alger (la chorale anglicane de Holy Trinity et la chorale catholique de la Maison Diocésaine). Toutes ont répondu positivement, avec enthousiasme. Des choristes qui chantent avec la symphonie d'Alger se sont également joint à eux. Pour la logistique vous pouvez vous imaginer que faire venir à Alger, loger et nourrir tout ce monde va bien au-delà de nos activités habituelles. Au fina ils étaient 80 jeunes. Et ils n'ont eu que 48 heures pour pratiquer ensemble, mais je crois que personne n'a été indifférent à la beauté de ces voix et la profondeur des sentiments qu’elles transmettaient.

 Je repense souvent à ce jeune homme, mourant dans un hôpital à Annaba, cherchant désespérément à parler avec son papa sans parvenir à se souvenir du numéro de téléphone, car il était déjà exsangue et affaibli. Si rien ne peut effacer ce qui est arrivé à Prosper, j'espère que ce concert aura aidé ses camarades à panser leur blessure.

Propos recueillis par Didier Lucas